Les premières inspirent la confiance, consolident les alliances et donnent naissance aux grandes architectures de paix. Les secondes dissipent leur crédit à force de contradictions, d'incohérences et de revirements successifs. Elles finissent par substituer à la force tranquille de la parole d'État l'incertitude permanente d'une politique étrangère erratique, où chaque initiative semble démentir la précédente et où chaque engagement paraît frappé du sceau de la précarité.
A revisiter la succession des initiatives diplomatiques entreprises par le pouvoir de Félix Tshisekedi depuis l'ouverture des différents processus de paix, une constante s'impose avec une remarquable régularité : celle d'une diplomatie de la fluctuation permanente. Loin de dessiner une doctrine lisible ou une stratégie mûrement réfléchie, cette succession de démarches donne le sentiment d'une navigation à vue, où les médiations se succèdent sans jamais véritablement s'additionner, où les engagements semblent aussitôt relativisés qu'annoncés, et où les partenaires internationaux peinent à discerner la ligne directrice d'un pouvoir qui paraît constamment redéfinir ses priorités.
Le premier contact établi avec les représentants du M23 à Nairobi est venu surprendre certains. A peine cette séquence amorcée, une autre orientation, celle de Luanda semblait déjà prendre le relais, marginalisant les mécanismes précédemment privilégiés. Ce qui aurait pu relever d'une souplesse diplomatique s'est progressivement transformé en une impression de dispersion méthodique, chaque nouvelle initiative paraissant naître moins de l'aboutissement de la précédente que de son abandon silencieux.
Le processus conduit sous l'égide du Kenya n'a pas davantage échappé à cette logique de dépassement prématuré. Alors que Nairobi s'efforçait de fédérer les différentes composantes du dialogue régional, Kinshasa multipliait parallèlement d'autres canaux de négociation. Or une médiation ne tire son efficacité ni de la multiplication des forums ni de la prolifération des facilitateurs ; elle repose avant tout sur la confiance, la prévisibilité et la permanence des engagements.
A vouloir ouvrir simultanément plusieurs chemins sans jamais parcourir le premier jusqu'à son terme, on finit par égarer aussi bien ses partenaires que ses propres objectifs.
La médiation angolaise constitue sans doute l'illustration la plus éloquente de cette dialectique des renoncements. Alors que Luanda investissait une part considérable de son capital diplomatique afin de rapprocher Kinshasa et Kigali, d'autres initiatives continuaient d'être conduites en parallèle, donnant parfois l'impression que chaque médiateur était appelé moins à conclure un processus qu'à préparer son propre remplacement.
Une telle méthode ne fragilise pas seulement les mécanismes de paix ; elle érode également la confiance que les États médiateurs placent dans la parole de ceux qu'ils s'efforcent d'accompagner.
Après Luanda, on vit les délégations dans des discussions engagées à Doha qui n'ont fait que renforcer cette perception. Pendant que les négociations suivaient leur cours sous l'égide qatarie, la diplomatie congolaise semblait déjà explorer d'autres axes de coopération et d'autres partenariats stratégiques, notamment avec les Émirats arabes unis.
Diversifier ses partenariats internationaux procède de l'exercice légitime de la souveraineté d'un État. Encore faut-il que cette diversification s'inscrive dans une vision stratégique mûrement élaborée, fondée sur une analyse rigoureuse des rapports de force, une hiérarchisation claire des priorités et une appréciation lucide des intérêts nationaux.
Or, dans le cas de la République démocratique du Congo, les initiatives diplomatiques donnent souvent le sentiment d'obéir davantage à une logique d'improvisation qu'à une doctrine solidement construite. Les inflexions successives, les changements de cap et la multiplication de démarches parallèles traduisent moins une stratégie de diversification qu'une navigation à vue, faite de tâtonnements et d'ajustements permanents.
Une telle méthode ne manque pas de susciter l'embarras, voire la perplexité, chez les partenaires appelés à investir leur crédibilité politique dans des processus dont les contours paraissent continuellement redéfinis. Dès lors, lorsque cette diversification semble progressivement se substituer aux cadres de médiation patiemment édifiés, elle nourrit inévitablement le doute quant à la véritable hiérarchie des priorités diplomatiques de Kinshasa et altère la confiance indispensable à toute entreprise de paix durable.
Le dialogue politique intérieur paraît aujourd'hui s'inscrire dans cette même logique de réorientations successives. Après avoir longuement placé sa confiance dans la médiation du président angolais, avant de prendre ses distances avec celle conduite sous l'égide du Togo, les relations entre Luanda et Kinshasa se sont sensiblement dégradées, dans un contexte marqué par des accusations selon lesquelles les engagements souscrits n'auraient pas été pleinement respectés.
Cette séquence illustre, aux yeux de ses critiques, les limites d'une diplomatie où les cadres de médiation se succèdent sans que les précédents aient été conduits à leur terme. C'est dans ce contexte qu'intervient désormais la sollicitation du président burundais, Évariste Ndayishimiye, allié politique et militaire de Kinshasa, pour favoriser un rapprochement avec l'opposition.
Ce choix ne manque pas d'alimenter les interrogations de ceux qui contestent la neutralité d'un tel facilitateur et portent un jugement critique sur certaines alliances régionales conclues par le pouvoir congolais. Plus singulier encore est le paradoxe d'un pouvoir qui affirme rechercher un dialogue inclusif tout en semblant vouloir en définir unilatéralement le cadre, les modalités, l'agenda et les conditions de mise en œuvre.
Or, un dialogue véritable ne saurait prospérer lorsqu'il est conçu comme l'instrument d'une validation politique ; il ne trouve sa légitimité que dans l'indépendance de son cadre, l'équilibre de ses garanties et la confiance que chacune des parties est en mesure d'y placer.
Une telle inflexion soulève une interrogation fondamentale : un processus de réconciliation peut-il durablement prospérer lorsque l'une des parties entend simultanément définir les règles, choisir les arbitres et fixer les conditions du débat ?
Cette accumulation de revirements finit par dessiner les contours d'une diplomatie de l'à-peu-près, où les approximations tiennent lieu de méthode, où les effets d'annonce remplacent les résultats, où les coups d'éclat médiatiques se substituent à la patience stratégique et où le déni des responsabilités tient lieu de bilan. L'action diplomatique cesse alors d'obéir à une vision d'ensemble pour se réduire à une succession d'ajustements tactiques dictés par les circonstances immédiates.
Or la diplomatie n'est ni l'art de l'improvisation permanente ni celui des ruptures incessantes. Elle est l'école de la continuité, de la parole tenue et de la fidélité aux engagements librement consentis. Sa véritable force réside moins dans la multiplication des initiatives que dans la capacité à conduire chacune d'elles jusqu'à son aboutissement avec persévérance, constance et crédibilité.
L'histoire est, à cet égard, d'une implacable sévérité. Elle ne retient ni les annonces spectaculaires, ni les sommets à répétition, ni les médiations sans lendemain. Elle juge les États à l'aune de leur cohérence, de leur fiabilité et de leur capacité à transformer leurs engagements en réalités durables. Les processus de paix échouent rarement faute de médiateurs ; ils succombent bien plus souvent aux hésitations des dirigeants, aux reniements successifs et à l'incapacité de maintenir un cap lorsque surviennent les premières difficultés.
La question qui se pose aujourd'hui dépasse donc largement celle de l'identité du prochain facilitateur ou du prochain cadre de négociation. Elle touche à l'essence même de la crédibilité de l'État. Car aucune médiation, aussi prestigieuse soit-elle, ne saurait suppléer durablement l'absence d'une volonté politique constante. Aucune architecture diplomatique ne peut résister lorsque les engagements deviennent réversibles, lorsque les renoncements succèdent aux promesses et lorsque l'inconstance finit par être érigée en mode de gouvernement.
En diplomatie comme en politique, les nations ne sont pas durablement affaiblies par leurs adversaires ; elles le sont d'abord par leurs propres contradictions. Et lorsqu'un État donne le sentiment de renégocier sans cesse ses propres choix, il court le risque de transformer la paix, non plus en horizon stratégique, mais en perpétuel mirage diplomatique.



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