Organisée par le "Baku Initiative Group" (BIG), la rencontre était placée sous le thème « Les injustices de la colonisation belge et les 101 ans de lutte pour les réparations ». Elle a réuni des représentants de la RDC, du Rwanda et du Burundi, anciens territoires sous domination belge, ainsi que des représentants du Maroc, de l’Afrique du Sud et des Nations unies. Des spécialistes du droit international, de la justice historique et des réparations, des chercheurs et des défenseurs des droits humains ont également pris part aux discussions.

Les échanges ont notamment porté sur la possibilité de porter devant les Nations unies, notamment le Conseil des droits de l’homme, la question d’une reconnaissance officielle par la Belgique et de réparations pour les crimes commis durant la période coloniale en RDC, au Rwanda et au Burundi.

Les participants ont également évoqué l’accès aux archives coloniales belges, la restitution de restes humains et de biens historiques ainsi que la mise en place éventuelle d’un mécanisme international chargé de suivre les obligations de réparation et de restitution.

Le Rwanda insiste sur les conséquences institutionnelles de la colonisation

Le Rwanda était représenté par son ambassadeur en Turquie et en Azerbaïdjan, Charles Kayonga.

Dans son intervention, le diplomate a estimé que les effets de la colonisation ne s’étaient pas limités à l’occupation des territoires, mais qu’ils avaient également influencé la construction des institutions, l’exercice du pouvoir politique, les identités sociales et les relations économiques.

Pour lui, certaines de ces structures continuent d’avoir une influence plusieurs décennies après la fin officielle de la colonisation. Il a appelé à une étude approfondie de ces mécanismes afin de mieux comprendre leurs conséquences à long terme et de permettre une discussion fondée sur la responsabilité historique, la justice et les réparations.

Charles Kayonga a également souligné que la question des réparations ne devrait pas seulement être abordée sous l’angle de la responsabilité du passé, mais aussi dans la perspective de construire de nouvelles relations de coopération entre les États et les sociétés concernées.

Selon les organisateurs, les réparations devraient englober plusieurs dimensions, notamment la restitution des biens culturels, l’accès aux archives, la reconnaissance des préjudices historiques et les garanties de non-répétition.

Le BIG s’appuie notamment sur la résolution 60/147 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui reconnaît différentes formes de réparation, parmi lesquelles la restitution, l’indemnisation, la réhabilitation, la reconnaissance du préjudice et les garanties de non-répétition.

Le groupe affirme par ailleurs que quelque 84 000 biens appartenant au patrimoine culturel ont été inventoriés, tout en estimant que leur restitution reste insuffisante et que les spécialistes de la RDC, du Rwanda et du Burundi n'ont pas encore un accès complet aux archives coloniales belges. Ces affirmations sont celles des organisateurs de la conférence.

Une histoire coloniale commune

Le Rwanda et le Burundi ont été réunis au sein du territoire du Ruanda-Urundi, placé sous administration belge après la Première Guerre mondiale. La Belgique ayant également administré le Congo jusqu'à l'indépendance de celui-ci, le 30 juin 1960.

Au Rwanda, la période coloniale a notamment été marquée par une réorganisation administrative et sociale qui a progressivement institutionnalisé une lecture ethnique des populations. Les autorités coloniales ont notamment introduit des cartes d'identité mentionnant l'appartenance ethnique, tandis que certaines catégories sociales ont été traitées différemment dans l'administration et l'éducation.

Alors que les revendications en faveur de l’indépendance se sont intensifiées dans les années 1950, la Belgique a accordé l’indépendance au Rwanda le 1er juillet 1962, tout en conservant une influence importante sur les premiers gouvernements, auxquels participaient encore certains Belges.

La politique héritée de la période coloniale a continué d’influencer les régimes de la Première et de la Deuxième République, contribuant au contexte politique et social qui a culminé avec le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Le Rwanda et le Burundi ont été réunis au sein du territoire du Ruanda-Urundi, placé sous administration belge après la Première Guerre mondiale
Le Rwanda, la RDC et le Burundi ont participé, à Bakou, en Azerbaïdjan, à une conférence internationale consacrée aux conséquences de la colonisation belge et aux revendications de réparations
Le Rwanda était représenté par son ambassadeur en Turquie et en Azerbaïdjan, Charles Kayonga
La rencontre était placée sous le thème « Les injustices de la colonisation belge et les 101 ans de lutte pour les réparations »