00:00:00 Nos sites KINYARWANDA ENGLISH FRANCAIS

Mode : 10 ans après son décès, le couturier Yves Saint Laurent inspire toujours

Redigé par IGIHE
Le 2 juin 2018 à 11:11

Le 1er juin 2008 le monde de la mode perdait l’un de ses maîtres. Une décennie plus tard, une exposition ouvre ses portes à Paris, afin de rendre un nouvel hommage à Yves Saint Laurent. Ce couturier qui incarnait une époque est devenu le modèle de toute une génération de créateurs.
Avant de débarquer à Paris et de commencer sa carrière en tant qu’assistant chez Christian Dior, en 1955, à l’âge de 19 ans, Yves Saint Laurent passait ses journées à Oran à dessiner. Littérature, théâtre, ballet, tout inspirait (...)

Le 1er juin 2008 le monde de la mode perdait l’un de ses maîtres. Une décennie plus tard, une exposition ouvre ses portes à Paris, afin de rendre un nouvel hommage à Yves Saint Laurent. Ce couturier qui incarnait une époque est devenu le modèle de toute une génération de créateurs.

Avant de débarquer à Paris et de commencer sa carrière en tant qu’assistant chez Christian Dior, en 1955, à l’âge de 19 ans, Yves Saint Laurent passait ses journées à Oran à dessiner. Littérature, théâtre, ballet, tout inspirait ce garçon timide qui allait devenir quelques années plus tard le maître de la mode. Ce sont ces dessins, ainsi que des photos de l’époque – certaines présentées au public pour la première fois – que le Musée Yves Saint Laurent expose à Paris jusqu’au 9 septembre.

Certains peuvent se poser la question de l’intérêt de cette énième exposition sur Saint Laurent. Après l’inauguration l’année dernière de deux musées en son honneur, à Paris et à Marrakech, la sortie de deux biopics il y a quatre ans et la vente aux enchères de ses collections d’art qui avait battu tous les records, un an après sa mort, a-t-on encore besoin de fouiller dans les archives du disparu ?

Selon Florence Muller, qui dirige le département mode du Denver art museum, Saint Laurent inspire toujours, même s’il avait quitté officiellement la mode en 2002 avec le défilé rétrospective au Centre Georges-Pompidou et que sa marque ne lui appartenait plus depuis bien longtemps. « Il a laissé un héritage à la fois stylistique et sociologique », explique celle qui a été commissaire de plusieurs expositions sur le couturier.

Côté style, il a « inventé des formules », rappelle l’historienne de la mode : « le complet costume pantalon féminisé du smoking, le trench-coat, et tout ce qu’il appelait ses fondamentaux, des modèles classiques que tout le monde retravaille indéfiniment ». Comme le caban de marin, qui a gagné ses notes de noblesse chez le conjoint de Pierre Bergé et fait fréquemment son apparition sur les podiums. La pièce a été vue chez Chloé lors de la saison automne-hiver 2015-16, chez Paco Rabanne la saison dernière ou chez Sacai un an plus tôt. « Il y a aussi ses gammes de couleur », nous rappelle l’historienne. « Il mettait ensemble des teintes qui s’entrechoquent et qui n’étaient pas complémentaires », dans une logique reprise, consciemment ou pas, par des noms comme Dries van Noten ou encore Haider Ackermann.

« Mais il a proposé aussi une nouvelle façon de concevoir la haute couture et le prêt-à-porter, dans une idée de correspondre plus étroitement à un nouveau style de vie, avec une vie beaucoup plus active pour la plupart des femmes ». Cela s’exprimait notamment par une mode plus pratique, où on oubliait le total look, en proposant de formes et des pièces interchangeables. Chose évidente aujourd’hui, mais plutôt visionnaire à l’époque.

Dans ce sens, Saint Laurent a œuvré pour une certaine démocratisation de la mode. Avec la création en 1967 de sa deuxième marque, « Saint Laurent Rive Gauche », il va surprendre avec un prêt-à-porter de luxe qui avait pour ambition de montrer qu’il était possible d’être créatif au-delà des salons de la haute couture.

Libérer la femme sans être féministe

Pour ce qui est de son héritage sociologique, on dit que Saint Laurent a aidé, comme Chanel avant lui, à libérer la femme des carcans vestimentaires. Il a notamment emprunté certains codes du vestiaire masculin, comme le smoking. En revanche, le visionnaire ne se voyait pas comme un féministe. « Il détestait le féminisme et disait toujours que ne voulait pas "transformer les femmes en suffragettes" », se souvient Florence Muller. « Dans les années 1970, il considère que le combat a déjà été mené et que les femmes peuvent passer à un stade de leur évolution beaucoup plus apaisé. Ce qui comptait pour lui c’était la séduction. Il veut une harmonie entre les sexes et il l’exprimait à travers ses vêtements, qui mélangeaient masculin et féminin », explique l’historienne.

Néanmoins, son travail est marqué par un sens constant de la provocation. Comme quand il sort, en 1969, une collection aux inspirations clairement hippies. Comble de l’ironie, il propose à une clientèle fortunée des pièces influencées par les vêtements d’une jeunesse aux antipodes de la société de consommation. Ou encore, un an plus tard, quand il présente la collection dite « Années 1940 », inspirée de la période de l’Occupation en Europe. Durement critiqué pour avoir puisé dans ce chapitre sombre de l’histoire, ce défilé a été salué bien plus tard pour avoir mis au goût du jour la mode du rétro, revisitée à l’infini par les créateurs actuellement.

L’Afrique à l’honneur

Avant-gardiste dans presque toutes ses démarches, Saint Laurent a été aussi l’un des premiers créateurs à mettre en valeur le continent africain dans la mode. Non seulement en rendant hommage à cette partie du monde dans ses collections, comme sur son défilé inspiré de l’Afrique, en 1967, mais aussi en faisant défiler des mannequins noirs sur les podiums parisiens (Fidelia, dès 1962, ou encore Katoucha, Iman et Alek Wek plus tard). Il a également multiplié les références au Maghreb sur de nombreuses collections.

Mais c’est avant tout la personnalité d’Yves Saint Laurent, adoubée par son pygmalion Pierre Bergé, qui en a fait une référence. « Contrairement à Christian Dior, qui n’était pas très beau et en avait conscience, Saint Laurent était très beau et charismatique. Il incarnait complètement l’allure des années 1960, 1970, celle d’un adolescent, avec un corps très mince, très musclé. Il a exactement l’idéal esthétique des années 1960, décennie de la jeunesse, quand les jeunes hommes ne veulent plus avoir l’allure de leurs parents. Il est l’équivalent dans la mode de Mick Jagger », résume l’historienne. Il pose ainsi nu pour son parfum Pour Homme en 1971 et devient le premier couturier vivant à qui le Metropolitan Museum de New York consacre une exposition, en 1983.

Aujourd’hui la marque Saint Laurent, qui appartient au groupe de luxe Kering, puise encore son inspiration dans les codes de la maison, sous la direction artistique du Belge Anthony Vaccarello. Mais au-delà de la griffe, les héritiers spirituels sont nombreux, tous à la recherche du mythe du créateur star, mais aussi d’un modèle de succès - en partie bâti grâce à Pierre Berger. « Je pense que les trois quarts des étudiants en mode restent fascinés par son histoire et son exemple et rêvent d’être un jour le nouveau Saint Laurent. Son histoire fascine, de même que l’histoire des Beatles ou des Rolling Stones fascine, parce que c’est une histoire absolue de réussite », conclut Florence Muller. Et le début de cette saga commence justement à Oran, avec les dessins du jeune Saint Laurent.

Exposition Yves Saint Laurent – Les dessins de jeunesse, au Musée Yves Saint Laurent Paris, du 29 mai au 9 septembre.

par rfi.fr


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité