Ces témoignages proviennent de femmes qui disent avoir été enlevées par les FDLR et conduites dans leurs bases dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Certaines ont ensuite fui ou regagné le Rwanda et suivi des programmes de réintégration au Centre de démobilisation et de réintégration de Mutobo, dans le district de Musanze.
Parmi les personnes mises en cause dans ces témoignages figure Mukandutiye Angelina, présentée comme une ancienne responsable des FDLR chargée de surveiller les femmes et les filles au sein du groupe.
La caporale à la retraite Mujawayesu Laurence, enlevée en 1997 à l’âge de 14 ans, a notamment indiqué que les femmes n’étaient pas autorisées à tomber enceintes. « Lorsqu’une fille tombait enceinte, elle était soit tuée, soit contrainte d’interrompre sa grossesse », a-t-elle déclaré.
Elle affirme également que plusieurs femmes ont été tuées après avoir refusé des violences sexuelles ou un avortement forcé.
Selon Mujawayesu, qui dit avoir échappé aux FDLR en 2003, certaines femmes étaient abattues ou éventrées au couteau devant les autres lorsqu’elles refusaient d’interrompre leur grossesse.
« Pour avoir refusé d’avorter, plusieurs ont été tuées, abattues ou éventrées au couteau alors qu’elles étaient encore en vie, devant les autres, pour servir d’exemple », a-t-elle relaté.
Une autre ancienne membre des FDLR, identifiée sous le nom de Mutesi (nom d’emprunt), affirme que les femmes enceintes étaient soumises à des avortements forcés, certains étant pratiqués de manière extrêmement violente.
« Ils nous interdisaient de tomber enceintes. Lorsqu’une femme était enceinte, ils retiraient le fœtus et le tuaient séparément. »
Umwali, 27 ans, née à Walikale et également identifiée sous un nom d’emprunt, affirme être tombée enceinte alors qu’elle participait à des activités de renseignement pour les FDLR.
« C’est Mukandutiye Angelina qui nous fournissait les comprimés destinés à interrompre les grossesses, car aucune combattante n’était autorisée à rester en service lorsqu’elle était enceinte ou s’occupait d’un enfant », a-t-elle déclaré, affirmant également que l’homme qui l’avait mise enceinte a ensuite été tué.
Umulisa, 36 ans, rapporte pour sa part que Mukandutiye assurait le suivi des femmes et des filles, notamment de leur recours aux moyens contraceptifs.
« Elle nous disait que nous n’étions pas censées avoir d’enfants au Congo parce que cela n’était pas autorisé », a-t-elle déclaré.
Selon son témoignage, Mukandutiye justifiait également les violences sexuelles en les présentant comme quelque chose que les femmes devaient subir de la part des hommes.
« Pour elle, ce n’était pas des violences sexuelles. Elle disait qu’il s’agissait de quelque chose qu’une femme devait accepter de la part des hommes. »
D’autres témoignages font état de pratiques selon lesquelles certaines filles étaient sélectionnées et conduites auprès de hauts responsables masculins du groupe, avant d’être soumises à l’utilisation de contraceptifs, tout cela par l’intermédiaire de Mukandutiye.
Par ailleurs, son implication dans les groupes armés opérant dans l’est de la RDC remonte à son départ du Rwanda en 1994, après avoir servi comme enseignante et inspectrice de l’éducation à Nyarugenge, à Kigali, de 1986 à 1994.
Après avoir rejoint les FDLR, elle en est devenue l’une des responsables. À la suite d’une scission au sein du groupe, elle a rejoint, entre 2016 et 2017, le CNRD-Ubwiyunge de Wilson Irategeka, où elle était commissaire au développement.
Capturée au Sud-Kivu avec d’autres membres du groupe, elle a été transférée au Rwanda en 2019.
Mukandutiye avait déjà été condamnée par contumace à la réclusion à perpétuité par les juridictions gacaca en 2008 pour son rôle dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Après son retour au Rwanda, elle a également été poursuivie dans une affaire de terrorisme impliquant 21 accusés, dont Nsabimana Callixte, alias Sankara, et Paul Rusesabagina, concernant des attaques attribuées au MRCD/FLN.
La Haute Cour de Kigali l’a condamnée à cinq ans de prison en 2021, avant que la Cour d’appel ne porte la peine à 20 ans en avril 2022.




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