La réaction du ministre fait suite à l’intervention de Jeanne Habyarimana à la « NouvelObs Conference », tenue le 9 septembre 2026 à Paris, où elle a affirmé que les missiles avaient été tirés depuis Masaka et qu’elle se trouvait à Kanombe au moment des faits.

Le juge français Marc Trévidic, qui participait à la rencontre, lui a alors répondu que les investigations scientifiques menées dans le cadre de son enquête ne permettaient pas de soutenir l’hypothèse d’un tir depuis Masaka.

L’avocat Richard Gisagara, également présent à la conférence, a estimé que Jeanne Habyarimana était venue avec une position qu’elle entendait défendre malgré les explications scientifiques qui lui étaient apportées.

Dans un message publié sur X ce 12 septembre 2026, Olivier Nduhungirehe a affirmé que Jeanne Habyarimana ne se trouvait pas à Kanombe lorsque l’avion de son père a été abattu.

« Jeanne Habyarimana ment. Elle n’était pas à Kanombe lorsque l’avion de son père a été abattu le 6 avril 1994. Elle ne pouvait donc rien avoir vu », a indiqué le ministre.

Il a également mis en cause le témoignage de son frère Jean-Luc, qui se trouvait, selon lui, à Kanombe cette soirée-là.

Nduhungirehe a notamment évoqué les différentes versions données par Jean-Luc Habyarimana au sujet de l’origine des missiles. Il a rappelé qu’en 2010, celui-ci avait affirmé avoir aperçu une lumière provenant de la direction de Masaka avant d’entendre une explosion.

Cette déclaration intervenait dans le contexte du rapport Mutsinzi, publié en janvier 2010, qui concluait que les missiles avaient été tirés depuis une zone située du côté de Kanombe.

Un changement de version après le rapport Trévidic

Selon Nduhungirehe, Jean-Luc Habyarimana aurait ensuite modifié sa position après la publication, en 2012, du rapport d’expertise réalisé par les juges français Marc Trévidic et Nathalie Poux.

Le ministre affirme qu’il ne soutenait alors plus avec la même certitude l’idée que les missiles provenaient de Masaka, allant jusqu’à considérer que leur origine importait moins que l’identification de leurs auteurs.

« Sa contradiction flagrante sur @bbcgahuza, lors de la publication du rapport Mutsinzi en janvier 2010 puis de l’expertise Trévidic en janvier 2012, montre qu’il n’a rien vu ce soir-là – ou pire, qu’il a vu d’où venait le missile et a délibérément choisi de mentir », a ajouté le ministre.

Pour Nduhungirehe, ces évolutions soulèvent des interrogations sur la fiabilité de ce témoignage et sur les raisons ayant conduit à ces changements de version.

Le rapport Bruguière au cœur des divergences

La thèse selon laquelle les missiles auraient été tirés depuis Masaka s’appuie notamment sur le rapport d’enquête dirigé par le juge français Jean-Louis Bruguière et publié en 2006.

Cette enquête avait mis en cause plusieurs responsables de l’ancienne armée du Front patriotique rwandais (FPR). Ses conclusions ont toutefois été contestées à la suite des investigations menées par Marc Trévidic et Nathalie Poux.

Le rapport d’expertise publié en 2012 avait conclu que l’hypothèse d’un tir depuis Masaka ne correspondait pas aux éléments techniques examinés et avait privilégié une zone située à proximité de Kanombe.

Lors de la conférence du 9 septembre, Marc Trévidic a vivement critiqué le travail réalisé dans le cadre de l’enquête Bruguière, affirmant n’avoir jamais vu un rapport d’enquête aussi mal réalisé. Il a également rappelé que les éléments techniques recueillis orientaient vers la zone de Kanombe, alors contrôlée par des éléments de l’armée de l’époque, comme lieu possible de lancement des missiles.

Olivier Nduhungirehe a affirmé que Jeanne Habyarimana ne se trouvait pas à Kanombe lorsque l’avion de son père a été abattu
Marc Trévidic a vivement critiqué le travail réalisé dans le cadre de l’enquête Bruguière, affirmant n’avoir jamais vu un rapport d’enquête aussi mal réalisé