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Rappel a Victoire Ingabire et, d’abord, a ses amis : le negationnisme n’est pas une opinion

Redigé par Andre Twahirwa
Le 1er novembre 2018 à 10:32

Le négationnisme, sous toutes ses formes (négation directe, inversion des responsabilités, théorie du double génocide, minimisation…) n’est pas une opinion. Pour ce qui est du Rwanda, il faut toujours avoir en tête que le négationnisme du génocide contre les Tutsis, comme le génocide lui-même, a ses racines en Occident : la France de François Mitterrand a pris le relais de la Belgique, l’ancienne “puissance tutélaire”.

Des personnages comme Victoire Ingabire, la présidente des FDU-Inkingi, ne sont pas des opposants mais des négationnistes, des tenants de la théorie du double génocide et de l’ethnisme, qui a conduit au Génocide contre les Tutsis.

Et ils n’existeraient guère sans leurs amis et complices d’ici. En particulier, tous ceux qui ne cessent d’enjoindre au Rwanda d’ouvrir son espace politique aux héritiers de l’État ethniste et génocidaire de Juvénal Habyarimana, la FDU et autres FDLR.

Comme si ce qui s’est passé en 1994 n’était qu’un “détail de l’Histoire”. Et en oubliant que l’espace politique est ouvert sauf aux négationnistes de tout bord. Mais, après 1994, le Rwanda ne pouvait opter que pour le recours à un modèle endogène, au dialogue à la recherche du consensus.
Par André TWAHIRWA, africaniste et élu local en Île-de-France

Non, le négationnisme n’est pas une opinion : il est consubstantiel au crime de génocide. C’est pourquoi, dans un pays comme la France, quiconque, journaliste ou non, coupable du négationnisme ou de banalisation de tout génocide sanctionné par un tribunal français ou un tribunal international est passible d’un an de prison et d’une amende de 45.000 euros (Article 24 bis sur la loi de la presse).

De même, au Rwanda, Victoire Ingabire, la présidente des “Forces démocratiques unifiées” (FDU-Inkingi), a été condamnée pour “conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre”, “propagation de rumeur dans l’intention d’inciter à la violence ” et pour “minimisation du génocide” (Loi relative au crime d’idéologie du génocide et infractions connexes, article 6).

Et non “pour avoir exprimé des opinions différentes de celles du pouvoir en place” comme vont le proclamant, dans des médias, ses amis occidentaux, sans lesquels elle ne serait pas et qui se rendent ainsi complices de négationnisme : pour eux, le génocide contre les Tutsis n’est guère important. Ils oublient et font tout pour faire oublier que la FDU est l’héritière directe du tristement célèbre Hutu Power.
Une héritière directe du Hutu Power : bref rappel des faits

Le “Rassemblement pour le retour des réfugiés et de la démocratie au Rwanda” (RDR), constitué en 1995, dans les camps de réfugiés du Congo, est clairement lié au régime qui a commis le génocide : parmi les membres fondateurs, les principaux instigateurs du génocide, dont Théoneste Bagosora, Ferdinand Nahimana et Jean Bosco Barayagwiza, qui seront plus tard condamnés par le TPIR. Le RDR fusionnera, en 2006, avec d’autres mouvements au sein des Forces Démocratiques Unifiées (FDU-Inkingi). Victoire Ingabire a rejoint ce dernier en 1997 avant d’en devenir présidente en 2000.

L’Armée de libération du Rwanda (ALiR), formée de et par des génocidaires, était le bras armé du RDR. En 2000, ce sont des dissidents de l’ALiR qui formèrent les tristement célèbres Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Les connexions du FDU avec les FDLR, qui avaient été déjà épinglées en 2009 par un rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la RD Congo, ont été confirmées, durant le procès de Victoire Ingabire, en 2010, grâce à des témoignages de quatre officiers des FDLR ainsi que plusieurs documents produits, dont certains ont été saisis à son domicile par la justice néerlandaise.

Difficile de se (re)faire une virginité politique et de dissimuler une si indigne filiation. C’est pourtant, ce que Victoire Ingabire et ses affidés et amis tentent de faire. C’est le sens de l’incroyable et combien irrespectueuse mise en scène de son retour au pays, après seize ans d’exil aux Pays-Bas, pour se porter candidate aux présidentielles 2010.

Discours au Mémorial de Gisozi du 16 janvier 2010 : tentative de dédiabolisation ratée
À peine a-t-elle posé le pied à Kigali qu’elle se rend au Mémorial de Gisozi, dédié aux victimes du Génocide contre les Tutsis, pour y prononcer un discours négationniste ! Moins d’une semaine après sa libération, elle déclarera, dans une interview du 18 septembre dernier à Deutsche Welle : « Je n’ai jamais dit qu’au Rwanda il y a eu un double génocide. Ce que j’ai fait c’est de réclamer qu’il y ait aussi justice pour les crimes commis contre le peuple hutu (sic) ». Mais Il suffit de réécouter son discours en kinyarwanda, sous-titré en anglais (“Ingabire Victoire’s Speech at Genocide memorial that grinds Kagame’s gear”).

Tout d’abord, elle commence par dire qu’il y a eu “ amahano” (une catastrophe) en évitant ainsi d’utiliser le terme “jenoside” (génocide), officiellement consacré depuis longtemps. Puis elle joue avec les mots : “itsembabwoko”, pour l’extermination des Tutsis, et “itsembatsemba”, pour l’extermination des Hutus ; mais qui dit “extermination” dit génocide surtout dans le contexte. Et le choix du lieu est très significatif : il est évident qu’elle est venue honorer la mémoire des victimes du "génocide rwandais", des "deux génocides rwandais", victimes qui auraient donc, toutes, leur place sur le principal mémorial du génocide contre les Tutsis, où elle a choisi de venir déposer des fleurs.

Et quand elle feint de demander pardon d’avoir prononcé ces “paroles au mauvais endroit”, c’est tout simplement qu’elle est consciente qu’elle a ainsi clairement dévoilé ses véritables intentions et “foiré son coup de com.” : elle croyait pouvoir galvaniser ce qu’elle appelle “le peuple hutu” (vs “le peuple tutsi”) !

Quant au propos sur le renoncement à la lutte armée, on a vu que c’est un vaste mensonge. Et ses connexions avec les FDLR ne sont pas seulement de nature militaire. En effet, FDU et FDLR partagent la même idéologie ethniste : la défense de la prééminencedu “(petit) peuple hutu” majoritaire (“Rubanda nyamwinshi”), dont elles prétendent être les seules représentants. L’on aura, en tous cas, bien compris que la condamnation de Victoire Ingabire était justifiée pour les trois chefs d’accusation. Et que, en aucune façon, elle ne mérite d’être comparée à la Dame de Rangoon, laquelle ne risque pas d’être honorée du Prix Ingabire, réservé aux négationnistes tenants de la théorie du double génocide.

Le Prix Victoire Ingabire, chasse-garde des négationnistes
Le prix a été créé par le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RIFDP), le 12 mars 2011, en hommage à Victoire Ingabire “ emprisonnée au Rwanda depuis le 14 octobre 2010 pour avoir osé exprimer des opinions différentes de celles du pouvoir en place”. Et, au cœur de ce dispositif, l’association négationniste Jambo, saluée pour les “travaux axés sur la recherche du dialogue et de la vérité”, dans le discours d’ouverture de l’édition 2018, avant la remise du prix 2018 à Auguste Charles Onana pour sa “réelle contribution à une connaissance plus correcte de la réalité des événements de 1994”.

Les lauréats des éditions précédentes sont de la même mouvance que l’auteur de Ces Tueurs tutsis et autres Secrets du génocide rwandais  : Anjan Sundaram, lauréat 2017, pour “ Bad News : Last journalists in a dictatorship , où “il partage son expérience de journaliste sur le terrain au Rwanda” et Judi Rever, en 2015, pour son In Praise of Blood (288 pages)…

Mais la RIFDP oublie de reconnaître les droits d’auteur à François Mitterrand, leur père en négationnisme.
François Mitterrand et la négation du génocide contre les Tutsis : la théorie du double génocide.

François Mitterrand a été impliqué dans les trois phases (avant, pendant et après) du processus du génocide contre les Tutsis. S’agissant de l’après-génocide, c’est lui qui, au Sommet de Biarritz (4-9 novembre 1994), soit exactement 4 mois après la fin du Génocide, répond à un journaliste : “De quel génocide, parlez-vous, Monsieur ? De celui des Hutus contre les Tutsis ou de celui des Tutsis contre les Hutus ?”.

Des militaires anciens de l’Opération turquoise, regroupés dans l’association Turquoise mais aussi Alain Juppé, son ministre des affaires de 1993 à 1995, Pierre Péan et autres Filip Reyntjens reprendront le flambeau. Et, depuis, ce négationnisme est le fonds de commerce de tous les détracteurs du “régime de Kigali” : toute la galaxie des négationnistes rwandais qui ont pignon sur rue en Occident (Belgique, France, Canada…) avec l’appui affiché et très actif de tous ceux qui font tout pour nier leur complicité _ active ou passive _ dans le génocide contre les Tutsis. Ce qui relève du négationnisme, l’élément ’complicité’ étant constitutif du génocide. La minimisation est la forme la plus pernicieuse du négationnisme. C’est au même François Mitterrand que l’on doit celle du génocide contre les Tutsis.

François Mitterrand et la minimisation du génocide contre les Tutsis

Souvenez-vous de la phrase, qu’on prête à celui qui fut Président français entre 1981 et 1995 : “Dans ces pays-là, un génocide, ce n’est pas trop important”. ÇÀ n’était que des massacres interethniques et, pour la France, un simple problème géopolitique : il fallait endiguer l’influence anglo-saxonne ! Les quatre multinationales droits-de-l’hommistes (FDHI, Amnesty international, HRW et RSF), avec le soutien massif des puissants médias occidentaux, porteront cette minimisation sur le terrain de la défense des droits de l’Homme avec l’acharnement que l’on connaît.

Elles ne pouvaient pas nier catégoriquement le génocide qu’elles avaient contribué à faire éclater au grand jour : autrement, elles auraient perdu toute crédibilité. Mais, sans doute déçues de ne pas pouvoir influer sur le premier septennat du Président Paul Kagame, elles ont fini par “trahir”. À l’instar de HRW, qui, depuis 2010, a “mis son prestige et son influence au service d’une tentative des héritiers politiques directs du régime génocidaire de 1994 de réinvestir le champ politique au Rwanda [et a procédé], à cette fin, par la dissimulation de l’histoire du RDR à son auditoire occidental” (Richard Johnson, Rwanda : La Trahison de Human Rights Watch, éditions Izuba, 2014, p.30).

Aujourd’hui, les capitales occidentales et les droits-de-l’hommistes, leur outil d’ingérence contemporain, ne cessent de signifier aux victimes et à ceux qui ont mis fin au génocide : “On efface tout et l’on recommence comment avant”. Et, comme si ce qui s’est passé en 1994 n’était qu’un “détail de l’Histoire”, de les accuser d’instrumentaliser le Génocide pour justifier la “politique d’agression contre les voisins”, d’oser incriminer de complicité de génocide la “Patrie des droits de l’homme”, de faire taire les journalistes et surtout de refuser d’ouvrir l’espace politique aux héritiers de l’État ethniste et génocidaire de Juvénal Habyarimana, FDU et autres FDLR. Globalement, d’avoir fait du génocide l’événement fondateur de l’histoire nationale et de chercher à gommer ou cacher les différences (hutu-tutsi-twa). Or, il ne s’agit que de les “désintoxiquer”, de les dépasser. Pour revenir à l’identité commune, une identité multiséculaire : « un même pays, une même langue, une même culture et une longue histoire commune qui doivent permettre d’avoir une vision commune de notre destin » (Préambule de la Constitution de 2003, révisée en 2015).

En effet, pour renaître de ses cendres, le Rwanda ne pouvait que renouer avec ses racines. Grâce au recours aux solutions « maison » dites « solutions localement conçues » (SLC), recours inscrit dans la Constitution dans son article 11 (Culture rwandaise comme source de solutions endogènes), le Rwanda est le pays de la Démocratie (à dominante) participative, un système endogène et éminemment inclusif.
Le multipartisme, importé et imposé aux pays africains par la France de François Mitterrand, lors du Sommet de la Baule (juin 1990), a abouti à la création du Hutu Power, le fer de lance du Génocide contre les Tutsis. La première expérience du multipartisme (1959-1962), importé et imposé par la Tutelle belge, avait mené à un régime ethniste et régionaliste et aux pogroms à répétition contre les Tutsis. Tout simplement parce que le modèle institutionnel occidental à dominante représentative, propre à une société centrée sur l’individu, n’est pas transposable tel quel dans une société du NOUS.

L’on comprend, dès lors, qu’au lendemain du Génocide, il était d’une urgente nécessité de recourir à un modèle endogène de multipartisme, un multipartisme dans le cadre d’un dialogue national institué : le peuple rwandais est déterminé “à bâtir un Etat de droit fondé une démocratie consensuelle et pluraliste basée sur le partage du pouvoir, l’unité et la réconciliation du Peuple Rwandais […]” (Préambule de la Constitution).

Pouvoir partagé et consensus institutionnalisé au sommet de l’État

La seule interdiction qui frappe les formations politiques est celle de s’identifier “à une race, une ethnie, une tribu, un clan, une région, un sexe, une religion ou à tout autre élément pouvant servir de base de discrimination” (Article 57, Constitution de 2003, révisée en 2015). Et pour cause. Le “partage équitable du pouvoir”, dans le cadre du “Forum national de Concertation des Formations Politiques, [qui] rassemble les formations politiques pour des raisons de dialogue politique, pour construire le consensus et la cohésion nationale”, est inscrit dans la Constitution (article 59). Il s’agit d’un partage sur la base d’un projet commun : la “Vision 2020”, résultat d’un long processus de consultations nationales qui ont duré plus d’une année (mars1998-mai1999).

Le “partage du pouvoir est respecté au sommet de l’État” (Article 62). Aujourd’hui, plus de la moitié des 11 partis participant au Forum_ 6 aux dernières législatives_ sont représentés à l’Assemblée nationale, qui compte désormais en son sein deux nouveaux partis non membres du Forum : le Parti social Imberakubiri et le Parti vert démocratique. Par ailleurs, si, aujourd’hui, le Front patriotique est majoritaire, c’est de par son rôle dans l’Histoire récente du pays et du charisme de son président ; mais, aucune formation ne peut détenir plus de 50% des portefeuilles ministériels. Et “il n’est pas interdit de nommer d’autres personnes compétentes comme membres du gouvernement”. Enfin, le Président de la République et le Président de la Chambre des Députés ne peuvent pas provenir d’une même formation politique (article 62). Et, dans la pratique, il en est de même du Premier Ministre, du Président du Sénat et du Président de la République.

Partage du pouvoir autour d’un projet commun et consensus institutionnalisé au sommet de l’État dans le cadre d’une démocratie (à dominante) participative. Ce modèle, endogène, a fait ses preuves : il est aux sources du « miracle rwandais ». Il est naturellement appelé à évoluer mais il ne peut, en aucune façon, être considéré comme une étape vers LE modèle occidental, qui serait “incréé”, et qui, par ailleurs, traverse aujour’hui une profonde crise.


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