S’exprimant dans une interview accordée à IGIHE, le ministre a indiqué que les autorités ont mené une enquête impliquant consommateurs, fabricants, régulateurs, dirigeants locaux et institutions chargées du contrôle des normes sanitaires.
« Nous avons tous une responsabilité. Même les personnes qui ne consomment pas d’alcool, ainsi que les dirigeants locaux à tous les niveaux, ont un rôle important à jouer », a déclaré le Dr Nsanzimana, alertant sur l’impact de ces boissons illicites sur la santé publique, notamment leur contribution à la hausse des maladies non transmissibles et des décès.
« Plusieurs victimes arrivaient dans un état critique, souffrant de vomissements et de fortes diarrhées. Certaines avaient perdu la vue, tandis que d’autres étaient transportées à l’hôpital sur des brancards après s’être effondrées lors de rassemblements sociaux, notamment des mariages. Les enquêtes ont systématiquement établi un lien avec des boissons alcoolisées frelatées », a-t-il ajouté.
Le ministre a également indiqué que l’alcoolisme lié à ces produits constitue un problème plus large, avec près de 11 000 personnes identifiées comme dépendantes à l’alcool à travers le pays, un chiffre qui pourrait être inférieur à la réalité.
Des boissons à l’origine de maladies graves
Le Dr Nsanzimana a expliqué que les maladies non transmissibles causent désormais plus de décès au Rwanda que les maladies infectieuses, la consommation abusive d’alcool figurant parmi les principaux facteurs aggravants.
« Nous voyons des jeunes développer des maladies rénales à cause de ces boissons alcoolisées », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que les boissons frelatées sont souvent fabriquées avec une teneur en alcool bien supérieure à celle indiquée sur les étiquettes. Dans certains cas, des bouteilles annoncées à 40 % d’alcool contenaient en réalité 70 %.
Les inspections menées par les autorités ont révélé de nombreuses irrégularités dans les sites de production. Selon le ministre, toutes les usines inspectées n’ont pas respecté les conditions exigées lors de l’obtention de leur licence d’exploitation.

Les enquêteurs ont notamment découvert que certains techniciens étaient déclarés responsables de plus de 10 usines simultanément, rendant impossible un contrôle efficace. Des problèmes d’hygiène et de stockage des matières premières ont également été constatés.
Les autorités ont par ailleurs découvert des cas de contrefaçon, certains producteurs remplissant des bouteilles de marques reconnues avec leurs propres produits avant d’y apposer de fausses étiquettes.
Un réseau organisé de distribution
Le ministre a révélé l’existence d’un réseau organisé impliquant des fabricants agréés, des producteurs clandestins et des distributeurs. Certains grands fabricants importaient de l’alcool industriel, en utilisaient une partie dans leur production légale et détournaient le reste vers le marché illégal.
« Des motos transportaient plusieurs bidons vers Nyagatare, Rusizi ou Nyabihu. Ces livraisons étaient effectuées la nuit à travers un réseau très organisé », a-t-il expliqué.
D’après le ministre, des boissons retrouvées dans des zones reculées pouvaient souvent être retracées jusqu’à des usines situées à Kigali, les acteurs impliqués étant attirés par les profits élevés de ce commerce.
Il a également accusé certains producteurs de fabriquer volontairement des boissons fortement alcoolisées afin de favoriser la dépendance des consommateurs.
« Ils savent que ces boissons créent une dépendance », a-t-il affirmé. « Plus l’intoxication est forte, plus le consommateur est susceptible de rechercher à nouveau cette sensation le lendemain. Il revient constamment pour retrouver cet effet, jusqu’à finir par devenir dépendant. »
Dans le cadre de cette campagne, l’Autorité rwandaise des aliments et des médicaments (Rwanda FDA) a déjà fermé plus de 100 fabricants de boissons alcoolisées pour non-respect des normes réglementaires.
Elle a également ordonné le retrait immédiat de leurs produits du marché et interdit toute publicité liée aux boissons concernées.





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