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Un colloque à Kigali sur les causes et motivations profondes du génocide des Tutsi

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 5 avril 2019 à 04:53

Des professeurs et chercheurs rwandais et étrangers en sciences sociales participent ce jeudi 4 avril 2019 à un colloque traitant du rôle joué par l’Etat rwandais, la Société civile, l’église et les médias dans la propagation de l’idéologie du génocide et la désintégration du tissu de la société rwandaise au cours du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994.

Ces chercheurs viennent d’Europe, de l’Amérique et du Rwanda. Andrew Wallis, chercheur britannique et journaliste d’investigation, est l’un d’eux. Il a présenté le résultat de ses recherche sur le génocide des Tutsi du Rwanda de 1994.

« Je suis intéressé de connaître les dispositions mentales et motivations des auteurs de ce génocide et comment ils ont pu parachever leur projet criminel. Le génocide a été rendu possible par une gestion des affaires publiques par un parti unique qui a mis en place un système dictatorial favorisant une pensée unique et associant des responsables d’Église et de la société civile propageant la pensée unique et inique de l’idéologie de l’ethnocentrisme (hutu) » », a indiqué Wallis décrivant un organe superpuissant informel, le Pré carré du régime dit AKAZU qui coordonnait et décidait de l’orientation politique des affaires publiques.

Andrew Willis, journaliste d'investigation et écrivain

"L’Akazu était une organisation informelle d’extrémistes influents à la tête de l’Etat rwandais d’alors dont les membres ont contribué de manière significative au génocide des Tutsi de 1994. Aucune décision nationale ne pouvait être prise sans être portée leur connaissance ou leur accord", a ajouté ce chercheur précisant que "toutes les ressources financières affectées aux projets de développement socio-économique du pays, aux dépenses militaires, éducationnelles ou sanitaires étaient redistribuées directement sur les comptes bancaires privés des membres du précarré « Akazu »".

"C’est de cette façon que le colonel Aloys Nsekalije, l’alors ministre de l’éducation et Joseph Nzirorera aux infrastructures publiques sont devenus les premiers milliardaires du pays à la fin des années 1980", a documenté Wallis et publié de nombreux ouvrages sur le Génocide des Tutsi dont The Silent Accomplice : The Untold Story of the Role of France in the Rwandan Genocide . Il s’apprête à publier pour ce 26 avril prochain : Stepp’d in Blood : Akazu and the architects of the Rwandan genocide against the Tutsi .

Wallis ne se contente pas de donner un tableau descriptif de ce génocide et de ses acteurs clé. Il va dans l’histoire et montre comment du colonialisme belge des années 1930 à la fin de la première république de Grégoire Kayibanda (1962-1973), l’idéologie de l’ethnocentrisme hutu a été élevée en mode de pensée et de justification sociales du nombre ethnique politique.

Au centre, à l'avant plan, Mme Jeannette Kagame, la première dame du Rwanda assiste aux travaux du colloque. A sa droite, la Ministre de la Culture et Sport, Nyirasafari Espérance et à sa gauche, Dr Bizimana, Secrétaire Exécutif de la CNLG/Commission Nationale de Lutte contre le Génocide

Ici tout concourt à expérimenter des pogroms (1959-1963, 1972-1973), véritables petits génocides perpétrés contre les Tutsi au Rwanda. Cela n’a-t-il pas fait que les Batutsi du Rwanda sont, pour ceux qui ont pu rester au pays, devenus des citoyens de seconde zone, des parias de la société.

D’un pas à l’autre, devait surgir une solution finale en 1994 sous le régime du Général Juvénal Habyarimana (1973-1994), les raisins étaient tirés. Pour Wallis, les partis uniques qui ont gouverné le Rwanda, le MDR PARMEHUTU (Mouvement Démocratique Républicain-Parti pour l’Emancipation du Peuple Hutu) et le MRND (Mouvement Révolutionnaire National Démocratique) se sont caractérisés par des slogans appelant "à la discrimination ethnique".

L’Eglise rwandaise joue le jeu des idéologies ethnocentristes criminelles

Alors que l’État jouait un rôle important dans le massacre de masse tutsi préparé et bien exécuté, Mgr John Rucyahana, président de la Commission de l’unité et de la réconciliation nationale (NURC), a expliqué que l’Église était un important collaborateur pour l’exécution de ce plan.

« Il s’observe que l’Église n’a pas commencé peu de temps avant ou pendant le génocide des Tutsi. Cela a commencé dès le début. Les Prélats se sont détournés de leur mission spirituelle. Ils ont accompagné les régimes ségrégationnistes en place au Rwanda. Pire encore, ils ont pris part à la direction du Rwanda en tant qu’État souverain ségrégationniste », a accusé Mgr Rucyahana faisant allusion à Mgr Vincent Nsengiyumva, archévêque catholique de Kigali qui fut "membre du comité central du parti au pouvoir au Rwanda de 1976 à 1990, date à laquelle le Vatican lui demande de renoncer à cette fonction".

Et puis, au delà de l’Archevêque, c’est toute l’institution catholique qui est mise en cause par Mgr Rucyahana qui a souligné au cours de ce mini colloque que " les théories ségrégationnistes ethnocentristes étaient enseignées dans les écoles religieuses, les séminaires et les instituts de formation des enseignants du pays".

« L’Église est aussi gênée par son passé autant que toutes les autres institutions étatiques et celles de la société civile au Rwanda d’alors.Cette église doit s’asseoir et revoir ou redéfinir sa mission pastorale », a ajouté le clerc montrant qu’en 1994, le ségrégationnisme ethnique avait atteint son paroxysme fort de plus de 30 ans d’inoculation de ce venin dans les esprits rachitiques des citoyens rwandais incultes par tout le leadership rwandais.

Repenser et renforcer l’enseignement académique en sciences sociales

Un autre orateur, Frank Chalk, chercheur de l’Université Concordia du Canada, a affirmé que la recherche continuera de jouer un rôle clé dans la compréhension d’événements historiques plus révélateurs de la réalité de ce qui s’est passé au Rwanda. "Les chercheurs devaient être mieux équipés en outils d’analyse solides et rationnels", a-t-il dit soulevant ainsi une question criante de la piètre qualité actuel d’un système d’enseignement universitaire qui a supprimé les facultés de Lettres et Sciences humaines et de Sociologie dans nos universités.

Terrible ce qu’est le caractère étriqué de nos stratèges nationaux en aménagement et carte scolaire du pays qui pense pouvoir promouvoir sciences et technologies oubliant que les Lettres et philosophies enseignées sont tout aussi indispensables car "Science sans Conscience est ruine de l’âme".

Un autre chercheur David Gakunzi est, quant à lui, intervenu au cours de ce colloque pour souligner la tragédie du génocide des Tutsi de 1994 alimentée par les média de la haine RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines) et KANGURA.

David Gakunzi

Pour lui, les médias ont une capacité de redressement des torts causés dans l’esprit du Rwanda par les négationnistes. Ces média devraient entrer sans retenue dans cette lutte permanente contre les idéologies du génocide et du négationnisme.
Les négationnistes ont toujours à l’esprit avant tout la récidive. Ils veulent rééditer leurs exploits criminels », a-t-il déclaré.


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