Une trentaine d'années plus tard, Tito Rutaremara, figure emblématique du FPR-Inkotanyi, est revenu sur cette confrontation avec Paul Dijoud, alors haut responsable du ministère français des Affaires étrangères.
Face au diplomate français, Tito Rutaremara affirme avoir été catégorique sur un point : le FPR n’avait demandé l’autorisation à personne pour engager sa lutte de libération, et c’est lui-même qui déciderait du moment où cette guerre prendrait fin.
Aujourd’hui à la tête du « Rwanda Elders Advisory Forum » (REAF), Tito Rutaremara a évoqué cette rencontre dans une interview accordée à One Nation Radio, alors que le président Paul Kagame avait récemment relaté un épisode similaire survenu à Paris en septembre 1991.
Rutaremara explique s’être rendu à Paris avant Paul Kagame pour préparer des discussions sollicitées par la France avec le FPR.
À son arrivée au bureau de Dijoud, il aurait attendu avec ses collègues pendant que le diplomate recevait des ministres de Djibouti, de République centrafricaine et du Tchad. Selon lui, le secrétaire de Dijoud avait laissé les portes et les fenêtres ouvertes, permettant à la délégation d’entendre le diplomate réprimander les ministres, qu’il accusait notamment de dilapider l’argent de leurs pays avant de revenir en demander davantage.
Lorsque Rutaremara a finalement été reçu, Dijoud ne l’aurait pas salué et lui aurait demandé, sur un ton jugé méprisant, s’il appartenait au FPR. Il aurait ensuite demandé au mouvement de mettre fin à la guerre, affirmant que la France souhaitait l’arrêt des combats et qu’il avait conseillé au président Juvénal Habyarimana d’accorder des postes gouvernementaux au FPR.
Rutaremara lui aurait alors reproché son attitude : « Les ministres que vous réprimandiez étaient venus vous demander de l’argent. Nous, nous ne sommes pas venus vous en demander. Alors, pourquoi nous traitez-vous de cette manière ? »

« Nous ne vous avons pas demandé votre permission »
Dijoud aurait insisté pour que le FPR cesse les combats. Rutaremara affirme lui avoir répondu :
« Lorsque nous avons lancé cette guerre, nous ne vous avons pas demandé votre permission. Vous êtes intervenus pour nous combattre, mais la décision d’y mettre fin nous appartient. Nous choisirons le moment venu. »
Selon Rutaremara, Dijoud s’est alors mis en colère et a demandé à la délégation de quitter son bureau. La partie française aurait ensuite souhaité que les discussions se poursuivent avec Paul Kagame, alors vice-président du FPR, plutôt qu’avec son président, le colonel Alexis Kanyarengwe.
Lorsque Kagame est arrivé à Paris, Rutaremara affirme avoir reçu l’ordre de rester dans son hôtel et de ne pas participer aux négociations.
« C’était comme si j’étais emprisonné », a-t-il déclaré, estimant que cette décision était liée à sa confrontation avec Dijoud. Il ajoute que des contacts rwandais l’ont ensuite aidé à quitter l’hôtel par une autre sortie.
Le récit du Président Kagame sur Dijoud
Lors de la réunion du Bureau politique du FPR, tenue le 17 juillet 2026, le Président Kagame avait également évoqué sa rencontre avec Paul Dijoud en septembre 1991, affirmant que le diplomate français lui avait demandé d’arrêter les combats, estimant que même si le FPR parvenait à prendre Kigali, « il n’y retrouverait aucun des leurs ».
« Au début, je ne comprenais pas ce que cela signifiait. Mais cela voulait en réalité dire qu’ils seraient massacrés », a-t-il ajouté, estimant que cet avertissement annonçait les événements qui constitueraient le génocide contre les Tutsi de 1994.
À la fin de la rencontre, Dijoud lui aurait lancé, avec ironie, qu’il espérait le revoir lorsqu’il serait « le commandant de la nouvelle armée du Rwanda ». Kagame affirme lui avoir répondu que, si cela arrivait, il ferait du bon travail.
Le président Kagame a également relaté son arrestation, en pleine nuit à Paris, avec le Dr Emmanuel Ndahiro et Tom Byabagamba, par des hommes armés en civil dans leur hôtel, avant d’être conduits dans un lieu de détention et interrogés sur leurs contacts durant leur séjour. Kagame affirme avoir refusé un test au polygraphe ainsi que la nourriture proposée. Ceux-ci seront ensuite libérés plus tard dans la journée.
Par ailleurs, Rutaremara estime que la victoire militaire du FPR en 1994 doit constituer une leçon pour les jeunes générations.
« Ne vous laissez pas intimider par ceux qui semblent puissants. Lorsque vous défendez une cause juste, restez fermement attachés à vos convictions et vous pourrez atteindre votre objectif », a-t-il affirmé.




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