Si le démantèlement des FDLR demeure une perspective incertaine, le désarmement du groupe ferait partie d’un accord conclu entre Kinshasa et les FDLR. Celui-ci prévoit d’encourager les combattants à déposer volontairement leurs armes dans des sites désignés, avant leur réintégration progressive dans la vie civile.

Le Rwanda a formellement rejeté cet arrangement, estimant qu’il n’est pas prévu par les accords de paix de Washington.

Floribert Anzuluni, ministre congolais chargé de l’Intégration régionale, qui a confirmé l’existence de cet accord en juillet 2026, a ensuite indiqué « qu’un pays africain avait accepté d’accueillir les combattants FDLR refusant de retourner au Rwanda », précisant que des discussions se poursuivaient avec d’autres pays.

Cependant, l’histoire des FDLR montre que le problème ne se limite pas aux armes, alors que les réseaux du groupe, ses structures politiques et son idéologie pourraient survivre au désarmement. Ce ne serait d’ailleurs pas la première tentative de démanteler l’organisation tout en laissant subsister certains éléments qui lui sont liés.

Le Groupe de contact international pour les Grands Lacs (ICG), qui travaille notamment avec l’Union européenne, les États-Unis, la France et d’autres partenaires impliqués dans le suivi de la situation régionale, a ainsi rappelé à la RDC l’obligation de démanteler les FDLR conformément aux accords de paix de Washington.

L’ICG a également appelé Kinshasa à établir un plan et un calendrier précis pour le démantèlement du groupe et à clarifier le sort de ses dirigeants et combattants soupçonnés d’avoir commis de graves crimes.

Un problème qui dépasse le désarmement

Après le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda, des membres des anciennes Forces armées rwandaises (Ex-FAR), des miliciens Interahamwe et d’autres personnes impliquées dans le génocide ont fui vers l’ex-Zaïre, devenu par la suite la RDC. Les FDLR ont été créées en 2000 par d’anciens membres de ces groupes.

Selon le département du Trésor américain, les FDLR ont été impliquées dans des violences à caractère ethnique, des meurtres de civils, des enlèvements et le recrutement d’enfants comme soldats. Plusieurs dirigeants du groupe font ainsi l’objet de sanctions.

Pour des analystes politiques de la région, le désarmement des combattants ne suffirait donc pas à faire disparaître l’idéologie développée par le groupe au cours des dernières décennies, ni les réseaux de soutien qu’il a constitués.

Les rapports d’experts des Nations unies font état d’un mouvement toujours dirigé par des individus originaires du Rwanda, mais dont les rangs se sont progressivement renforcés de combattants congolais.

Le groupe entretient également depuis longtemps des liens avec certaines autorités congolaises, un officier de l’armée congolaise ayant notamment été chargé de coordonner les relations avec les FDLR. Des combattants du groupe ont par ailleurs été intégrés à plusieurs reprises aux forces gouvernementales durant certaines périodes de conflit.

Ces liens illustrent les ressources et l’influence accumulées par les FDLR après plusieurs décennies de présence en RDC, ainsi que leur implantation dans certains réseaux armés et segments de la société congolaise.

Le risque d’un déplacement de l’idéologie

L’un des principaux enjeux pour tout pays appelé à accueillir des combattants FDLR serait d’empêcher leurs anciennes structures et leur leadership de se reconstituer.

Si leurs dirigeants et combattants continuaient à agir autour d’objectifs présentés comme politiques, ils pourraient maintenir des activités visant notamment à déstabiliser le Rwanda ou à promouvoir la division.

Ils pourraient également s’appuyer sur des réseaux constitués au fil des années ou sur les réseaux sociaux pour diffuser leur idéologie dans le pays d’accueil, voire chercher à influencer certaines structures politiques, comme cela a été observé dans certaines parties de la RDC.

Le problème ne concernerait alors plus uniquement d’anciens combattants rwandais. Il pourrait devenir une question de sécurité et de cohésion sociale pour le pays d’accueil si cette idéologie venait à y prendre racine.

Des témoignages d’anciens membres des FDLR font régulièrement état d’entraînements militaires au Burundi, tandis que certains responsables burundais ont, ces dernières années, tenu des propos perçus comme favorables au groupe ou minimisant la menace qu’il représente.

La relocalisation des combattants FDLR sans démantèlement préalable de leurs structures pourrait ainsi contribuer à étendre leur idéologie au-delà du territoire congolais.

L’expérience congolaise

Des rapports d’experts de l’ONU ont documenté les liens entre les FDLR et plusieurs groupes armés congolais, notamment l’APCLS et les Nyatura. Le groupe a également régulièrement coopéré avec l’armée congolaise et avec des groupes armés intégrés à la coalition des Wazalendo.

Les FDLR sont notamment accusées d’avoir joué un rôle dans la formation et la direction de groupes tels que les Nyatura, l’APCLS et le CMC. Leur coopération avec ces groupes leur aurait permis de bénéficier de protection et de lieux de refuge lors de périodes de combats.

Le financement constitue un autre enjeu. Les États-Unis affirment que les FDLR ont généré des revenus à travers l’exploitation minière, les enlèvements contre rançon, le pillage et certaines activités contribuant à la destruction de l’environnement, notamment la production de charbon de bois.

Le démantèlement du groupe devrait donc également porter sur ces sources de financement afin d’éviter leur reconstitution dans un autre pays.

Au-delà de la relocalisation

Un pays africain qui accepterait d’accueillir des combattants FDLR devrait mettre en place un dispositif allant bien au-delà de leur simple relocalisation.

Le groupe devrait être désarmé et privé de ses réseaux de financement. Les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide commis contre les Tutsi, à des crimes contre l’humanité ou à d’autres crimes graves devraient, quant à elles, être traduites en justice et non intégrées à un programme général de réinsertion.

Les principes des Nations unies en matière de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) soulignent le fait que le retrait des combattants d’un groupe armé ne constitue qu’une première étape. Leur réintégration nécessite un accompagnement leur permettant de reconstruire une vie civile, avec la participation des communautés d’accueil.

Un pays africain pourrait ainsi offrir aux anciens combattants des FDLR une possibilité de reconstruire leur vie. Mais s’il les accueillait en tant que groupe conservant ses dirigeants, ses réseaux et son idéologie, il risquerait de reproduire une partie des difficultés auxquelles la RDC est confrontée depuis des décennies.

Par ailleurs, plus de 12 000 anciens combattants ayant quitté les forêts de la RDC pour retourner au Rwanda sont déjà passés par les programmes de réintégration de la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC).

Ils y ont bénéficié de formations et d’un accompagnement destinés à leur permettre de reconstruire leur vie. Ils participent désormais à la vie civile et contribuent au développement du Rwanda.

La relocalisation des combattants FDLR sans démantèlement préalable de leurs structures pourrait contribuer à étendre leur idéologie au-delà du territoire congolais