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Macron lève le secret sur les archives de la France durant le génocide des tutsi

Redigé par IGIHE
Le 6 avril 2019 à 12:02

La nomination par le Président français Emmanuel Macron d’une équipe de chercheurs et d’historiens chargée d’examiner les archives des actions de la France au Rwanda lors du génocide de 1994 contre les Tutsi a été accueillie avec des réactions mitigées.

D’un côté, il est appréciable que le Gouvernement français ait voulu éclaircir son rôle dans le génocide, mais d’un autre côté, on s’inquiète du fait que nombreux experts rwandais n’ont pas été inclus dans la commission.

Macron a nommé vendredi un groupe d’experts chargé d’enquêter sur les actions de la France au Rwanda pendant le génocide, il y a 25 ans, lesquelles avaient gelées les relations entre le Rwanda et la France depuis la fin du génocide en 1994.

La présidence française a déclaré dans un communiqué que la commission de huit chercheurs et historiens "sera chargée de consulter toutes les archives françaises concernant le génocide" afin "de dégager le rôle et l’engagement de la France pendant cette période", de 1990 à 1994.

Sous la direction du Professeur Vincent Duclert, les chercheurs aideront à rassembler le matériel historique nécessaire à la compréhension du rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi en 1994, a annoncé la présidence française.
La commission doit soumettre son rapport dans un délai de deux ans, avec un rapport intermédiaire de ses travaux qui sera être soumis au bout d’un an.

Outre Vincent Duclert qui dirige la commission, sont également membres Julie D’Andurain, Isabelle Ernot, Sylvie Humbert, Raymond H. Kevorkian, Erik Langlinay, Françoise Thébaud, Christian Vigouroux et Annette Wieviorka.

Pour Alice Urusaro Karekezi, chercheuse et chargée de cours au Centre pour la gestion des conflits (CCM) de l’Université du Rwanda, le constat le plus regrettable est que la Commission ne compte aucun des membres ne soit un expert reconnu par le Rwanda.

« Le chef d’équipe a chosi des experts dans toutes les affaires de violence de masse, à l’exception de celle du génocide contre les Tutsis. Nous serions trop optimistes d’attendre beaucoup de cette initiative », a-t-elle déclaré à Saturday Times.

La chercheuse a expliqué qu’il n’existait aucune limite à ce que Macron, en sa qualité de Président de la République, puisse dépasser le statu quo et révéler le passé infâme de la France en ce qui concerne le génocide contre les Tutsi.

« Si, en tant qu’individu, il souhaite que justice soit rendue, il a des priorités, en tant que Président francais, qui peuvent entrer en conflit avec ceux du Rwanda. ». Il veut en effet être réélu. Peut-il vraiment ouvrir une autre ligne de front ? »s’est demandée Karekezi.

Elle s’est également inquiétée du fait qu’un grand nombre d’archives, celles de l’ancien Président français François Mitterrand, ne puissent être consultées.
"Il est également à noter que les archives du Président Mitterand ne peuvent être ouvertes que si la Dame à qui il a confié le mandat de les ouvrir, pendant qu’il etait Président, le permet," a déclaré Karekezi.

Le journaliste rwandais spécialiste sur le génocide, Tom Ndahiro, se méfie également de l’équipe mise en place par Macron.
« Aucun de ces membres de la commission n’a travaillé sur le génocide contre les Tutsis. Je soupçonne une dissimulation, mais attendons et voyons », a-t-il déclaré vendredi.

Alain Gauthier, Président du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR), partage les mêmes inquiétudes.
"C’est une bonne idée de former la commission, mais ce qui est discutable, c’est que ceux qui ont suivi de près l’histoire du Rwanda au fil des ans ont été exclus", at-il déclaré vendredi 5 avril 2019.

Il a dit espérer que la commission aura accès à toutes les archives, en particulier celles qui sont sous la garde du Ministère de l’Intérieur français, ajoutant qu’il est déplorable que les archives conservées par le gardien désigné par Mitterand ne puissent être accessibles.
"Nous espérons que la commission pourra commencer à travailler et qu’elle sera suffisamment vigilante pour pouvoir retrouver toutes les archives", a-t-il déclaré.

Comme beaucoup d’autres experts, Gauthier se félicite de l’annonce faite par Macron mais reproche à l’équipe d’exclure de nombreux experts de l’histoire du Rwanda et du génocide de 1994 contre les Tutsi en particulier.

« Je regrette que certaines des personnes qui ont déjà travaillé sur le génocide au Rwanda aient été exclues », a-t-il déclaré.
Selon des analystes, parmi les experts français qui n’ont pas été nommés dans l’équipe alors qu’ils sont des experts reconnus du Rwanda, figurent notamment des personnalités telles que Stéphane Audoin-Rouzeau, Hélène Dumas et Jean-Pierre Chrétien.


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