A l'image d'un feuilleton estival où les rebondissements se succèdent sans jamais résoudre l'intrigue principale, la crise qui secoue aujourd'hui l'Union sacrée met en lumière un mal plus profond que les rivalités de personnes : celui d'un déficit chronique de leadership.

La controverse née autour de la manifestation annoncée pour le 22 juillet constitue, à cet égard, un révélateur saisissant. Alors qu'André Mbata, en sa qualité de secrétaire permanent de l'Union sacrée, appelle à une mobilisation générale de la majorité présidentielle afin de faire pièce aux initiatives de l'opposition, Augustin Kabuya, secrétaire général de l'UDPS et chef politique des Forces du progrès, oppose un refus catégorique à toute perspective de contre-manifestation portée par son parti.

Au-delà de la divergence tactique, cette dissonance publique révèle une réalité autrement plus préoccupante : l'absence d'un centre décisionnel capable d'imposer une ligne politique claire et incontestée. Lorsqu'une coalition au pouvoir ne parvient plus à harmoniser les prises de position de ses principaux responsables sur une question aussi élémentaire que l'opportunité d'une mobilisation populaire, c'est toute son architecture politique qui apparaît fragilisée.

Une majorité gouvernante ne saurait prospérer durablement dans la cacophonie. Elle repose sur une discipline collective, une vision stratégique partagée et une hiérarchie des responsabilités clairement assumée. Or, les déclarations contradictoires qui se succèdent donnent l'impression d'un attelage où chaque composante revendique sa propre autonomie, sans qu'aucune autorité ne soit véritablement en mesure d'arbitrer les différends.

Cette confusion n'est pas le fruit du hasard. Elle traduit l'épuisement progressif d'une coalition dont le ciment originel relevait davantage de la convergence des intérêts que d'une véritable communauté de destin. À mesure que les échéances politiques se rapprochent et que les ambitions individuelles s'affirment, les lignes de fracture deviennent plus visibles, tandis que la solidarité proclamée cède le pas aux calculs personnels.

Le plus préoccupant réside sans doute dans l'absence de réflexion stratégique que cette séquence met en évidence. Gouverner ne consiste pas seulement à réagir aux initiatives de l'adversaire ; cela suppose d'anticiper, de coordonner et de projeter une vision susceptible de fédérer aussi bien les acteurs politiques que l'opinion publique. Lorsque les responsables d'une même majorité se contredisent publiquement, ils offrent moins le spectacle d'une pluralité démocratique que celui d'un pouvoir hésitant, incapable de parler d'une seule voix.

Cette rivalité, loin d'être anecdotique, nourrit inévitablement le doute sur la capacité de la majorité présidentielle à conduire les affaires de l'État avec la cohésion qu'exige la gravité des défis auxquels la République démocratique du Congo est confrontée. Dans un pays éprouvé par une crise sécuritaire persistante, des difficultés économiques structurelles et une profonde défiance citoyenne, les querelles d'appareil apparaissent comme un luxe que les circonstances ne permettent plus.

A force de privilégier les rapports de force internes au détriment de la cohérence politique, l'Union sacrée semble avoir perdu ce qui justifiait son existence même. Plus qu'une coalition porteuse d'un projet commun, elle donne désormais l'image d'une agrégation de sensibilités concurrentes, où les ambitions personnelles prennent progressivement le pas sur l'intérêt collectif.

Dès lors, une interrogation s'impose avec acuité : l'Union sacrée constitue-t-elle encore une véritable majorité politique ou n'est-elle plus que la coquille vide d'une alliance dont l'unité ne survit plus qu'au travers de son appellation ?

Alors qu’André Mbata appelle à une mobilisation de l’Union sacrée contre l’opposition, Augustin Kabuya, pour sa part, a rejeté toute idée de contre-manifestation de l’UDPS