Dans un entretien accordé à IGIHE, Augustin Nshimiyimana, alias « Colonel Bora Manassé », ancien cadre des FDLR aujourd’hui démobilisé, revient sur le parcours de certains anciens combattants rwandais ayant intégré les forces congolaises au fil des différentes phases de restructuration militaire.
Selon son témoignage, après leur arrivée dans l’ancien Zaïre à la suite du génocide contre les Tutsi en 1994, certains membres de l’Ex-FAR et des Interahamwe ont poursuivi leurs activités militaires dans l’est du pays. Bora affirme, pour sa part, avoir traversé le fleuve Congo avec d’autres combattants avant d’intégrer les Forces armées congolaises (FAC).
Bora affirme que certains anciens combattants de l’ALiR ont par la suite intégré les Forces armées de la RDC (FARDC) dans le cadre des processus d’intégration des anciens groupes armés.
Cette intégration s’inscrivait notamment dans le processus de création d’une armée nationale congolaise après la deuxième guerre du Congo. Les accords de paix et le processus de brassage ont conduit à l’intégration de combattants issus de différentes anciennes forces et groupes armés.
« Beaucoup ont intégré l’armée congolaise, les FARDC. En 2004, dans l’est de la RDC, plusieurs groupes armés, dont des membres de l’ALiR, ont intégré l’armée nationale dans le cadre du processus issu des accords de Sun City. Aujourd’hui, beaucoup y sont toujours », affirme Bora.
Il cite notamment plusieurs personnes qu’il présente comme d’anciens membres de l’ALiR ayant intégré l’armée congolaise et affirme que certains auraient atteint des grades élevés au sein des FARDC.
L’ancien cadre des FDLR cite notamment Rucyahana Jean-Baptiste, qu’il présente comme connu sous le nom de colonel Jules Mulumba chez les Wazalendo, ainsi qu’Annaclet Nsengiyumva, qu’il affirme être devenu colonel et travailler dans les services de renseignement militaire congolais.
Il évoque également plusieurs autres anciens combattants qu’il dit avoir connus au sein de l’ALiR et qui auraient ensuite intégré différentes unités des FARDC.
« Je peux également citer d’autres personnes aujourd’hui affectées à différents régiments, notamment au 201ᵉ Régiment, placé sous le commandement du colonel congolais Mambwene. Parmi elles figurent notamment le major Karokota, le capitaine Karekezi et le capitaine Libya. À l’époque, certains d’entre eux utilisaient d’autres noms. Nous nous connaissions et avions vécu ensemble ; ils sont nombreux. »
Des liens remontant aux années 1990
Selon Bora, les relations entre anciens combattants rwandais et acteurs armés congolais remontent aux années ayant suivi leur arrivée dans l’ex-Zaïre.
Il affirme que certains membres de l’Ex-FAR et des Interahamwe auraient apporté avec eux leur expérience militaire et leurs armes, avant de former ou d’entraîner certains combattants congolais impliqués dans les conflits locaux.
« Ceux-ci sont désormais des officiers importants au sein des FARDC », soutient-il, citant plusieurs officiers congolais dont il affirme avoir été l’instructeur ou le compagnon d’armes.
Pour Bora, cette histoire rendrait particulièrement complexe la question de la séparation entre les FDLR et certains acteurs des forces combattantes présentes dans l’est de la RDC.
« Alors, qui va combattre les FDLR ? Elles sont présentes dans les FARDC et dans les Wazalendo », affirme-t-il, estimant que les années de collaboration et d’intégration auraient créé des liens difficiles à démêler.
La question du désarmement et de la neutralisation du groupe génocidaire actif dans l’est de la RDC demeure par ailleurs un enjeu majeur des discussions régionales sur la sécurité dans les Grands Lacs.
Bora estime que la pression de la communauté internationale pourrait pousser Kinshasa à distinguer clairement ses forces des FDLR et à procéder au démantèlement de ce groupe armé.
Son témoignage intervient alors que des informations faisant état de collaborations entre des éléments des FDLR et des FARDC continuent à être rapportées sur le terrain, malgré l’engagement du gouvernement de Félix Tshisekedi de procéder à leur démantèlement, conformément aux accords signés en décembre 2025 dans le cadre du processus de Washington.




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