Selon lui, ces pratiques visaient à renforcer les relations entre ces combattants, à obtenir des renseignements et bénéficier d’un soutien dans les opérations militaires.

« Il y avait un groupe de filles que les dirigeants FDLR vendaient ou remettaient à des responsables des Mai-Mai et à des soldats des FARDC, dans le but de gagner leur confiance et de les amener à fournir des informations », a-t-il déclaré.

Il a précisé que les transactions pouvaient atteindre plusieurs milliers de dollars. « Un combattant Mai-Mai ou un soldat des FARDC qui souhaitait obtenir une fille pouvait s’adresser à un responsable FDLR qu’il connaissait. Celui-ci lui demandait alors combien il était prêt à payer, parfois 5 000 dollars, parfois 1 000 dollars », a-t-il expliqué.

Nsengimana est également revenu sur les affrontements survenus en 2011 entre FDLR et groupes Mai-Mai, déclenchés par des pillages de bétail et des meurtres de membres de familles Mai-Mai attribués aux combattants FDLR.

« Cette guerre a été déclenchée par de graves exactions des FDLR contre les familles des Mai-Mai, notamment le pillage de leur bétail et le meurtre de leurs proches. Face à ces violences, les groupes Mai-Mai présents dans différentes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu se sont regroupés pour élaborer une stratégie visant à chasser les FDLR », a-t-il raconté.

Il affirme que les représailles ont visé les femmes rwandaises vivant avec des combattants FDLR, ainsi que leurs enfants.

« Ils avaient décidé que toute personne ayant une femme rwandaise, ou dont la femme ressemblait à une Rwandaise, devait l’exécuter, qu’ils aient eu des enfants ensemble ou non. Tout homme qui refusait d’obéir s’exposait lui-même à la mort, tandis que leurs enfants devaient également être tués. Durant cette période, des femmes rwandaises ont ainsi été victimes d’assassinats particulièrement atroces perpétrés par les Mai-Mai », a-t-il témoigné.

L’ancien officier a aussi évoqué des attaques attribuées aux soldats des FARDC en 2010 dans la localité de Mwima, en RDC, au cours desquelles des femmes et des filles auraient subi de graves violences, parfois mortelles.

Des FDLR au retour au Rwanda

Membre des premiers rangs du groupe génocidaire, Nsengimana avait fui au Zaïre après la fin du génocide contre les Tutsi en 1994. Il a ensuite commandé un bataillon pendant 12 ans au sein des groupes ALiR et FDLR, avant de devenir commandant adjoint de la réserve de brigade. En 2015, au moment de son retour au Rwanda, il était conseiller en matière de sécurité et de questions militaires auprès des instances dirigeantes.

Il explique que les difficultés rencontrées par son épouse ont contribué à sa décision de quitter le mouvement génocidaire. En 2010, après un accouchement nécessitant des soins spécialisés indisponibles dans leur lieu de résidence en RDC, celle-ci avait demandé l’autorisation de se rendre au Rwanda pour se faire soigner.

En 2014, elle était retournée en RDC pour lui rendre visite, avant de rentrer de nouveau au Rwanda avec lui. Cette situation a éveillé les soupçons des dirigeants du mouvement, qui craignaient qu’il ne trahisse le mouvement.

« J’ai été confronté à de graves difficultés. Ils ont commencé à se méfier de moi, craignant qu’un homme dont l’épouse se trouvait au Rwanda ne représente une menace pour eux. Ils m’accusaient également d’être un “Inyenzi” et me menaçaient ouvertement de mort, affirmant qu’ils allaient m’éliminer », a-t-il rapporté.

Placé sous la surveillance d’agents de renseignement des FDLR, il indique s’être finalement lassé de la vie dans les forêts et avoir décidé de rentrer au Rwanda avec l’aide de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO).

En 2015, il a été conduit au centre de Mutobo, dans le district de Musanze, où il a suivi un programme de réintégration destiné à faciliter son retour à la vie civile. Six mois après avoir quitté le centre, il a obtenu un emploi au sein d’une antenne de la Rwanda Energy Group (REG), dans le district de Rubavu, grâce à une collaboration entre l’entreprise et le ministère de la Défense.

Fort de son expérience, Nsengimana appelle les dirigeants FDLR à déposer les armes et à rentrer au Rwanda, estimant que leur combat n’offre aucune perspective de victoire.

Il exhorte particulièrement les jeunes combattants à ne plus se laisser manipuler par leurs supérieurs, dont les familles vivraient confortablement à l’étranger pendant qu’eux-mêmes restent dans les forêts.

« Qu’ils commencent par regarder où vivent les familles de leurs propres dirigeants et dans quelles conditions elles vivent. Pendant que les combattants sont contraints de traîner leurs enfants dans les forêts, leurs chefs, eux, ont installé leurs épouses dans de beaux pays d’Europe et leur envoient l’argent issu des pillages », a-t-il déclaré, affirmant aussi que les sommes versées par les FARDC aux combattants profiteraient largement aux commandants du groupe génocidaire.

L’ancien cadre FDLR encourage fortement les combattants encore actifs à quitter les forêts et à rentrer au Rwanda afin de reconstruire leur vie et de contribuer au développement de leur pays.

Le colonel à la retraite Augustin Nsengimana, ancien militaire des ex-FAR et cadre des FDLR, a révélé que le groupe vendait régulièrement des femmes et des filles aux Mai-Mai et aux FARDC pour qu’elles soient violées
Fort de son expérience, Nsengimana appelle les dirigeants FDLR à déposer les armes et à rentrer au Rwanda, estimant que leur combat n’offre aucune perspective de victoire