Le départ du président français marquera la fin d’une période particulière dans les relations bilatérales. Après des années de tensions liées au rôle de la France avant et pendant le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, Emmanuel Macron a engagé un rapprochement historique avec Kigali, fondé sur la reconnaissance du passé, le dialogue politique et le renforcement de la coopération.

Mais son successeur aura-t-il la même approche ? La réponse dépendra largement de l’identité du prochain président français et de sa vision de l’Afrique, de la mémoire historique et de la sécurité régionale.

Macron, un tournant dans les relations franco-rwandaises

L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir a ouvert une nouvelle phase dans les relations entre Paris et Kigali. Lors de sa visite au Rwanda en mai 2021, il s’était rendu au Mémorial du Génocide de Kigali, où il avait reconnu les responsabilités historiques et politiques de la France dans le contexte ayant conduit au génocide contre les Tutsi.

Cette reconnaissance a constitué un moment majeur dans le processus de réconciliation entre les deux pays.

Au-delà de la mémoire, les relations se sont également renforcées dans les domaines économique et du développement. Après la visite présidentielle, plusieurs entreprises françaises ont manifesté leur intérêt pour le marché rwandais.

En 2024, l’Agence française de développement (AFD) a signé avec le Rwanda un accord de financement de 400 millions d’euros sur quatre ans pour soutenir des projets dans les secteurs de la santé, de l’environnement, de la jeunesse et d’autres domaines prioritaires.

Alors que l’élection présidentielle française de 2027 s’annonce ouverte, plusieurs personnalités pourraient jouer un rôle majeur, avec des approches différentes à l’égard de Kigali.

Gabriel Attal, la continuité de la ligne Macron

Ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal apparaît comme l’un des candidats susceptibles de prolonger la politique actuelle.

Membre du parti Renaissance, il a déjà défendu l’idée d’un travail de mémoire basé sur la reconnaissance et la transparence. Avant la visite de Macron au Rwanda en 2021, il avait évoqué une démarche visant à regarder l’histoire française « avec lucidité » afin de construire une relation nouvelle.

Une présidence Attal pourrait donc s’inscrire dans la continuité du rapprochement engagé avec Kigali.

Édouard Philippe, une approche pragmatique

Autre ancien Premier ministre de Macron, Édouard Philippe représente également une option de continuité.

Durant son passage à Matignon, la France avait notamment instauré le 7 avril comme journée nationale de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi.

Les observateurs estiment qu’une présidence Philippe pourrait privilégier une relation fondée sur les intérêts stratégiques : diplomatie, économie, sécurité et coopération entre l’Afrique et l’Europe.

Jordan Bardella, un grand inconnu

Président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella figure parmi les prétendants sérieux à la présidentielle.

Ses positions sur le Rwanda restent cependant peu connues. Il n’a pas construit son parcours politique autour de cette question, mais son parti a souvent adopté des positions critiques envers Kigali et s’est montré attaché à la défense de l’action de l’armée française, notamment sur les questions liées à l’histoire du Rwanda.

Une présidence Bardella ne signifierait pas forcément une rupture avec Kigali, mais pourrait entraîner une évolution de l’approche française sur les questions mémorielles et régionales.

Marine Le Pen, la candidature la plus délicate pour Kigali

Marine Le Pen est considérée comme la candidate dont l’arrivée à l’Élysée pourrait le plus compliquer les relations avec le Rwanda.

En 2011, elle avait critiqué la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Paul Kagame à Paris, défendant l’action de l’armée française et l’opération Turquoise, tout en rejetant les accusations portées contre la France concernant son rôle dans la période du génocide.

Cette position contraste fortement avec celle d’Emmanuel Macron, qui a choisi la voie de la reconnaissance historique et du rapprochement avec Kigali.

Raphaël Glucksmann, un homme politique aux convictions affirmées

Âgé de 46 ans, Raphaël Glucksmann se distingue par sa connaissance de l’histoire du génocide perpétré contre les Tutsi. Réalisateur du documentaire Tuez-les tous ! en 2004, il est considéré comme favorable à la reconnaissance des responsabilités françaises dans cette tragédie.

Sur les questions mémorielles, une éventuelle présidence Glucksmann pourrait s’inscrire dans la continuité des avancées réalisées sous Emmanuel Macron, voire aller plus loin, tout en adoptant une approche particulière sur les enjeux géopolitiques dans la région des Grands Lacs, notamment concernant le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo.

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon soutient la reconnaissance des responsabilités françaises dans l’histoire du Rwanda, mais ses positions sur le gouvernement rwandais sont plus critiques.

Son parti, La France Insoumise, a notamment appelé à des sanctions contre des responsables rwandais et à des restrictions concernant les minerais rwandais.

Une présidence Mélenchon pourrait donc être marquée par de fortes tensions sur les questions régionales, même si elle ne remettrait pas nécessairement en cause la reconnaissance historique du rôle de la France en 1994.

Bruno Retailleau

Candidat des Républicains, Bruno Retailleau n’a pas une position aussi connue sur le Rwanda que certains de ses concurrents.

Son approche pourrait être davantage centrée sur la sécurité, l’autorité de l’État et les intérêts stratégiques français.

Sur certaines questions comme la migration, certaines de ses positions rejoignent celles défendues par Kigali, notamment sur la possibilité d’envoyer des migrants vers des pays tiers.

La RDC, le dossier qui pourrait peser sur les relations

Quel que soit le successeur d’Emmanuel Macron, il devra gérer un dossier particulièrement sensible : le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), devenu un facteur majeur influençant la perception du Rwanda par plusieurs pays occidentaux.

Bien que la France ait adopté une position ferme aux Nations unies, accusant le M23 d’être soutenu par le Rwanda, Emmanuel Macron a toutefois aussi appelé à éviter l’isolement de Kigali et à privilégier le dialogue politique.

Après son départ, cette approche pourrait évoluer.

Un futur président pourrait maintenir une ligne équilibrée basée sur le dialogue, tandis qu’un autre pourrait choisir une politique de pression plus forte envers Kigali.

Pour le Rwanda, la période post-Macron sera donc un moment d’observation stratégique.

Les relations avec Paris sont aujourd’hui renforcées, mais restent liées aux choix politiques des dirigeants. Les accords économiques, culturels et diplomatiques peuvent contribuer à leur stabilité, mais l’orientation future dépendra aussi de la personnalité du prochain président français.

Parmi les candidats potentiels, Gabriel Attal et Édouard Philippe apparaissent comme ceux qui pourraient le plus facilement prolonger la dynamique actuelle. Raphaël Glucksmann pourrait maintenir l’ouverture sur les questions historiques, tout en étant plus exigeant sur les enjeux régionaux. Jordan Bardella reste une inconnue, tandis que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon représenteraient les scénarios les plus difficiles pour Kigali.