Cette réaction intervient après le match nul (1-1) obtenu par l’équipe nationale congolaise face au Portugal lors de son entrée en lice à la Coupe du monde de la FIFA. Ce résultat a permis aux Léopards de décrocher leur premier point dans l’histoire du tournoi et d’y inscrire leur tout premier but.

Présent au stade pour assister à la rencontre, Félix Tshisekedi a salué la performance de la sélection congolaise « malgré les difficultés auxquelles la RDC est confrontée », soulignant qu’elle avait su tenir tête à une équipe portugaise menée par la star mondiale Cristiano Ronaldo, alors que de nombreux observateurs s’attendaient à une défaite.

En effet, à l’issue de la rencontre, le président congolais s’est adressé à des membres de la diaspora congolaise aux États-Unis et a rapidement élargi son discours aux questions politiques et sécuritaires liées à la situation dans l’est de son pays.

Tshisekedi a notamment affirmé que son gouvernement avait identifié des individus collaborant avec la coalition AFC/M23, qui contrôle de vastes territoires dans l’est de la RDC. Selon lui, ces collaborateurs ne se trouveraient pas uniquement au Rwanda, mais auraient également infiltré la capitale congolaise.

« Ne trahissez pas votre pays. Les sorciers existent. Nous pensions qu’ils étaient seulement au Rwanda, mais ils sont déjà sous nos pantalons », a-t-il déclaré.

Le président congolais est également revenu sur l’histoire politique récente de son pays, estimant qu’après la période de Mobutu Sese Seko, la RDC avait bénéficié d’un bon dirigeant avec Laurent-Désiré Kabila. Selon lui, des ennemis du pays seraient ensuite intervenus pour l’écarter du pouvoir et installer à sa place une personne qu’il a qualifiée de « chien », entraînée à agir selon leurs intérêts.

Dans le même discours, Tshisekedi a également évoqué les villes de Goma et Bukavu, passées depuis plus d’un an sous le contrôle de l’AFC/M23. Il a assuré aux Congolais vivant aux États-Unis que ces villes seraient prochainement reprises.

« Je suis convaincu que, dans les prochains jours, tout le Congo sera libéré. Nos frères et sœurs de Goma et Bukavu célébreront avec nous. Nous avons tiré les leçons de ce qui s’est passé et nous devons désormais construire quelque chose de plus solide », a-t-il affirmé.

Kigali dénonce une récupération politique

Réagissant sur le réseau social X, Yolande Makolo a regretté que le président congolais ait choisi de politiser un événement sportif qui avait suscité l’enthousiasme à travers le continent africain.

« Les Léopards ont offert à l’Afrique un moment de joie intense lors de leur premier match de Coupe du monde. Le président Tshisekedi a choisi de gâcher ce moment en insultant les Rwandais et les Congolais et, depuis le sol américain, en déclarant sa volonté de poursuivre les offensives militaires dans l’est de la RDC », a-t-elle indiqué.

La porte-parole du gouvernement rwandais a ajouté que cette rhétorique était incompatible avec les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Washington.

« Tshisekedi n’a pas seulement instrumentalisé un exploit sportif glorieux à des fins politiques mesquines ; sa rhétorique belliqueuse démontre également un mépris pour la lettre et l’esprit des accords de Washington », a-t-elle déclaré.

Signé le 4 décembre 2025 entre le Rwanda et la RDC, l’Accord de Washington vise à répondre aux préoccupations sécuritaires qui alimentent les tensions entre les deux pays.

Le texte prévoit notamment l’engagement de la RDC à neutraliser les FDLR, un groupe terroriste responsable en grande partie du génocide contre les Tutsi de 1994 au Rwanda. En contrepartie, le Rwanda devrait progressivement lever les mesures défensives mises en place le long de sa frontière une fois ces engagements pleinement appliqués.

L’accord comprend également des dispositions relatives au rapatriement des réfugiés ainsi qu’au renforcement de la coopération économique entre les deux États.

Parmi les projets phares figure le barrage hydroélectrique Rusizi III, une centrale de 206 mégawatts dont la mise en service devrait permettre de fournir de l’électricité à plus de 300 000 personnes. Ce projet régional, estimé à 800 millions de dollars, devrait être achevé d’ici 2030.

Le document prévoit également une coopération accrue dans le secteur minier, avec pour objectif de favoriser la transformation locale des minerais et la création de valeur ajoutée, plutôt que l’exportation de matières premières brutes. Il appelle aussi à une harmonisation des réglementations afin de renforcer la transparence et la sécurité du commerce des minerais.

L’exploitation conjointe du gaz méthane du lac Kivu et sa conversion en énergie électrique figurent également parmi les domaines de coopération envisagés.

Malgré la signature de l’accord, Kigali estime que sa mise en œuvre progresse lentement du côté congolais. Le gouvernement rwandais soutient néanmoins que les deux pays ont beaucoup à gagner d’une coopération renforcée et considère qu’une application complète de l’Accord de Washington pourrait contribuer à l’instauration d’une paix durable dans la région.

Yolande Makolo a vivement critiqué Félix Tshisekedi pour avoir transformé un exploit sportif en tribune politique contre le Rwanda