En 2023, lors du « Columbia Global Energy Summit » à New York, le Président Paul Kagame avait indiqué que le Rwanda misait sur l’énergie nucléaire pour accroître sa production d’électricité, soulignant qu’elle constituait une solution sûre et relativement abordable.

Contrairement aux grandes centrales nucléaires conventionnelles, le Rwanda a choisi de privilégier des technologies de petite taille, jugées mieux adaptées à ses besoins et à sa configuration.

Le projet prévoit une centrale composée de quatre modules de 200 mégawatts chacun. Les micro-réacteurs, encore plus petits, peuvent être fabriqués en usine puis transportés par avion, bateau ou route, certains pouvant tenir dans un conteneur.

Selon le projet présenté par le « Rwanda Atomic Energy Board » (RAEB), ces unités pourraient être installées puis déplacées si nécessaire. Leur implantation nécessiterait toutefois une zone tampon d’environ trois kilomètres autour du réacteur.

Certains modèles pourraient produire jusqu’à 20 mégawatts et fonctionner pendant environ 20 ans, offrant ainsi une alimentation continue aux ménages, aux industries ou aux centres de données.

Par ailleurs, le Rwanda entend développer les compétences nationales avant de construire ses infrastructures nucléaires. À cet effet, plus de 100 étudiants rwandais ont ainsi été envoyés à l’étranger pour acquérir des compétences spécialisées.

Le mois dernier, 26 étudiants sont revenus au pays après avoir obtenu des diplômes de troisième cycle dans des domaines liés à la gestion et au contrôle des centrales nucléaires, à la sûreté nucléaire et au génie électrique. Ils ont été recrutés par le RAEB.

Pour le président du conseil d’administration du RAEB, Dr Lassina Zerbo, cette approche permet d’éviter de construire des infrastructures avant de disposer des compétences nécessaires à leur exploitation. « On ne met pas la charrue avant les bœufs », a-t-il déclaré.

« Pour faire les choses correctement, sans les inverser, il a fallu sélectionner des jeunes qui comprennent et acceptent d’apprendre les sciences et les technologies nucléaires », a-t-il poursuivi.

Selon lui, le programme constitue également une opportunité pour la jeunesse rwandaise, qui peut se former à l’étranger avant de revenir travailler pour l’État.

Une réponse au déficit énergétique africain

Le choix du nucléaire s’intègre également dans un contexte continental marqué par un important déficit énergétique.

En effet, plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, alors que, dans plusieurs pays africains, le kilowattheure coûte plus de 0,30 dollar (443 francs rwandais), contre environ 0,05 dollar (73,9 francs rwandais) dans certaines régions d’Asie.

Cette situation pèse notamment sur la compétitivité industrielle et la sécurité alimentaire. Les grandes industries ont besoin d’une alimentation électrique stable, difficile à garantir uniquement avec des sources dépendantes des conditions météorologiques comme le solaire et l’éolien.

En outre, le Rwanda s’intéresse également aux réacteurs à sels fondus, une technologie utilisant notamment le thorium et des sels fondus, actuellement expérimentée dans certaines zones désertiques. Contrairement aux centrales conventionnelles, cette technologie pourrait réduire fortement les besoins en eau.

Kigali défend par ailleurs une approche continentale. Plutôt que de voir chacun des 54 pays africains construire ses propres infrastructures nucléaires, le Dr Zerbo plaide pour davantage de coopération et de mutualisation dans le domaine énergétique.

Cette ambition a notamment été mise en avant lors de la deuxième édition du Forum africain sur l’innovation nucléaire (NEISA), soutenue par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et organisée à Kigali. La rencontre a réuni plus de 1 500 participants, dont des acteurs du secteur venus de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, de Russie, de Chine et des États-Unis.

La présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, y a entre autres salué les efforts du Président Kagame en faveur d’une plus grande implication de l’Afrique dans le développement de l’énergie nucléaire.

À ce jour, l’Afrique du Sud est le seul pays africain à exploiter une centrale nucléaire, avec la centrale de Koeberg. L’Égypte construit pour sa part la centrale nucléaire d’El Dabaa, dans le nord-ouest du pays.

Pour le Rwanda, l’objectif est désormais de disposer à la fois des infrastructures et des compétences nécessaires pour faire du nucléaire une source durable d’électricité et un levier de développement.

Contrairement aux grandes centrales nucléaires conventionnelles, le Rwanda a choisi de privilégier des technologies de petite taille, jugées mieux adaptées à ses besoins et à sa configuration
Selon le projet présenté par le « Rwanda Atomic Energy Board » (RAEB), ces unités pourraient être installées puis déplacées si nécessaire