Confronté aux questions des journalistes locaux après ce carnage qui avait coûté la vie à plusieurs citoyens, il s’était illustré par une communication hésitante et confuse, donnant le sentiment d’un responsable dépassé par la gravité des événements. Depuis lors, son goût prononcé pour les tribunes médiatiques et les plateaux de télévision n’a cessé d’alimenter les critiques.
Loin d’y démontrer la hauteur de vue et la retenue qu’exige l’exercice des responsabilités publiques, il y accumule trop souvent des déclarations inconsidérées, des dénégations difficilement conciliables avec les faits observables et des invectives peu compatibles avec la dignité de la fonction politique.
Cette propension à privilégier la posture polémique au détriment de la rigueur du discours contribue à fragiliser davantage la crédibilité d’une parole publique déjà fortement éprouvée par les crises successives que traverse le pays.
Il est des déclarations publiques qui, par leur déconnexion manifeste avec la réalité, suscitent bien davantage que la controverse : elles provoquent l’indignation.
Les propos de Peter Kazadi lors du SpaceX organiser le journaliste Stanislas Bujakera, affirmant que “ la République démocratique du Congo n’est pas en guerre car elle n’a déclaré la guerre a aucun autre pays » , relèvent de cette catégorie de paroles qui heurtent la conscience nationale et interrogent la responsabilité morale de ceux qui les prononcent.
Car enfin, comment soutenir une telle affirmation alors que l’Est du pays demeure le théâtre d’affrontements meurtriers, de déplacements massifs de populations, de destructions de biens et de pertes humaines quotidiennes ?
Comment nier l’évidence d’une tragédie qui ensanglante depuis des années des territoires entiers et plonge des millions de compatriotes dans l’angoisse permanente du lendemain ? Une telle posture ne relève pas seulement d’une appréciation discutable de la situation sécuritaire ; elle apparaît comme une forme de négation du vécu de ceux qui subissent chaque jour les conséquences de la violence armée.
Les inconséquences de Peter Kazadi agacent d’autant plus qu’elles interviennent dans un contexte où la population attend des dirigeants lucidité, gravité et sens des responsabilités. Lorsqu’un responsable politique choisit de minimiser une crise dont les effets sont visibles jusque dans les familles endeuillées, il donne le sentiment de se soustraire à l’impératif de vérité qui devrait pourtant guider l’action publique.
A défaut d’apporter des réponses aux souffrances collectives, certains semblent désormais s’employer à en atténuer artificiellement la perception.
Pourtant, derrière chaque statistique se cache une existence brisée. Derrière chaque bilan sécuritaire se trouvent des femmes, des hommes et des enfants dont la vie a été fauchée par un conflit que nul ne peut raisonnablement prétendre ignorer.
Chaque décès constitue le rappel douloureux d’un échec collectif et plus particulièrement, de l’incapacité persistante des institutions à garantir pleinement la protection des citoyens. Cette réalité impose le recueillement, non la désinvolture ; la responsabilité, non l’ironie.
Il ne s’agit nullement ici d’entretenir la polémique pour elle-même ni de nourrir davantage les fractures politiques qui traversent le pays. Il s’agit de rappeler une exigence élémentaire de dignité publique : le respect dû aux victimes.
Car une Nation qui banalise ses morts finit par banaliser ses propres blessures. Et un pouvoir qui refuse de regarder la réalité en face s’expose inévitablement à perdre la confiance de ceux qu’il est censé servir.
Peter Kazadi appartient à une majorité politique qui exerce les responsabilités de l’État depuis huit ans. A ce titre, la gravité de la situation devrait commander davantage de retenue et de discernement. Face à une crise sécuritaire qui continue d’emporter des vies humaines et d’éprouver la cohésion nationale, l’heure n’est ni à la dérision ni aux formules provocatrices. Elle est à la vérité, à l’humilité et à l’action.
Car le drame congolais ne disparaîtra pas sous l’effet des déclarations. Il continuera de s’imposer avec toute sa brutalité tant que les causes profondes de l’insécurité ne seront pas traitées avec la rigueur, la détermination et la sincérité qu’exige une tragédie nationale de cette ampleur.
Refuser de nommer la réalité ne la transforme pas ; cela ne fait qu’accroître le sentiment d’abandon de ceux qui en subissent chaque jour les conséquences.



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