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Mission du Conseil de Sécurité de l’ONU au Burundi : Un voyage alibi

Redigé par Jean Jacques MAKUNGU
Le 24 janvier 2016 à 07:10

Une délégation du Conseil de Sécurité de l’ONU, conduite par l’Américaine SAMANTHA Power, est arrivée à Bujumbura ce 21 janvier 2016. Elle a pour principales missions de convaincre Nkurunziza de se présenter d’une part aux pourparlers de paix prévus à Arusha sur la crise qui perdure depuis avril 2015 au Burundi, et d’autre part de permettre le déploiement des troupes de l’Union Africaine dans le pays pour y arrêter le génocide des Tutsi en cours (l’ONU refuse de le nommer !) et ramener la paix. (...)

Une délégation du Conseil de Sécurité de l’ONU, conduite par l’Américaine SAMANTHA Power, est arrivée à Bujumbura ce 21 janvier 2016. Elle a pour principales missions de convaincre Nkurunziza de se présenter d’une part aux pourparlers de paix prévus à Arusha sur la crise qui perdure depuis avril 2015 au Burundi, et d’autre part de permettre le déploiement des troupes de l’Union Africaine dans le pays pour y arrêter le génocide des Tutsi en cours (l’ONU refuse de le nommer !) et ramener la paix.

Nkurunziza n’a pas attendu que la délégation arrive pour donner ses réponses :

Pour les négociations de paix, Nkurunziza les organisent lui-même à Bujumbura, l’ingérence extérieure n’est pas autorisée. Concernant la venue de la Force Africaine, il n’en est pas question. Son porte- parole Willy NYAMITWE n’a pas mâché les mots ce 21 même, à partir de Washington où il est de passage : « le peuple a dit non, et non c’est non » !

Pour signifier à son tour le mépris qu’il réserve à SAMANTHA et à son équipe, Nkurunziza les a convoqués pour ce vendredi 22 janvier, en plein jour de travail, à se rendre aux travaux communautaires qu’il a organisé pour la circonstance, à Karuzi à plus de 160 km de Bujumbura, à une courte distance des fosses communes de la réserve naturelle de la Ruvubu.

Leur arrivée à l’aéroport de Bujumbura n’a pas été non plus de tout repos. Des milliers d’imbonerakure étaient massés le long des 12 km de route menant vers le centre-ville pour scander des slogans hostiles à la délégation. Notons que les imbonerakure hutu sont les seuls autorisés à manifester dans le pays. Les Tutsi, non seulement ils ne peuvent pas le faire, mais en plus ils doivent se cacher jour et nuit pour échapper à la chasse quotidienne dont ils sont l’objet, et au génocide qui s’en suit.

La délégation de l’ONU, exposée à tout ce ridicule, a eu ce qu’elle mérite
Monsieur Nkurunziza n’a jamais caché à toute la communauté internationale sans distinction, son intention de commettre le génocide et d’éloigner tout intrus dans cette affaire. Des entrainements et une organisation pour tuer ont été mis en place au grand jour et la communauté internationale en a été régulièrement tenue au courant. Des discours –publics - appelant au génocide ont été prononcés par Nkurunziza lui-même et par ses collaborateurs de première loge, allant jusqu’à promettre des parcelles là où les Tutsi ne seront plus. Des tueries sans nom et des viols barbares ont été massivement commis et se poursuivent contre les Tutsi dans tout le pays.

Monsieur Nkurunziza a été toujours très clair quant à son refus de négocier, considérant qu’il s’agit d’une perte de temps et d’une distraction inacceptable par rapport à ce qu’il est en train de faire. Monsieur Nkurunziza n’a-t-il pas répété, ainsi que son porte-parole NYAMITWE, à plusieurs reprises et à celui qui veut l’entendre qu’il combattra toute force étrangère qui mettra le pied sur son territoire ? Pour Nkurunziza, les choses sont claires comme un éléphant couché sur le gazon. Il a pris sa voie, il doit réaliser son rêve, celui d’exterminer les Tutsi du Burundi, et si possible... Et ce n’est ni la communauté internationale ni personne d’autre qui l’en distraira.

Alors dans ces conditions, la communauté internationale, en l’occurrence l’ONU, l’Union Africaine et les autres, ne se rend-elle pas tout simplement ridicule en venant supplier le potentat de Bujumbura de daigner se rendre à Arusha ou d’accepter quelques militaires sur le sol qu’il contrôle ? Il a dit non et c’est non ! En huant à l’aéroport la délégation du Conseil de Sécurité et en l’amenant assister ou participer aux travaux communautaires dans des contrés reculées du Burundi, Nkurunziza joue parfaitement son rôle. Il fait boire à ces missions « inutiles et importunes » la coupe de l’humiliation jusqu’à la lie. Son cynisme est au zénith et il n’a d’égal que les tortures qu’il fait subir au quotidien aux Tutsi qu’il tient si bien en otage, femmes et enfants compris.

La communauté internationale est prise dans son propre piège. D’abord en se mettant à genou devant Pierre Nkurunziza, elle aliène sa capacité à imposer les règles internationales à respecter, même celles que le Burundi a signées. Prenons l’hypothèse que Nkurunziza accepte avec le même dédain sa participation aux pourparlers ou la venue de la force africaine, il dicterait ses conditions, et la montagne n’accoucherait que d’une maigre souris. D’ailleurs, comment peut-on envisager de négocier avec celui qui est en train d’assassiner tout un peuple, qu’est-ce qu’on peut espérer en obtenir ? N’est-ce pas un aveu brouillant de faiblesse et d’impuissance ? Franchement, il y a des limites que même la diplomatie devrait se refuser de franchir !

La communauté internationale cherche, on le sait, à se ménager des alibis faute de ne pas avoir pu arrêter le carnage qu’elle a pourtant vu venir sur les villes et les villages tutsi du Burundi. C’est à cette fin qu’elle s’emploie désespérément à minimiser tout le temps les tueries qu’elle a délibérément figées à 400 ou 600 morts là où nous dénombrons aujourd’hui plus de 150 000 assassinés, sans parler des milliers de disparus que nous n’espérons pas revoir un jour et embrasser.

C’est aussi dans ce sens qu’elle se refuse contre toute évidence à reconnaître que le génocide des Tutsi du Burundi est consommé, elle s’arrête toujours sur le seuil du « risque de génocide ». Même lorsque le matin du 11 au 12 décembre 2015 le monde s’est réveillé devant l’horreur dans les quartiers tutsi de Bujumbura, les rues couvertes de centaines de cadavres par quartier, cruellement massacrés par la police de la garde présidentielle, le langage de la communauté internationale n’a pas changé, elle a continué à répéter le même refrain : « risque de génocide ».

Les voyages que de temps en temps ces instances internationales organisent, les pseudo-négociations dont la plupart des invités sont d’ailleurs des condamnés en sursis pour génocides non punis, l’annonce des troupes de paix qui n’arrivent jamais alors que la machine à tuer du pouvoir burundais ne s’arrête pas de tourner,... tout cela n’est qu’une stérile gesticulation d’une communauté internationale aux abois, destinée uniquement à lui donner bonne conscience et à se manager chacun dans son coin l’alibi qu’il a tout fait, même s’il n’a pas obtenu de résultat. Pour être juste, chacun - ou presque – a effectivement tout fait, mais personne, absolument personne, n’a fait ce qu’il fallait faire, et sciemment ! Il fallait - et il faut encore – empêcher le monstre de continuer à sévir, le mettre hors d’état de nuire. Tout le reste n’est que vaine spéculation.
Interpellée

A la Communauté internationale, au point où en sont les choses, il ne sert plus à rien de cacher quoi que ce soit. La démagogie, l’hypocrisie et le mensonge doivent cesser, ils ne vous honorent pas, ils ne nous honorent pas. Il vous est demandé seulement de reconnaître trois choses évidentes : 1° qu’un génocide a été perpétré au Burundi par le régime Nkurunziza ; 2° que les victimes de ce génocide sont les Tutsi du Burundi ; 3° que le génocide a emporté plus de 150 000 personnes. Vous aurez dit la vérité, et il ne vous est demandé que la vérité.


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