Il s’exprimait ce jeudi 1er octobre 2026 lors de la cinquième édition de l’Africa HealthTech Summit, au Kigali Convention Centre, au cours d’une session consacrée au renforcement des systèmes de données de santé pour une recherche africaine fiable.

« Les systèmes de santé ont été vulnérables en raison du problème d’appropriation. Lorsqu’on examine la manière dont nous finançons et acquérons certains de ces systèmes, il existe encore une forte dépendance », a déclaré Iradukunda.

Il a ainsi appelé les innovateurs, les organisations philanthropiques et les bailleurs de fonds à réfléchir à la notion d’appropriation dans un contexte où des pays africains ont confié à des acteurs extérieurs une partie de la responsabilité du financement et du développement de leurs systèmes.

La question de l’appropriation des données a également été abordée par les chercheurs et experts présents au sommet. Agnes Kiragga, responsable du programme de science des données et des projets continentaux Exemplar au Centre africain de recherche sur la population et la santé, a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités et les infrastructures permettant aux institutions africaines de gérer et de partager leurs propres données.

Elle a notamment cité la gouvernance des données, les normes communes, la formation de gestionnaires de données qualifiés et les environnements de recherche fiables comme des éléments essentiels à la recherche transfrontalière.

Elle a également évoqué l’analyse fédérée, qui permet aux chercheurs d’envoyer les codes d’analyse aux données sans transférer les jeux de données sensibles d’un pays à l’autre.

De son côté, Claudel Sebaganwa, conseiller en santé numérique au ministère rwandais de la Santé, a présenté l’expérience du Rwanda, où les agents de santé communautaires et les établissements de santé produisent de plus en plus de données électroniques alimentant l’infrastructure nationale de renseignement sanitaire. Ces données peuvent soutenir à la fois la prestation des services de santé et la recherche. La loi sur la protection des données et la politique de partage des données encadrent leur traitement et leur utilisation.

Pour Iradukunda, les données de santé doivent toutefois être intégrées à une approche plus large de la gouvernance des données. « En définitive, nous ne devrions pas considérer les données de santé isolément. Nous devons nous intéresser aux données qui permettent d’améliorer la prestation des services aux citoyens », a-t-il insisté.

Il a expliqué que le Rwanda développe des cadres de gouvernance et de partage des données dans plusieurs secteurs, notamment la santé, l’agriculture, les finances et l’éducation. Le pays met également en œuvre un centre national de données dans le cadre de sa politique de partage des données et du principe « ask once », selon lequel l’administration ne doit pas demander à nouveau à un citoyen une information qu’il a déjà fournie.

« Si un citoyen a fourni une donnée aux pouvoirs publics, ceux-ci ne devraient pas lui demander à nouveau cette information », a-t-il expliqué.

Le Rwanda a par ailleurs décentralisé la gouvernance des données au sein de l’administration, avec environ neuf responsables en chef de la transformation numérique (Chief Digital Officers) intégrés aux ministères et secteurs économiques. « Cela ne peut pas être fait uniquement au niveau du ministère de l’Innovation et des TIC », a souligné Iradukunda.

Le Secrétaire d’État a aussi appelé à une meilleure harmonisation de la gouvernance des données de santé à l’échelle africaine. Selon lui, les progrès réalisés dans un seul pays resteront limités si les systèmes du continent ne peuvent pas fonctionner ensemble.

« Même si une seule juridiction disposait de toutes les meilleures pratiques, cela ne servirait toujours pas les intérêts plus larges du continent », a-t-il averti.

Il a en outre salué les efforts de l’Africa CDC pour développer des cadres favorisant l’échange transfrontalier de données et appelé les pays à poursuivre l’harmonisation de leurs approches au sein des organisations régionales, notamment la Communauté d’Afrique de l’Est.

À court terme, Iradukunda a identifié deux priorités : rendre les données de santé accessibles de manière sécurisée à des fins de recherche et renforcer la coopération entre les pays africains. « Comment faire en sorte que ces données soient accessibles à des fins de recherche ? Comment les sécuriser ? Et comment collaborer de manière significative entre les différents pays ? », s’est-il interrogé.

La cinquième édition de l’Africa HealthTech Summit réunit des décideurs politiques, des chercheurs, des entreprises technologiques, des investisseurs et des partenaires au développement autour de l’utilisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle pour renforcer les systèmes de santé africains.

Le Secrétaire d’État chargé des Technologies de l’information et de la Communication et de l’Innovation, Yves Iradukunda, a appelé les pays africains à repenser la manière dont ils financent, développent et gèrent leurs systèmes de santé
Iradukunda s’exprimait lors de la cinquième édition de l’Africa HealthTech Summit, au cours d’une session consacrée au renforcement des systèmes de données de santé pour une recherche africaine fiable
Pour Iradukunda, les données de santé doivent toutefois être intégrées à une approche plus large de la gouvernance des données
La cinquième édition de l’Africa HealthTech Summit réunit des décideurs politiques, des chercheurs, des entreprises technologiques, des investisseurs et des partenaires au développement