Le document met en lumière l'organisation interne du mouvement, ses effectifs estimés, ses zones d'implantation, ainsi que des allégations de collaboration persistante entre des unités des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le groupe génocidaire FDLR, malgré les engagements officiels de Kinshasa en faveur de leur neutralisation.
Une organisation structurée en trois branches
Selon les experts de l'ONU, les FDLR sont aujourd'hui organisées autour de trois principales composantes : les FDLR-FOCA, les FDLR-RUD et les FDLR-FPP.
Le rapport souligne le fait que ces trois branches ont adopté de nouvelles appellations afin de masquer leurs liens organisationnels. Les FDLR-FOCA utilisent désormais le nom de « Bataillon Jungle », les FDLR-RUD celui de « FDP-R », tandis que les FDLR-FPP conservent l'appellation « FPP ». Cette stratégie viserait à brouiller les pistes tout en maintenant une chaîne de commandement commune.
Les principaux dirigeants identifiés sont tous de nationalité rwandaise. Il s'agit notamment de Pacifique Ntawuguka, alias Gen. Omega Israel, commandant militaire des FDLR-FOCA ; de Gaston Iyamuremye, alias Victor Byiringiro, dirigeant politique du mouvement ; du Brig. Gen. Emmanuel Nsengiyumva, alias Faida Hakimu, chef des FDLR-RUD ; et du Col. Dan Hategekimana, alias Dan Simplice, responsable des FDLR-FPP.
Bien que les trois branches disposent d'une certaine autonomie opérationnelle, le rapport indique que Gen. Omega Israel demeure la principale autorité militaire, jouant un rôle central dans les décisions stratégiques et les négociations impliquant l'ensemble du mouvement.
Le rapport relève d'importantes divergences concernant les effectifs du groupe armé.
Les FDLR affirment compter plus de 10 000 combattants, dont près de la moitié seraient engagés en permanence dans les opérations militaires. Leur branche CRAP revendique même plus de 20 000 combattants.
Ces chiffres sont toutefois contestés par les experts onusiens. "Les Nations unies et des sources au sein des services de renseignement" estiment que les effectifs réels des FDLR se situraient entre 3 500 et 4 500 combattants. Les accords de Washington retenaient, pour leur part, une estimation comprise entre 3 000 et 3 500 combattants.
Selon le rapport, cette surestimation pourrait répondre à une stratégie de communication visant à renforcer l'image de puissance du groupe.
Les experts situent les principales zones d'opérations des différentes branches dans le Nord-Kivu.
Les FDLR-RUD seraient principalement présentes dans les secteurs de Bwisha, Bwito, Jomba, Binza, Busanza et Bukoma, dans le territoire de Rutshuru.
Les FDLR-FPP opéreraient également dans le territoire de Rutshuru.
Les FDLR-FOCA, principale composante du mouvement, seraient quant à eux déployées dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, notamment Nyiragongo, Masisi, Rutshuru et Walikale.
Le rapport indique également que la branche CRAP des FDLR-FOCA affirme disposer d'unités opérant en périphérie de Goma, ainsi que de cellules infiltrées au sein même de la ville. Une présence préoccupante au regard de la proximité de Goma avec la frontière rwandaise.

Une coopération avec des unités FARDC
L'un des principaux enseignements du rapport concerne les relations entre les FDLR et certaines composantes des FARDC.
Le document rappelle que les FARDC avaient annoncé, le 29 mars 2026, le lancement d'une opération militaire contre ce groupe génocidaire. Dès le lendemain, plusieurs unités spécialisées, notamment les bataillons dits « Hiboux » ou « Jungle Battalions », avaient été déployées à Walikale depuis Kisangani.
Cependant, selon les experts des Nations unies, certains responsables de Kinshasa ainsi que des officiers des FARDC présents dans l'est de la RDC auraient simultanément assuré aux dirigeants des FDLR que ces opérations ne seraient finalement pas dirigées contre eux.
En outre, une réunion confidentielle se serait tenue le 7 avril 2026 à Pinga, dans le territoire de Walikale, entre des représentants de haut niveau des FARDC et des responsables des FDLR-FOCA. Selon les experts, les participants y auraient convenu de poursuivre leur coopération.
Les experts affirment également qu'à la fin du mois de mars 2026, un hélicoptère des FARDC aurait acheminé des armes à Pinga destinées aux combattants des FDLR-FOCA commandés par le général-major Uzabakiriho Cyprien, alias Kolomboka Niyo Tedium Mugisha, alors engagé dans les combats à Masisi. Les armes auraient ensuite été réceptionnées par la branche CRAP avant d'être transférées vers cette zone de combat.
Le rapport précise que des livraisons similaires auraient déjà été observées à la fin de l'année 2025 au profit de combattants des FDLR opérant dans la région de Bwito.
Les accords de Washington prévoyaient la neutralisation des FDLR
Le rapport rappelle enfin que les accords de paix de Washington, conclus en Décembre 2025, prévoyaient la neutralisation effective des FDLR.
Par ailleurs, lors d'une réunion tenue les 17 et 18 mars 2026 à Washington, six « Named Areas of Interest » (NAI) avaient été identifiées pour conduire ces opérations : cinq au Nord-Kivu et une au Sud-Kivu.
Les deux premières zones prioritaires se situent dans le secteur de Pinga-Mpeti-Lukweti, tandis que la troisième couvre les hauts plateaux du Nord-Kivu, sans inclure Minembwe.
Selon le calendrier arrêté dans le cadre de ces accords, les FARDC devaient lancer, dès le 31 mars 2026, des opérations militaires contre les FDLR dans le NAI-1, notamment dans le secteur de Pinga-Lukweti.
Toutefois, les éléments recueillis par le Groupe d'experts des Nations unies laissent apparaître un décalage entre les engagements officiellement annoncés et la réalité observée sur le terrain, où des formes de coopération entre certaines unités des FARDC et les FDLR auraient perduré malgré les opérations annoncées.




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