Urgent

Quelle mediation possible pour ramener le bon voisinage et les echanges entre le Rwanda et l’Uganda ?

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 23 mai 2019 à 07:14

Les relations de bon voisinage entre le Rwanda et l’Uganda se détériorent de plus en plus. La Presse, l’opinion publique de la région, tous observent avec dépit ce négatif développement pour les deux pays frères qui ont longtemps été cités comme porteurs de germes de la révolution citoyenne africaine dans les années 80 et 90 du siècle écoulé. Des experts en matière de sécurité de la région sont dans l’expectative. Ils croient, (à raison ou à tort ?) que la solution du problème ne peut venir que des deux leaders historiques, désormais vieux et sages révolutionnaires, Yoweri Museveni de l’Uganda et Paul Kagame du Rwanda.

Un juriste de renom, Patrick Otieno Lumumba y pense aussi mais il relève des entorses liées à la psychologie comportementale et à un phénomène de déréglement d’une consanguinité et quasi naturelle et dans les armes des deux leaders historiques de cette Afrique des Grands Lacs. Vont-ils dépasser leurs égo et revenir au pragmatisme rationnel qui les a caractérisé durant toutes les années de braise de 1981 à 1994, l’un et l’autre, tantôt côte à côte dans la guerre de libération de l’Uganda (1982-1986), puis grâce à une complicité tacite, l’un appuyant l’autre à pas feutrés dans sa guerre de libération du Rwanda (1990-1994) ?

Rappel du contour du problème
Au cours de ces deux dernières années, des relations rwando ugandaises se détériorent sensiblement. Le Rwanda rappelle à son voisin Uganda qu’un groupe de dissidents rwandais conduit par un général transfuge Kayumba Nyamwasa recrute pour son mouvement, le RNC (Rwanda National Congress) de jeunes réfugiés rwandais et autres citoyens rwandais se rendant pour affaires commerciales, éducationnelles ou parentales en Uganda qui leur tient sentimentalement à cœur. Non seulement il recrute mais aussi a-t-il ouvert un camp d’entraînement ou en Uganda dans l’espace protégé et offert par un richissime rwandais, Tribert Rujugiro, ou plus loin, dans les hautes montagnes de Minembwe au Sud Kivu en RDC.
Dans ce jeu d’incrimination réciproque, l’Uganda se plaint d’être infiltré par des espions rwandais. Pour ce faire une répression atroce va s’abattre sur n’importe quel ressortissant rwandais, surtout celui-là qui n’obéira pas aux ordres des recruteurs du RNC bien appuyé en personnel par le CMI (Uganda Chieftancy of Military Intelligence).

La libre circulation des biens et des services des citoyens rwandais et ugandais en subira-t-elle le coup ? Absolument ! Les establishments des deux pays vont réagir de façon irréfléchie. L’un et l’autre vont perdre les pédales. Le positif pragmatisme anglo saxon qui les caractérisait auparavant va céder le pas au sentimentalisme africain avec cet instinct culturel grégaire de l’Oncle (Museveni) de croire qu’il ne peut, dans tous les cas, voir son neveu Kagame lui damer le pion avec son nouvel aura dans la communauté internationale. « Et puis… il est rebarbatif !!! Il ne répond pas facilement à mes vœux et à mes caprices… », semble dire Museveni parlant de Kagame qu’il connaît difficilement comme Chef d’Etat d’un pays voisin mais comme un jeune homme qui a fait partie de son armée de la guérilla et gouvernementale avant de l’apprécier et de le faire respecter parmi ses pairs dans la brousse rwandaise comme quelqu’un qui pouvait continuer l’œuvre de libération du Rwanda par un autre révolutionnaire, Fred Rwigyema, mort dans les premières heures de la gruerre de libération du Rwanda en 1990.

Une guerre médiatique déplacée
Les fauteurs de trouble dans cette situation difficile entre les deux pays frères savent que pour éteindre toute lueur d’espoir de refêter la fraternité et consanguine et d’armes entre les deux leaders historiques, il faut une guerre médiatique. Il faut amplifier le peu qui ne va pas entre les deux leaders. Il faut comprendre que ces média de malheur dont le Chimpreport.com ugandais et bien d’autres ont pris fait et cause d’une idéologie de rupture. Erreur ! Une presse partisane envenime la situation. Les Etats africains actuels, leaders politiques et société civile confondus, doivent comprendre que depuis longtemps, une lutte démocratique avec fair play donne de très loin de meilleurs impacts contrairement aux revanchards qui brandissent l’arme. Celle-ci ne fait-elle pas fuir les meilleures pratiques capitalistiques y compris la démocratie dont elle se réclame ? Faites attention aux forces qui vous induisent en erreur et qui ont un discours mielleux !

Revenant au contentieux rwando ugandais, l’expert kenyan Lumumba, trouve que

« Les accusations du Rwanda àl’encontre de l’Uganda, les reportages que les médias ugandais réalisent sur le Rwanda, … tout cela est un signe épatant qu’il y a des problèmes de part et d’autre. Cependant, cela ne doit pas être pris comme la cause profonde de ce contentieux. (…) Au cas où cette cause ne sera pas établie (dans le détail), il se comprendra alors qu’il y a des gens qui se cachent derrière ce projet criminel de ne pas montrer l’acuité du problème et d dégager des voies de son solutionnement », a dit Otieno Ptrick Lumumba au micro de IGIHE, trouvant que le puzzle est soigneusement caché mais générant des manifestations malheureuses et matérialisées dans des prises de décisions officielles qui ne sont pas pour influer sur le dégel des relations entre les deux pays.

L’expert juriste kenyan pense devoir donner les causes profondes du contentieux rwando ugandais au bord de son explosion. Il parle du sentiment de supériorité que Museveni se fait sur ses pairs de la région.

« Museveni cultive ce sentiment de supériorité et croit, en conséquence, que et ses prédécesseurs, et ses opposants, et ses pairs de la région, particulièrement le leader rwandais Paul Kagame, personne ne lui arrive à la cheville », indique-t-il prenant le pied sur le fait qu’à sa prise de pouvoir en 1986, dans son discours d’investiture officielle à la présidence de l’Uganda, « il a fait comprendre que diriger l’Uganda revenait à être le dirigeant de la région de l’Afrique de l’Est ; que l’Uganda était petit pour ses ambitions politiques ».

Comme pour enfoncer le clou, le juriste montre que l’égo de Museveni est surchauffé, à poil de peau. « C’est Museveni (votre vrai président), d’autres leaders que vous avez connus ne sont que de sales cochons », aurait-il dit au cours de son allocution d’investiture en 1996-7.

Un discours présidentiel est toujours analysé. Aussi, Otienno trouve-t-il que le guérilleros d’alors avait des ambitions qui allaient plus loin que son « petit pays, l’Uganda ».

Le juriste analyste politique Otienno trouve-t-il que l’aura naturel de Kagame qui l’affiche comme un travailleur infatigable crée-t-il une ombre queMuseveni ne tolère pas ?

« Tant que j’aurais ma force, je continuerai de gouverner. Je ne m’arrêterai pas tant que les problèmes graves qui allaient amener l’Afrique au précipice ne seront pas encore résolus. Les élections (multipartistes ?) pour quoi faire ? Je n’ai aucun autre intérêt en politique. Vous savez bien que je suis un éleveur », aurait-il intervenu en ces termes au cours de la séession du 12 décembre 2018 de l’Organe de Concertation et de Dialogue des Partis Politiques Ugandais.
De fil en aiguille, les analystes politiques lui cherchent des poux qu’ils trouvent facilement avec le fait que comme l’ancien Président Ghanéen, le Panafricaniste Kwameh N’krumah se réclamait l’Ossagyefyo (Chef Supreme), Museveni préfère et chérit qu’on l’appelle Sabalwanyi (le valeureux combattant) ; que tous les Ugandais sont « ses enfants et petits-enfants ».

Le point de l’iceberg
Le problème est-il plus grave qu’on ne le croit entre les deux administrations rwandaise et ugandaise ? Ce serait dommage de constater la triste réalité des choses depuis les années de l’immédiatement après-génocide en 1998, alors que Paul Kagame officie en qualité de Vice Président de la République du Rwanda, son ministre de l’intérieur d’alors, Seth Sendashonga, dans son refuge de Nairobi, complote avec le Gén. Salim Saleh et d’autres hauts gradés militaires ugandais pour tuer le général Kagame et déposer le régime de Kigali pour le retour en force des FDLR/Forces Démocratiques de Libération du Rwanda.

Il est aussi rapporté que le Président ugandais Yoweri Museveni a longtemps instrumentalisé le général Kayumba Nyamwasa, l’actuel dissident rwandais et principal fondateur de RNC/Rwanda National Congress, pour de tentatives infructueuses de coups d’Etat contre son loyal président Kagame.
La répartie de feu Julius Nyerere de son vivant est-elle d’actualité ? Lui qui décourageait Museveni dans ses tentatives de torpiller le jeune régime de Kigali des années 1996-8 ? « Ils ne veulent pas m’écouter (et comprendre comment j’entends leur dire comment ils doivent gouverner) », aurait répondu Museveni au sage Nyerere de son vivant.

Non l’eau n’a pas débordé le vase, il y a une chance de revenir à la raison
Plusieurs médiations entre le Rwanda et l’Uganda ont-elles été médiatisées. Il se fait que d’autres encore plus nombreuses l’ont été dans le secret. Les grands amis de ces deux pays devraient ne pas perdre courage et continuer cette œuvre commencée. Pourront-ils venir à bout de l’égo du vieux guérilleros qui a lutté pour instaurer un système démocratique qui n’a pas eu lieu ?

Dommage que son contre exemple se répand sur la région alors qu’il aurait pu faire de cette région un havre d’alternance démocratique autant que le Sénégal l’est en Afrique de l’Ouest.


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