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Quel nouveau sens donner aux Travaux Communautaires UMUGANDA de fin de mois ?

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 25 août 2018 à 03:24

Les travaux communautaires du dernier samedi du mois dits Umuganda rentrent très improprement dans la ligne traditionnelle d’UMUGANDA ; une perche de bois que des gens amenaient dans le temps passé d’avant la pénétration coloniale quand ils avaient constaté l’incendie ou la vétusté d’une habitation de leur voisin.

De nos jours, la question des journées d’Umuganda se pose autrement. L’Etat s’est approprié de cette valeur traditionnelle qui était juste une manifestation d’entraide mutuelle des citoyens rwandais devant les difficultés de la vie d’alors.

Erigés en loi avec un aspect coercitif, les journées d’Umuganda servent à atteindre plus d’un objectif dont l’entretien de certaines infrastructures routières, l’aide aux nécessiteux qui n’ont pas de lieux d’aisance ou ceux dont les habitations sont vétustes ou détruites par les intempéries de la nature.

Gare de la Nyabugogo : le Marché d'épices qui a du mal à lever le camp quand bien même les travaux communautaires ont déjà commencé

Ce Samedi 25 août 2018, les travaux communautaires se déroulent normalement comme à l’accoutumée. A Kigali, il se constate un trop plein de monde dans des places très sollicitées au très tôt quotidien.

Des voyageurs interdits de voyager
Dans cette gare centrale de la Nyabugogo à Kigali desservant les corridors Nord et Sud du pays tout autant que la Gare de Nyanza desservant le Sud Est du pays, l’affluence est grande en cette matinée du 25 août. Il est sept heures . Des bus débarquent des passagers juste à côté de la gare. Vers les huit heures, il n’est pas permis à ces véhicules de débarquer leurs passagers à l’intérieur. Il y a des stations d’essence et autres espaces sur les chaussées où les débarquer. Ainsi le veut la loi qui stipule qu’en ce dernier samedi du mois, les travaux communautaires commencent à huit heures pour se terminer à onze.
Jusque là tout va bien !

Mais il est difficile de comprendre la nécessité de se permettre quatre à cinq heures de ville morte où, avec perte de millions de francs de manque à gagner, tout le monde converge vers des lieux choisis par des villages administratifs (IMIDUGUDU) pour ces travaux communautaires suivis d’Assemblées Générales de ces villages où les dirigés reçoivent diverses communications officielles des dirigeants qu’ils auront élus.

Mais alors, on peut se poser la question de savoir si boutiques alimentaires, dispensaires, centres de santé, hôpitaux et cliniques, hôtels et restaurants, halles et autres centres d’accueil de légumes et autres fournitures alimentaires frais … brefs les services essentiels à la population doivent rester inactifs au moment de ce programme d’intérêt public qu’est l’UMUGANDA.

Gare de la Nyabugogo, Banlieue de la Ville de Kigali : Passagers bloqués à la porte pour attendre le début et la fin des travaux Communautaires UMUGANDA

« Je cherche à entrer dans la gare (de Nyabugogo), ces agents de sécurité m’interdisent l’accès. Je peux y attendre le bus qui doit me transporter à Muhanga où ma mère est souffrante et m’a appelé d’urgence », confie une adolescence rencontrée à 8h15 aux portes de la Gare de la Nyabugogo et bloquée par des agents de l’ordre qui lui disent qu’elle doit attendre onze heures pour entrer dans la gare et devoir voyager.

Pourtant à quelques deux cents mètres en amont, les boucheries coincées tout près de l’abattoir principal de Kigali de ce petit carré de Nyabugogo expédient les derniers clients venus prendre leurs rations quotidiennes de viande fraîche. A quelques 30 mètres en haut, le marché des légumes frais de Nyabugogo a des inquiétudes de voir leurs marchandises se détériorer au cas où des preneurs présents sont chassés pour aller participer aux travaux communautaires avant de leur prendre ces légumes. Ce marché est construit de façon qu’il n’y a pas moyen d’y placer des chambres froides.
Ici les agents de l’ordre vont batailler pour qu’à la rigueur, à 9heures tout ce business soit momentanément arrêté pour reprendre trois heures après l’UMUGANDA.

Il se dégage une nécessité urgente : que le législateur rwandais comprenne le mode capitaliste du régime qu’il construit et sauve une classe sociale trop moyenne des distributeurs des produits maraîchers et du bétail à abattre aux villes du pays. Sur ce chapitre, en ce laps de quatre ou cinq heures de temps, beaucoup de milliards de francs de manque à gagner se chiffrent dans les différentes entrées de la ville de Kigali mais aussi dans celles de Muhanga, Butare, Kamembe-Bukavu, Gisenyi-Goma et ailleurs.

Dans un régime d’économie libérale, « la nature à horreur du vide ». Dans le cas d’espèce, le législateur rwandais devrait comprendre qu’il doit renforcer légalement et prioritairement une classe sociale moyenne faite de fermiers agroéleveurs économiquement avancés et les fournisseurs-dealers de produits d’agroélevage naturels ou industriellement transformés. Pour ce faire, penserait-il à amender sa loi sur l’Umuganda avec des clauses montrant des exceptions à la règle ?

Autrement dit, comme le modus opérandi vient du parti moteur qu’est le FPR, ledit législateur ne peut que servir l’idéologie de développement de ce dernier parti qui veut promouvoir des classes moyennes sociales diverses et professionnalisées.
Ce propos qui voudrait voir un réaménagement de la politique des travaux communautaires dits UMUGANDA apprécie une analyse d’un certain jeune Henri Israel Irakoze, actuel Président des Etudiants de l’Université Adventiste de Kigali/UNILAK.

Marché de légumes de la Nyabugogo

Ce dernier intrviewé par IGIHE trouve qu’il faut revoir l’esprit de l’UMUGANDA surtout dans les quartiers des villes u pays où on rencontre des gens skillés en sciences agronomiques, ingénieurs civils, médecins,… Il trouve que les responsables de villages IMIDUGUDU ne savent pas utiliser à bon escient les catégories socioprofessionnelles qui habitent dans leurs très petites circonscriptions.

« Il est facile de préparer les deux ou trois… médecins habitants le quartier pour qu’au jour de l’UMUGANDA, ils viennent organiser des soins gratuits assortis de conseils nécessaires aux habitants de quartiers pour éviter certaines maladies de masse constatées. Il en va de même pour les jeunes ingénieurs ou apparentés en ICT pour que le jour de l’UMUGANDA ils organisent un workshop où des ordinateurs et laptops de quartiers sont réparés », a-t-il dit.

Tout compte fait, même si le gouvernement vise en premier la tenue des Assemblées Générales de quartiers après les travaux communautaires de chaque dernier samedi du mois, même si beaucoup d’informations sont communiquées de façon directe et efficace aux dirigés qui sont les principaux destinataires, à moins qu’il soit pensé un pas supérieur de responsabilisation de ces dirigés pour ce qui est de cette valeur traditionnelle d’UMUGANDA qui consistait à apporter un concours à son voisin qui n’avait plus une habitation, ce programme national UMUGANDA érigé en force de loi risque de ne pas servir l’idéologie nationale en vigueur de transformation capitaliste de l’économie rwandaise.

Entrée de la Gare Nyabugogo, toujours très sollicitée par les voyageurs en province

Le législateur est-il capable d’amender la loi sur les travaux communautaires et de ne pas autoriser la fermeture des businesses des gens ne fut-ce que pendant ces cinq heures de la matinée de chaque dernier samedi du mois ? L’autorité gouvernementale est-elle à même d’inculquer cette valeur traditionnelle d’Umuganda avec beaucoup d’accents d’antan dans les nouvelles générations montantes et garder ce cachet de socialisme africain dans un capitalisme pur et dur rwandais ?


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