Après les revers successifs essuyés par les forces gouvernementales sur plusieurs fronts, l’heure paraît être à la reconstitution des capacités opérationnelles, au redéploiement des troupes et à la consolidation d’un appareil militaire profondément éprouvé.
Mais cette stratégie pose une question que nul responsable politique ne devrait éluder : combien de fois faut-il répéter les mêmes erreurs avant d’en tirer les conséquences ?
Une armée peut être réorganisée, renforcée et redéployée. Elle peut même, à terme, reprendre certaines positions perdues. Mais aucune victoire tactique ne saurait, à elle seule, résoudre les causes profondes d’un conflit qui mêle enjeux sécuritaires, contentieux politiques, rivalités régionales et fractures communautaires.
C’est précisément là que réside le paradoxe de la situation actuelle. Alors que le dialogue semble progressivement s’imposer comme l’horizon incontournable d’une sortie de crise, l’option militaire continue d’occuper le devant de la scène. Or, lorsqu’une stratégie conduit invariablement de la débâcle à la déroute, puis de la déroute à la reconstitution précipitée des forces, l’obstination cesse d’être une vertu stratégique : elle devient une forme d’aveuglement politique.
L’histoire des conflits dans les Grands Lacs devrait pourtant enseigner une vérité élémentaire : aucune paix durable ne naît de la seule victoire des armes. Les rapports de force peuvent modifier une carte militaire ; ils ne suffisent pas à réconcilier les sociétés ni à dissiper les causes structurelles de la violence.
Le véritable courage politique ne consiste donc pas à prolonger indéfiniment une confrontation dont les limites sont désormais visibles. Il consiste à reconnaître, avec lucidité, ce que la réalité impose et à transformer les occasions de dialogue en véritables instruments de règlement.
À défaut, le cessez-le-feu ne sera qu’une suspension précaire des hostilités, une parenthèse entre deux offensives, tandis que chaque camp continuera, dans le silence des casernes et à l’ombre des déclarations diplomatiques, de préparer la prochaine bataille.
Et c’est précisément ainsi que les guerres s’éternisent : lorsque la paix est proclamée dans les discours, mais constamment ajournée dans les actes.




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