L’ambition affichée de porter cette discussion sur les antennes de la RTNC ainsi que sur plusieurs médias privés pourrait en effet apparaître comme une volonté d’élargir l’espace du dialogue public. Pourtant, derrière cette mise en scène du pluralisme, plusieurs éléments méritent une attention particulière tant ils soulèvent des interrogations sur la neutralité de l’arbitrage institutionnel et sur les véritables finalités poursuivies.
En sa qualité de président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication, Christian Bosembe est investi d’une mission fondamentale de régulation, de garantie de l’équilibre des opinions et de préservation de l’impartialité du débat public.
Or, lorsqu’il qualifie l’expression « troisième mandat » d’usage « frauduleux », il ne se contente plus d’encadrer le débat ; il en fixe d’emblée les termes idéologiques et politiques. Une telle affirmation dépasse le simple registre technique ou juridique pour s’inscrire dans le champ de l’interprétation politique.
En effet, ce que l’opposition, de nombreux acteurs de la société civile et diverses organisations considèrent comme une tentative de prolongation du pouvoir présidentiel est précisément au cœur du débat national. Dès lors, décréter que cette qualification est frauduleuse revient à délégitimer par avance une lecture pourtant défendue par une partie significative de la classe politique et de l’opinion publique.
Cette posture est d’autant plus problématique qu’elle transforme une controverse démocratique en vérité présumée acquise. Le rôle d’un arbitre institutionnel n’est pas de déterminer quelle interprétation politique doit prévaloir, mais de garantir que toutes puissent être librement confrontées dans le respect des règles républicaines. Lorsque celui qui est chargé d’assurer l’équilibre du débat adopte publiquement l’un des raisonnements en présence, le risque est grand de voir naître un sentiment de déséquilibre et de partialité susceptible d’affaiblir la crédibilité même de l’exercice annoncé.
Par ailleurs, la volonté d’encadrer plus strictement les intervenants politiques sur les plateaux de télévision soulève également une question essentielle. Si l’objectif affiché de rehausser le niveau des débats et de limiter les outrances verbales peut difficilement être contesté dans son principe, il convient néanmoins de veiller à ce que cette régulation ne devienne pas un instrument de sélection idéologique ou de restriction déguisée du pluralisme.
L’histoire politique africaine regorge d’exemples où des mesures présentées comme destinées à assainir l’espace public ont progressivement servi à réduire la diversité des opinions et à marginaliser certaines voix critiques.
En réalité, le débat sur la révision constitutionnelle ne saurait être réduit à une querelle de vocabulaire. La question fondamentale demeure celle de la finalité politique poursuivie. Derrière les discussions juridiques relatives à la rédaction d’un nouveau texte constitutionnel se profile une interrogation beaucoup plus substantielle : la réforme envisagée vise-t-elle à renforcer les institutions démocratiques ou à ouvrir la voie à une reconfiguration du pouvoir permettant à l’actuel chef de l’État de prolonger son maintien à la tête du pays ?
C’est précisément sur cette interrogation que les citoyens congolais attendent des réponses claires, transparentes et contradictoires.
Une démocratie mature ne redoute ni les débats difficiles ni les désaccords profonds. Elle ne cherche pas à neutraliser les mots qui dérangent ni à qualifier de frauduleuses les interprétations adverses. Elle repose au contraire sur la confrontation libre des idées, sur l’égalité de traitement des opinions et sur la conviction que la souveraineté populaire ne peut s’exercer pleinement que lorsque toutes les sensibilités disposent d’un accès équitable à l’espace public.
C’est à cette condition seulement que le débat constitutionnel pourra prétendre relever d’un véritable exercice démocratique plutôt que d’une simple opération de légitimation politique.




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