Créées par d’anciens responsables impliqués dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, notamment des membres des ex-Forces armées rwandaises (Ex-FAR) et des Interahamwe, les FDLR continuent d’opérer dans l’est de la RDC malgré plusieurs opérations militaires menées contre elles. Le groupe a également poursuivi son recrutement, notamment auprès de jeunes combattants.
Des positions contradictoires à Kinshasa
Pendant plusieurs années, les autorités congolaises ont affirmé que les FDLR ne représentaient plus une menace significative, estimant que le mouvement était devenu, selon elles, trop affaibli.
En mars 2025, l’ancien ministre congolais des Affaires étrangères Christophe Lutundula avait même mis en doute l’existence du groupe, affirmant ne pas savoir « qui ils sont », tout en estimant que le véritable enjeu était désormais économique.
Après la signature de l’Accord de paix de Washington en juin 2025, le ministre congolais du Commerce extérieur Julien Paluku avait également présenté les FDLR comme un récit utilisé par le Rwanda pour justifier « des actions en RDC ».
Pourtant, en avril 2024, le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, avait reconnu publiquement l’existence des FDLR et leur implication dans les violences contre les civils. Ses déclarations avaient marqué une rupture avec le discours habituel de Kinshasa, notamment en raison de son expérience passée comme porte-parole militaire au Nord-Kivu.
En octobre 2025, l’armée congolaise avait ordonné à ses troupes de mettre fin à toute coopération avec les FDLR et appelé leurs combattants à déposer les armes. Malgré cette annonce, des informations ont fait état de la poursuite d’une collaboration entre des unités des FARDC et le groupe génocidaire, notamment à travers des livraisons d’armes et de munitions.

Le débat autour du démantèlement
Alors que la pression augmentait sur Kinshasa pour respecter son engagement de neutraliser les FDLR, prévu dans l’Accord de Washington et son Concept des opérations (CONOPS), les autorités congolaises ont avancé une nouvelle justification : une partie des combattants des FDLR se trouverait dans des zones contrôlées par l’AFC/M23, empêchant une intervention militaire directe.
Fin mars 2026, les FARDC avaient annoncé des opérations contre les FDLR à Kisangani. Deux jours plus tard, elles auraient toutefois fourni du matériel militaire aux combattants FDLR présents à Pinga, dans le territoire de Walikale, où ils combattaient aux côtés des forces gouvernementales contre l’AFC/M23.
Un rapport du Groupe d’experts de l’ONU publié en juin 2026 a affirmé que les FARDC auraient assuré aux FDLR qu’elles ne procéderaient pas à leur démantèlement, alors que les deux parties continueraient à coopérer comme partenaires stratégiques.
Le porte-parole politique des FDLR, Cure Ngoma, a déclaré le 30 juillet 2026 que le groupe était désormais uniquement présent dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 et le Rwanda. Cette affirmation a toutefois été contestée lors des discussions du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (JSCM) réunissant la RDC, le Rwanda et les États-Unis, qui ont conclu que plusieurs factions de combattants des FDLR restaient également dans des zones contrôlées par Kinshasa.
En juin 2026, le conseiller américain pour l’Afrique, Massad Boulos, avait réitéré devant le Conseil de sécurité de l’ONU que la RDC n’avait pas respecté son engagement de neutraliser les FDLR, y compris dans les territoires sous son contrôle.
Un nouveau document attribué au président des FDLR, le lieutenant-général Victor Byiringiro, et daté du 30 mai 2026, propose un processus de désarmement volontaire, de réintégration et de placement des combattants dans des structures sécurisées sous supervision.
Depuis le 13 juillet, le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, présente ce document auprès de plusieurs gouvernements africains et européens comme la preuve d’un accord entre Kinshasa et les FDLR sur leur dissolution volontaire.
Le Rwanda rejette cette approche, estimant qu’elle ne correspond pas à l’Accord de Washington. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, rappelle que les FDLR ne sont pas une partie à l’accord, mais « la menace que celui-ci cherche à éliminer », et que leur démantèlement doit se faire selon le cadre du CONOPS.
De son côté, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, soutient « qu’une fois les FDLR engagées volontairement sur la voie de la paix, l’usage de la force ne serait plus justifié.»
Le risque d’une nouvelle appellation
Pour le professeur Bob Kabamba, analyste politique à l’Université de Liège, une dissolution officielle des FDLR ne garantirait pas leur disparition. Selon lui, le mouvement pourrait réapparaître sous un autre nom, comme cela s’est déjà produit dans le passé.
Avant d’adopter le nom FDLR, le groupe avait existé sous les appellations RDR puis ALiR, tout en conservant largement son commandement militaire, sa direction politique et ses objectifs.
L’évolution de la position de Kinshasa – de la négation de l’existence des FDLR à leur reconnaissance comme menace sécuritaire, puis au soutien d’un désarmement volontaire – constitue aujourd’hui l’un des principaux défis dans la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington.





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