Présentés cette semaine par Martine Nezerwa, en charge du numérique au ministère de l’Agriculture et des Ressources animales (MINAGRI), en marge de l’Africa Food Systems Forum 2026 à Kigali, ces outils utilisent des données locales pour recommander les cultures, les périodes de plantation et l’application des engrais.
La ministre des TIC, Paula Ingabire, a pour sa part expliqué que l’IA pourrait permettre de fournir une expertise agricole à un plus grand nombre d’agriculteurs, alors que près de la moitié des emplois en Afrique subsaharienne dépendent de l’agriculture. Elle a toutefois insisté sur le fait que l’IA doit accompagner les agriculteurs et les experts, et non les remplacer.
Bien que le Rwanda ambitionne de faire passer la couverture des services de vulgarisation agricole de 35 % en 2023 à 69 % d’ici 2029, afin d’atteindre plus de 2,5 millions d’agriculteurs, Ingabire estime que l’augmentation du nombre de techniciens agricoles ne suffira pas à elle seule.
« C’est à ce niveau que la technologie constituera un levier d’action et un facteur multiplicateur, permettant d’accompagner un plus grand nombre d’agriculteurs avec un nombre réduit de techniciens agricoles », a-t-elle déclaré.
Quatre priorités pour l’IA agricole
Le gouvernement identifie par ailleurs quatre principaux domaines d’application de l’intelligence artificielle dans l’agriculture : le conseil aux agriculteurs, à travers des recommandations personnalisées disponibles dans les langues locales ; l’analyse des cultures et de l’élevage, notamment pour permettre la détection précoce des ravageurs et des maladies ; l’accès aux marchés et au financement, en facilitant l’accès aux acheteurs, aux informations sur les prix, au crédit et à l’assurance ; et enfin l’aide à la décision publique, grâce à une meilleure connaissance de la production et à l’anticipation des risques.
Parmi les solutions testées figure Tunga, un assistant vocal permettant aux agriculteurs de poser leurs questions en kinyarwanda. Basé sur une base de connaissances validée par le MINAGRI, l'Office Rwandais de Développement de l'Agriculture et des Ressources Animales (RAB) et leurs partenaires, Tunga répond correctement à au moins 60 % des questions durant sa phase de test. Les questions auxquelles il ne peut répondre avec suffisamment de certitude sont transmises à des experts humains.
Pour Ingabire, le principal défi est désormais de passer des projets pilotes à une utilisation à grande échelle.
« L’Afrique ne manque pas de projets pilotes ; elle a désormais besoin de financements pluriannuels et pérennes pour permettre aux solutions ayant fait leurs preuves auprès de 10 000 agriculteurs d’être déployées à des millions d’agriculteurs », a-t-elle souligné.

Des infrastructures numériques déjà disponibles
Le Rwanda dispose déjà de plusieurs infrastructures numériques susceptibles de soutenir le développement de l’IA agricole, notamment e-Soko, qui facilite la collecte et le partage des prix agricoles, et Smart Nkunganire, qui numérise la chaîne de distribution des subventions aux intrants.
Plus d’1,5 million d’agriculteurs sont enregistrés sur Smart Nkunganire et peuvent commander des semences et des engrais subventionnés via des transactions USSD.
Le gouvernement veut désormais mieux exploiter ces données et renforcer les investissements dans les données agricoles, les bases de données en langues africaines et les modèles d’IA validés localement.
« Nous avons besoin de bases de données en langues africaines, de bases de connaissances agricoles et de modèles d’intelligence artificielle validés dans les contextes locaux », a insisté la ministre Ingabire.
Elle a également appelé à investir jusqu’au « dernier kilomètre » afin de garantir l’accès à ces services aux agriculteurs ne disposant ni de smartphones ni d’une connexion haut débit fiable.
Vers une agriculture plus précise
La secrétaire d’État au ministère de l’Agriculture et aux Ressources animales, Dr Solange Uwituze, estime quant à elle que l’IA sera indispensable pour atteindre les ambitions alimentaires du Rwanda, dont la Vision 2050 prévoit de nourrir une population d’environ 23 millions de personnes avec les terres actuellement disponibles.
« Nous devons repenser nos approches, multiplier par 15 les niveaux actuels de production et promouvoir le développement de l’agriculture verticale », a-t-elle insisté, citant l’agriculture de précision, la gestion des coopératives, l’irrigation, la gestion post-récolte et l’accès aux marchés parmi les domaines où l’IA peut contribuer à améliorer la productivité.
Le Rwanda développe également des sites de production regroupée (« food baskets ») offrant aux agriculteurs des intrants, une assistance technique, l’irrigation, des infrastructures post-récolte ainsi qu’un accès aux marchés et aux services financiers, tout en permettant de générer davantage de données utiles à la prise de décision agricole.
Le pays a par ailleurs achevé le profilage des sols afin d’identifier les carences en nutriments selon les régions pour mettre fin à l’usage uniforme des engrais, tandis qu’avec le soutien du Maroc, il développe des recommandations d’engrais adaptées aux caractéristiques locales des sols.





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