Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, Fayulu a notamment affirmé que les Banyamulenge ne constitueraient pas une communauté congolaise au même titre que les autres groupes ethniques du pays. Il a également mis en avant la question de la langue, affirmant que les Banyamulenge parlent kinyarwanda et qu’il n’existerait pas de « tribu Banyamulenge » en RDC.
Ces déclarations ont suscité une réaction du chef de la diplomatie rwandaise, qui les a rapprochées de certains discours tenus au Rwanda avant le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
« La haine ethnique, les falsifications historiques et les propos cyniques ont atteint un niveau inquiétant dans la classe politique congolaise, y compris dans une partie de l’opposition », a indiqué Nduhungirehe dans une publication sur X ce mercredi.
Le ministre a estimé que ces propos rappellent les discours qui, au Rwanda entre 1990 et 1994, cherchaient à présenter les Tutsi comme des étrangers et à remettre en cause leur appartenance au pays.
« Ceci me rappelle étrangement une partie de la classe politique rwandaise des années 1990-1994 qui, dans un processus de délégitimation génocidaire, prétendait que les Tutsi rwandais n’étaient pas de véritables autochtones », a-t-il ajouté.
La question de l’identité et de la nationalité des Banyamulenge est depuis plusieurs décennies au cœur de tensions politiques et communautaires dans l’est de la RDC.
Les Banyamulenge constituent une communauté principalement établie dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. Leur histoire, leur origine et leur statut de communauté congolaise font depuis longtemps l’objet de débats politiques et historiques. Leur langue, le kinyamulenge, est généralement décrite comme une variété proche du kinyarwanda et appartenant au groupe linguistique rwanda-rundi.
La question de leur nationalité s’est particulièrement politisée sous le régime de Mobutu Sese Seko, puis au cours des crises qui ont marqué le Zaïre et la RDC dans les années 1990. Des initiatives politiques avaient alors cherché à déterminer qui pouvait être considéré comme un « autochtone » ou un citoyen congolais dans les provinces du Kivu.
En 2020, l’ancien président congolais Joseph Kabila avait lui-même affirmé que les Banyamulenge étaient des citoyens congolais, alors que la question de leur statut continuait de provoquer des tensions dans le Sud-Kivu.
Par ailleurs, dans les années précédant le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, une propagande était notamment diffusée pour présenter les Tutsi comme des étrangers ayant pris le contrôle du pays.
À titre d’exemple, le Dr Léon Mugesera, une figure influente du parti MRND alors au pouvoir, avait déclaré en novembre 1992, lors d’un meeting à Kabaya, dans la préfecture de Gisenyi, que les Tutsi devaient être renvoyés « chez eux en Abyssinie », en les faisant passer par la rivière Nyabarongo.
Pour Nduhungirehe, la remise en cause de l’appartenance nationale d’une communauté sur la base de son origine supposée ou de sa langue constitue un phénomène particulièrement préoccupant.
Le ministre a enfin mis en garde ceux qui offrent une tribune à des responsables politiques diffusant ce type de discours.
« À un certain moment, ceux qui déroulent le tapis rouge à ces politiciens sans foi ni loi, au lieu de prendre des mesures à leur encontre, devront aussi en rendre des comptes », a-t-il conclu.




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