Après la victoire de la RPA en juillet 1994, qui a mis fin à ce génocide, après près de trois mois de massacres, des membres des ex-FAR, des Interahamwe et d’autres personnes impliquées dans le génocide, ainsi que des réfugiés burundais dont certains ont été accusés d’avoir également participé aux massacres, ont fui vers plusieurs pays voisins, notamment le Zaïre, devenu la RDC, et le Burundi.

C’est dans ce contexte régional instable que se sont développés différents mouvements armés, dont les Forces pour la défense de la démocratie (FDD), liées au Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) au Burundi.

Selon le témoignage du major (Rtd) Peter Kubwayo, ancien responsable au sein des FDLR, des liens militaires se sont progressivement établis entre FDD et membres des ex-FAR réfugiés dans la région.

Originaire de Musange, dans le district de Nyamagabe, Kubwayo affirme, dans un entretien accordé à IGIHE, avoir rejoint le Burundi durant cette période. Il explique qu’à son arrivée, lui et d’autres réfugiés avaient été conduits à Gihunda, où ils avaient été chargés de participer à la formation des combattants des FDD.

Une coopération entre FDD et ex-FAR

D’après son récit, au début de 1995, les FDD, dirigées par Léonard Nyangoma, et les ex-FAR, représentées par le général Augustin Bizimungu, alors chef d’état-major général, avaient conclu un accord de coopération.

Signé à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, cet accord prévoyait que les FDD et les ex-FAR partageaient des objectifs communs et devaient, par conséquent, coopérer sur les plans financier et militaire afin de mobiliser les réfugiés hutus.

Kubwayo explique que les bonnes relations entre Nyangoma et les dirigeants des ex-FAR avaient facilité cette coopération.

« Il a sollicité leur soutien, lequel s’est notamment traduit par la mise à disposition de cadres chargés de former les officiers et les soldats FDD. Une équipe des ex-FAR s’est ainsi rendue au Burundi en mars 1995, sous la direction du lieutenant-colonel Édouard Gasarabwe », rapporte Kubwayo.

Selon lui, cette équipe comprenait notamment le major Diogène Nkundimana, le lieutenant Gaspard Muragijimana, l’adjudant-chef Jean Ngerageze, le sergent-major Jean Damascène Uzabakiriho et le caporal Faustin Sebutimbiri.

Les formations auraient notamment été organisées à Musigati, dans l’ancienne province de Bubanza, ainsi qu’à Gihunda. Kubwayo affirme que les militaires des ex-FAR y sont restés environ cinq mois avant de retourner au Zaïre en août 1995.

Il affirme également que cette coopération comportait une dimension idéologique dirigée contre les Tutsi.

« Ils enseignaient les tactiques militaires, le maniement des armes ainsi qu’une idéologie appelant les Hutu à combattre les Tutsi pour les chasser du Burundi, avant de poursuivre cette lutte au Rwanda », affirme-t-il.

Des combattants burundais formés au Zaïre

Kubwayo affirme également que certains réfugiés burundais ayant fui avec des Rwandais vers le Zaïre ont été formés dans différents centres militaires.

« Des Burundais avaient eux aussi fui avec les Rwandais. Ils ont notamment été regroupés à Nsele, où ils ont reçu une formation dans plusieurs centres, tandis que d’autres se sont rendus à Kananga, à l’EFO. », raconte-t-il.

Selon son témoignage, des membres ex-FAR et des Interahamwe recevaient des formations dans ces centres, auxquelles participaient également des Burundais.

Il cite notamment le général-major Agricole Mwamba Ntirampeba, aujourd’hui ambassadeur du Burundi en RDC. Des sources officielles confirment qu’Agricole Ntirampeba occupe cette fonction et qu’il a été promu général-major en 2025.

Kubwayo affirme que Ntirampeba avait alors suivi différentes formations avant de rejoindre les FDD.

« Lorsque les FDD ont appris que des réfugiés burundais avaient été formés au Zaïre, ils ont demandé qu’ils leur soient remis afin de bénéficier de leur soutien », affirme-t-il.

Des réseaux militaires qui se prolongent dans les conflits de la RDC

Ces témoignages renvoient à un contexte régional caractérisé par la circulation de combattants entre le Rwanda, le Burundi et l’ancien Zaïre, devenu la RDC à cette époque.

Après la chute de Mobutu en 1997 et l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, les relations entre Kinshasa et Kigali se sont détériorées, La deuxième guerre du Congo, déclenchée en 1998, ayant ensuite impliqué de nombreux groupes armés et plusieurs pays de la région.

Les FDLR, créées en RDC à la fin des années 1990 par des éléments issus notamment des anciennes structures politico-militaires liées au génocide contre les Tutsi, sont depuis restées actives dans l’est du pays.

Dans un témoignage publié en juillet 2026, Kubwayo est également revenu sur son parcours au sein de plusieurs mouvements armés. Il affirme notamment avoir passé de nombreuses années dans les maquis avant de décider de rentrer au Rwanda.

« Ce que j’ai retiré de la forêt, c’est la souffrance. Je regrette d’avoir passé autant de temps à courir et à errer », déclarait-il à propos de son parcours.

Le rôle du Burundi dans l’est de la RDC a pris une nouvelle dimension à partir de 2023, avec le déploiement de ses forces dans le cadre d’une coopération militaire officielle entre les deux pays, qui a suscité de nombreux controverses.

C’est dans ce contexte que les déclarations de Kubwayo prennent une dimension particulière.

L’ancien responsable des FDLR affirme que les forces burundaises auraient également coopéré avec des combattants du groupe génocidaire dans plusieurs zones du territoire de Masisi.

« Les forces burundaises ont travaillé avec les FDLR dans des endroits comme Bambiro, Rutobogo, Kinigi, Rusayo et Kanyaruchinya. Ils partageaient des informations et du matériel », affirme-t-il.

Des rapports des Nations unies documentent également la présence de plusieurs acteurs armés dans les mêmes zones de conflit, notamment les FARDC, les forces burundaises, les groupes Wazalendo et les FDLR.

Aujourd’hui, le CNDD-FDD dirige le Burundi depuis 2005 et entretient des relations tendues avec le Rwanda, sur fond de désaccords persistants liés notamment à cette collaboration avec des réseaux au sein desquels graviteraient des éléments des FDLR.

Au début de 1995, les FDD, dirigées par Léonard Nyangoma, et les ex-FAR, représentées par le général Augustin Bizimungu, alors chef d’état-major général, avaient conclu un accord de coopération
Le CNDD-FDD dirige le Burundi depuis 2005 et entretient des relations tendues avec le Rwanda, sur fond de liens avec des réseaux proches des FDLR
Selon le témoignage du major (Rtd) Peter Kubwayo, ancien responsable au sein des FDLR, des liens militaires se sont progressivement établis entre FDD et membres des ex-FAR réfugiés dans la région depuis les années 1994
Le général de division Agricole Ntirampeba (à droite), ambassadeur du Burundi en RDC, aurait bénéficié de formations dispensées par les FDLR vers la fin des années 1990