Vers 2021, Kinshasa et Kigali semblent alors vouloir construire une coopération dans les domaines de la sécurité, de l’économie et du commerce des minerais. Cette dynamique va toutefois rapidement se détériorer.

Entre février et juin 2021, les deux pays concluent plusieurs accords destinés à réorganiser leur coopération, notamment après plusieurs années de tensions autour de la sécurité dans l’est de la RDC et du commerce des minerais.

Selon l’auteure Bojana Coulibaly, cette coopération devait permettre à Kinshasa de travailler directement avec son voisin rwandais pour résoudre des problèmes communs, plutôt que de dépendre largement d’acteurs occidentaux dans les questions sécuritaires et minières.

Des racines historiques dans le commerce des minerais

Pour expliquer les tensions autour de cette question, Coulibaly revient sur l’histoire de l’exploitation de l’or et des diamants en RDC. Depuis la période coloniale, une partie importante des minerais congolais a transité par des circuits contrôlés par des entreprises et des acteurs liés à la Belgique, notamment au Sud-Kivu.

Dans des territoires comme Mwenga, les exploitants artisanaux extraient depuis des années de l’or et d’autres minerais, ensuite acheminés vers des entreprises chargées de leur traitement avant leur exportation vers les marchés internationaux. Une importante partie des bénéfices revenait aux intermédiaires étrangers plutôt qu’à l’État congolais ou aux populations locales.

Les bouleversements politiques survenus dans la région des Grands Lacs à la fin des années 1990 ont progressivement remis en cause ce système. L’influence des entreprises liées à la Belgique a diminué, tandis que le discours accusant le Rwanda d’être à l’origine des problèmes liés aux minerais congolais s’est renforcé.

Les accords sécuritaires de 2021

En février 2021, de hauts responsables rwandais et congolais des services de sécurité et de renseignement se réunissent à Kigali et mettent en place un mécanisme destiné à faciliter l’échange rapide de renseignements.

L’objectif est notamment de lutter contre les groupes armés actifs dans l’est de la RDC, dont les FDLR et les ADF. Kigali et Kinshasa semblent alors privilégier la coopération sécuritaire plutôt que des actions séparées.

Quelques mois plus tard, les 26 et 27 juin 2021, le président Paul Kagame et Félix Tshisekedi se rencontrent à Rubavu et à Goma et élargissent cette coopération au secteur économique.

Les deux pays signent notamment des accords sur la promotion des investissements, la prévention de la double imposition des activités transfrontalières, ainsi que sur l’exploitation et le commerce de l’or.

Dans ce cadre, Sakima SA, entreprise publique congolaise, conclut un accord avec Dither Ltd, une société privée rwandaise. L’objectif est que l’or exploité au Kivu et au Maniema soit raffiné au Rwanda, notamment à la Gasabo Gold Refinery, à Kigali.

L’ambition est de développer un commerce légal de l’or à valeur ajoutée et de réduire le commerce clandestin qui contribue au financement des groupes armés. Pour Kinshasa, cette coopération peut également permettre d’augmenter les recettes fiscales et de renforcer le contrôle de l’exploitation minière.

Le changement de discours

Toutefois, à partir de la fin de 2021, le climat change. Kinshasa accuse progressivement Kigali de soutenir le M23 et de chercher à tirer profit des ressources minières congolaises. Le Rwanda rejette ces accusations, qu’il qualifie d’infondées, rappelant les accords antérieurs conclus entre les deux pays.

Coulibaly cite notamment le 'Congo Research Group' et Ebuteli parmi les organisations ayant contribué à diffuser cette lecture de la situation. Selon elle, ces analyses ne peuvent être dissociées d’une volonté plus large de certains acteurs occidentaux de maintenir leur influence sur les orientations politiques, économiques et sécuritaires de la RDC.

Kinshasa adopte par la suite, une position plus radicale à l’égard du Rwanda, allant jusqu’à entretenir une collaboration avec le groupe génocidaire FDLR et à leur apporter un soutien logistique, dans le cadre d’opérations contre le mouvement rebelle AFC/M23, ainsi que dans le cadre d’objectifs plus larges visant à porter atteinte à la sécurité nationale du Rwanda.

Pour Coulibaly, les accords sécuritaires et miniers de 2021 apportaient pourtant des réponses à deux problèmes majeurs de l’est de la RDC : la présence des groupes armés et le commerce illicite des minerais.

Pour Coulibaly, les accords sécuritaires et miniers de 2021 apportaient pourtant des réponses à deux problèmes majeurs de l’est de la RDC : la présence des groupes armés et le commerce illicite des minerais