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Suivi des Accords de paix rwando ugandais : insatisfactions de la délégation rwandaise à Kampala

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 14 décembre 2019 à 11:51

La délégation rwandaise est arrivée à Kampala sous le coup de onze heures ce vendredi 13 décembre 2019 à l’invitation de la partie ugandaise. Elle est reçue à l’aéroport par les deux ambassadeurs du Rwanda à Kampala et de l’Uganda à Kigali, respectivement le Gé. Frank Mugambage et Mme Oliver Wonekha.

Sam Kuteesa, Ministre des Affaires Etrangeres Ugandais, Principal negociateur ugandais

Les négociations à huis clos ont commencé sur les avancées réalisées depuis les conclusions de la Rencontre de Kigali en septembre dernier. La délégation rwandaise a fait le tour d’horizons d’incidents intervenus peu après la rencontre de Kigali.

« Il a été constaté que la situation s’est plutôt empirée. L’Uganda a redoublé son soutien aux groupes rebelles anti rwandais venus de l’Est de la RDC qui ont attaqué la partie Nord du Rwanda (Kinigi, Musanze) et se sont repliés en Uganda en toute impunité. Il a plus que de raison continué à arrêter arbitrairement les voyageurs rwandais en Uganda », a confié Olivier Nduhungirehe, le Ministre rwandais à la Coopération internationale.

« Les combattants de ces mouvements rebelles anti rwandais et leurs dirigeants continuent à bénéficier du soutien, du passage sur le sol ugandais et protection des hauts dirigeants ugandais », a dit Nduhungirehe, principal négociateur de la partie rwandaise au cours de la session. Il a enjoint des preuves de ce qu’il avançait.

« Dans la nuit du 3 au 4 Octobre dernier, une attaque a été menée par le RUD-Urunana (Ralliement pour l’Unité et la Démocratie au Rwanda) sur le Village Kinigi du District Musanze en Province rwandaise du Nord. Elle venait de l’autre côté des Virunga en RDC. La plupart de ces assaillants ont été tués. D’autres ont été capturés. Des faits tangibles ont été relevés à partir de leurs téléphones portables et des témoignages que ces capturés ont fournis. De ces faits, il en est un. Un numéro de téléphone ugandais appartenant à un certain Philémon Mateke (ministre en charge de la Coopéation régionale) communiquait avec le groupe d’assaillant avant l’attaque et pendant l’attaque qui visait des paysans civils de Kinigi », a dit le négociateur principal rwandais à la partie ugandaise dirigée par le Ministre Ugandais des Affaires Etrangères Sam Kuteesa.

Gen. Patrick Nyamvumba, Ministre de l'Interieur du Rwanda, membre de la delegation

Le Ministre Nduhungirehe s’est permis de rappeler à la partie ugandaise qu’à la date du 14 Octobre, une correspondance diplomatique rwandaise à ce propos a été envoyée à Kampala, que celui-ci n’a pas à ce jour réagi là-dessus.

De un ! Mais quelle a été la réaction des négociateurs de paix ugandais ? Une colère aveugle et aveuglante ! Des sentiments surchauffés surtout qu’elle était mise devant des faits difficilement incontournables impliquant un ministre dans la collaboration avec un groupe d’assaillants attaquants et égorgeant de paisibles paysans. Notons en passant que cette communication téléphonique avec les assaillants de Kinigi avec le Ministre Mateke qui devait leur montrer la voie de repli vers son hôtel de Kisoro à moins de 15 Km de la scène du crime qu’il commandait.

Des arrestations arbitraires n’ont pas cessé
Le Ministre Olivier Nduhungirehe s’est aussi exprimé sur la cohorte de citoyens rwandais résidant ou en voyage d’affaires en Uganda et qui sont toujours arbitrairement arrêtés et soumis à la torture pour, à la fin, dépouillés de tout, être expulsés au Rwanda. Le Ministre s’est dit désabusé car, a-t-il confié à ses hôtes, à la signature des Accords de Luanda ou à la fin de la première rencontre de Kigali du suivi de ces Accords, il nourrissait l’espoir que ces faits allaient être arrêtés.

« En vérité depuis que les Accords ont été signés il y a quelques 4 mois, les cachots de CMI/Services de renseignement militaire ugandais conservent toujours des Rwandais arbitrairement arrêtés. D’autres continuent d’être régulièrement portés disparus. Rien qu’il y a deux semaines, le 25 novembre dernier, plus de 150 ouvriers agricoles rwandais de la région de Kisoro (frontalière avec le Nord du Rwanda) ont été raflés. 33 d’entre eux ont été expulsés au Rwanda… », a lancé Nduhungirehe montrant là où la partie ugandaise devrait rectifier pour que la confiance revienne entre les deux pays.

Mais ce n’est pas tout. Le négociateur rwandais a demandé à son interlocuteur de cesser d’instrumentaliser la presse ugandaise qui propage des rumeurs et dénigrements contre les dirigeants rwandais (Président Kagame et ministres) tout en faisant des éloges aux dirigeants des groupes rebelles rwandais activement soutenus par l’Uganda. « Ceci est contraire à l’esprit des Accords de Paix de Luanda », a dit Nduhungirehe avant d’encourager la partie ugandaise à ne pas faire entendre dans la presse que le contentieux rwando ugandais ne tient qu’à la fermeture unilatérale rwandaise des frontières entre les deux pays.

« Comment pouvons nous assurer la libre circulation des personnes et des biens et services entre nos deux pays au moment où les relations de bon voisinage sont mises à mal ? Est-ce la fermeture de ces frontières qui en est la cause, où ce sont ces arrestations arbitraires des hommes d’affaires ? », a dit le Ministre qui a néanmoins dit que le Rwanda nourrit encore de l’espoir de voir ce contentieux réglé et la situation revenir à la normale.

“Le Rwanda garde toujours espoir que les citoyens rwandais habitant le long de la frontière Nord (Gatuna, Cyanika) et Est (Kagitumba) du Rwanda et à la frontière Sud (avec le Burundi ?) pourront vivre tranquillement et en toute sécurité sans peur des groupes armés terroristes soutenu par un pays voisin », a dit le ministre faisant une allusion à peine voilée à l’Uganda.

Olivier Nduhungirehe, principal negociateur rwandais

Le Ministre rwandais a également lancé une autre flèche témoignant de ressentiments causés par le fait que la partie ugandaise était fermée aux plaintes de la délégation rwandaise :

« Le Rwanda nourrit de l’espoir que la jeunesse rwandaise ne sera plus arrêtée et soumise à la torture au moment oùelle traversera la frontière ugandaise à l’invitation de fêtes de mariage, en visite familiale ou en voyage d’affaires ».

Depuis janvier 2018, les services de renseignement militaire ugandais, CMI et ISO, ont arrêté, emprisonné et torturéquelques 1438 citoyens rwandais résidant ou en voyage d’affaire en Uganda.


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