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Qui d’Emmanuel Macron et Paul Kagame est le plus heureux d’avoir marquer le but dans l’élèction de Louise Mushikiwabo à l’OIF ?

Redigé par Paul MBARAGA
Le 17 octobre 2018 à 02:53

Vive Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie, mais qui de Emmanuel MACRON et de Paul KAGAME est le plus heureux d’avoir marqué le but ?

Pour des observateurs avisés, l’OIF est un instrument politique au service du gouvernement français. En 2014 le président français François Hollande a proposé à l’ex président du Burkinafaso Blaise Compaore de « prendre » la direction de l’OIF, c’était dans l’espoir qu’il pourrait ainsi le convaincre de lâcher le fauteuil de Président du Faso au moment ou le mouvement d’insurrection « Balai Citoyen » le poussait à quitter le pouvoir alors qu’il tentait de s’y accrocher. Près d’un quart de siècle plus tard, le rôle joué par la France au Rwanda reste encore un sujet hautement polémique, objet de tensions entre Paris et Kigali.

Cela n’empêcha pourtant pas Emmanuel Macron de prendre de court la classe politique française y compris dans son propre camp en proposant la direction de l’OIF à la candidate Rwandaise en compétition avec la candidate canadienne notamment dans l’espoir de reconstruire une nouvelle relation avec le pouvoir de Kigali.

Pari conjointement gagné pour Macron et Kagame, Mushikiwabo vient en effet d’être honorablement hissée à la haute direction de l’OIF. Mais est-ce que les dividendes esperés par Macron pour la France seront recouvertes ? Le calcul de Paul Kagame pour le Rwanda trouvera-t-il la bonne réponse ? Rien n’est gagné d’avance en politique surtout que les points d’achoppement sont complexes, mais tous les deux ont pris le risque qu’ils sont condamnés à l’emporter.

L’espoir est entretenu par le score honorable du vote en faveur de Louise Mushikiwabo malgré l’arsenal d’arguments que d’aucuns ont sorti pour stoper l’ascension du Rwanda à la tête de l’OIF mais aussi et surtout par la volonté politique des deux parties.

La France de Sarkozy a marqué un point de départ d’un dialogue possible pour trouver un terrain d’entente. Bien que la France de Hollande est restée terne, celle de Emmanuel Macron semble vouloir prendre le taureau par les cornes. Il a démontré par son soutien, surprenant pour beaucoup, à la candidature rwandaise à la tête de l’OIF que oui le Rwanda compte pour la France non seulement pour renouveler des relations bilatérales historiques au point mort mais aussi pour sa reconnaissance du poids de plus en plus imposant du Rwanda dans la Région des grands Lacs et en Afrique tout entière au moment où la France elle-même cherche à sortir des séquelles coloniales de la France-Afrique.

Emmanuel Macron a joué le coup franc en faveur de la candidate rwandaise, Paul Kagame a attrapé le ballon pour montrer qu’il est volontiers présent sur le terrain de la francophonie en poussant en avant la parfaite bilingue Louise Mushikiwabo mais qu’il reste vigilant pour que l’entente cordiale voulu par les deux parties se solde par un match mtuellement gagnant-gagnant.

Les points d’achoppement qui ont ruiné les bonnes relations entre les deux pays n’ont pas fait l’objet d’une négociation préalable pour que les deux chefs d’Etat laissent monter la fumée blanche annonçant une possible alliance nouvelle. Ils se sont mis tout juste d’accord que dans l’intérêt mutuel des deux nations, il faut y mettre un terme et ouvrir une nouvelle ère. Il faut maintenant mettre en place les négociateurs bien que certains sujets pour la France échappent au politique dès lors qu’ils sont passés du coté de la justice.

L’enquête sur l’attentat de l’avion du Président Habyarimana dans lequel des ressortissants français ont péri est toujours en cours en France et toute tentative d’appeler des responsables militaires rwandais devant un tribunal français a suscité dans le passé des orages dans le ciel entre Kigali et Paris. Comment en sera-t-il si cela survenait de nouveau ? Le gouvernement français continuera-t-il de se retirer derrière le rideau de l’indépendance de la magistrature ou plaidera-t-il une possible voie de l’entente à l’amiable avec le pouvoir de Kigali ? Le gouvernement rwandais finira-t-il par accepter de jouer le jeu de la justice française en renvoyant ses ressortissants à la barre de Paris dans l’espoir d’une clarification qui pourrait préparer les conditions d’une entente à l’amiable ? Ce procès est certes dans le possible arrangement dont même la justice française pourrait s’accommoder sans perdre la face. Mais c’est sans compter avec la détermination des parties civiles tant en France qu’au Rwanda quand on sait que les juges d’instruction français viennent de terminer leurs investigations sur de possibles responsabilités de l’armée française lors du massacre de Bisesero sans avoir prononcé de mise en examen, au grand dam des parties civiles qui redoutent un "déni de justice".

L’absence de suspects mis en examen au terme d’une information judiciaire ouvre logiquement la voie à un non-lieu. Mais les parties civiles entendent déposer de nouvelles demandes d’actes, comme le permet la loi, avant les réquisitions du parquet et la décision finale des juges d’instruction.

Sur le plan politique, le pronostic sur la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans le génocide des tutsi au Rwanda n’est pas une mince affaire. Mais si cela dépendait seulement du Président Emmanuel Macron, la voie serait aisée à trouver. Il est personnellement propre sur ce sujet car il n’appartenait à aucune institution française qui a pu être mêlé de près ou de loin au soutien des gouvernements génocidaires au Rwanda.

Mais il porte l’héritage des responsables français qui l’ont précédé et qui s’y trouvent eux mêlés. Lui qui a tenu sur l’Algérie le discours qu’aucun chef d’Etat français parmi ses prédécesseurs n’a osé tenir sur la responsabilité de la France dans les crimes contre l’humanité commis par les soldats français pendant la guerre d’indépendance de ce pays, aurait-il tant de peine à reconnaitre les faits avérés dans plusieurs rapports y compris d’origine française sur la responsabilité de son pays dans le génocide des tutsis au Rwanda ?

Mais il doit faire face à la résistance des hommes de l’armée dont certains d’entre eux souffrent des traumatismes à cause des horreurs qu’ils ont vécus en direct au Rwanda et au Congo (Goma) où ils ont été à l’avant poste pour ramasser et enterrer les cadavres dans des fausses communes à l’aide des bulldosers, des politiques qui s’abritant sous l’honneur de la France, ne veulent pas s’incliner devant la dignité du Rwanda alors qu’ils n’ont pas su faire la lecture exacte du génocide des tutsi dans sa préparation, dans sa mise en exécution et dans la gestion de l’immédiat après le génocide et encore aujourd’hui en protégeant les génocidaires dans leur refuge français.

Il appartient aujourd’hui à Emmanuel Macron de porter cela sur sa tête et de sauver l’honneur de la France par la reconnaissance des responsabilités de son pays au Rwanda, mais il lui faudra du temps pour ne pas heurter ces militaires français victimes de la non reconnaissance de leur propre souffrance sur une cause qui n’était pas la leur et pour ne pas sacrifier sa carrière politique vers le mi mandant de son premier quinquennat.

Le Rwanda devra lui accorder ce temps et surtout réviser lui-même la vision du tableau de bord politique français pendant le drame du Rwanda. Certains des politiciens français que le Rwanda accuse sont aussi ceux qui ont bloqué la ferveur du président Mitterrand à aider le régime Habyarimana dans ces derniers jours. Mitterrand ne voulait pas d’une victoire militaire du FPR à Kigali et était prêt à donner à Habyarimana toutes les forces humaine et matérielle français dont il avait besoin pour ne pas perdre Kigali et cantonner le FPR dans une situation de négociation pour partager le pouvoir.

Comme Mitterrand manquait de majorité au Parlement et vivait la cohabitation avec un Premier Ministre de l’opposition, ce sont notamment Edouard Balladur, François Léotard, Allain Juppé et les autres avec la vigilance du Parlement qui ont bloqué la volonté de Mitterrand d’envoyer davantage d’hommes et de matériel militaires à Kigali. Pour l’équipe de Mitterrand dont Hubert Vedrine, la défaite de Habyarimana est la défaite de la France. Mais pour l’opposition à Mitterrand, la défaite de Habyarimana a été une victoire de la cohabitation en faveur de l’opposition française dans un conflit que la France pouvait bien se passer.

D’autres faits indéniables pour ses responsables de l’opposition française à l’ère Mitterrand peuvent être surmontés dans l’intérêt suprême du partenariat positif à reconstruire entre la France et le Rwanda.

Pour cette reconstruction, il faut se parler. Il faut des interlocuteurs qui se respectent mutuellement et qui veulent créer une entente cordiale. La réinstallation des ambassadeurs dans les deux pays est une urgence mais avec ambassadeurs ou pas, la désormais présence de Louise Mushikiwabo à Paris dans sa dignité internationale de la francophonie est une voie tampon ou supplémentaire pour nourrir le dialogue Franco-Rwandais en préparant une amitié durable.

Se fréquentant régulièrement à Paris, les responsables français et l’ambassadrice informelle du Rwanda à Paris en la personne de Louise Mushikiwabo vont se familiariser à inventer une nouvelle diplomatie entre nos deux pays qu’un ambassadeur par la suite désigné et bien avisé devra cultiver. Même Alain Jupe questionné par des journalistes lors de sa campagne présidentielle de laquelle il s’est retiré en faveur du mieux placé pour battre Emmanuel Macron, il avait répondu qu’il trouvera bien un terrain d’entente avec le Président Rwandais pour bâtir un avenir meilleur avenir et bénéficiant aux deux parties.

Pour cimenter cette nouvelle relation bilatérale et internationale dans la francophonie, je préconise que sur l’ancienne place du centre culturelle français à Kigali soit érigé un centre multimédia interafricain d’information et d’échange culturelle entre les pays africains francophiles mobilisant l’échange de programmes media sur une antenne continentale à installer à Kigali, et favorisant les visites des ressortissants des différents pays du continent sur des tarifs aériens préférentiels. Les compagnies aériennes dont Rwanda Air joueraient un rôle de premier plan. Le commerce et les festivals culturels faisant le reste.


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