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Le génocide de 2015-2016 des tutsi du Burundi : Auteurs, coauteurs, complices

Redigé par Jean Louis MAJANA
Le 18 avril 2016 à 10:15

Le calvaire des Tutsi du Burundi se poursuit depuis le déclenchement du génocide proprement dit il y a près d’une année, par le pouvoir de Bujumbura, qui a pris le pays à la gorge et qui ne lâche pas prise. Certes des tueries de Tutsi avaient eu lieu durant les dix précédentes années de règne du CNDD-FDD, parti au pouvoir du potentat illuminé et faussement mystique NKURUZIZA.
Les victimes étaient systématiquement accusées d’appartenir à l’opposition, pour la plupart au MSD, car déjà à l’époque, ne pas (...)

Le calvaire des Tutsi du Burundi se poursuit depuis le déclenchement du génocide proprement dit il y a près d’une année, par le pouvoir de Bujumbura, qui a pris le pays à la gorge et qui ne lâche pas prise. Certes des tueries de Tutsi avaient eu lieu durant les dix précédentes années de règne du CNDD-FDD, parti au pouvoir du potentat illuminé et faussement mystique NKURUZIZA.

Les victimes étaient systématiquement accusées d’appartenir à l’opposition, pour la plupart au MSD, car déjà à l’époque, ne pas être du CNDD-FDD était passible d’exécution extra-judiciaire.

Les familles avaient pleuré les leurs en s’en cachant, en cachant le deuil et en se taisant, tout regret ostentatoire exposant les survivants et les sympathisants au même sort, sans distinction entre les jeunes et les vieillards, entre les mères et les bébés. Les imbonerakure veillaient, et il suffisait d’une grenade ou deux lancées par ces jeunes hutu enragés, endoctrinés au génocide et bien entraînés au maniement des armes, pour régler le compte à tout un foyer.

Jusqu’en avril 2015, les tueries étaient ainsi circonscrites. Il s’agissait, comme nous l’a fièrement signifié Monsieur Fidèle NSENGIYUMVA, un des membres influent du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, d’éliminer les obstacles. A cette date, tout était fin prêt, le coup d’envoi des tueries de masse, cette fois dirigées exclusivement contre les Tutsi, fut donné le 26 avril, le prétexte ayant été la contestation populaire du plébiscite, par la frange dure du parti, de Pierre NKURUNZIZA au 3ème mandat manifestement illégal, anti-constitutionnel et anti-accord d’Arusha.

Tous les extrémistes ethnocentristes du parti au pouvoir et des autres partis ethniquement rangés, les miliciens génocidaires imbonerakure et interahamwe, les mercenaires recrutés avec la facilitation et le concours des chefs d’Etat de la même appartenance - ceux que Monsieur TRUMP, candidat aux présidentielles américaines de 2016 a qualifié d’ « hyènes » pour leur manque de patriotisme et d’humanité - ont été mobilisés pour participer à la campagne de génocide des Tutsi du Burundi.

Pour briser les reins à la résistance, les premiers efforts ont été concentrés sur les jeunes Tutsi entre 13 et 40 ans. Pendant plus de 10 mois, ils étaient froidement massacrés et empoisonnés par centaines et par jour, après avoir été effroyablement torturés, les cadavres défigurés jetés dans des fosses communes qui se comptent aujourd’hui par centaines un peu partout dans le pays. Ils s’en sont pris en même temps aux filles et aux femmes Tutsies. Des enfants en bas âge ; 4 ans et parfois moins, ont été d’abord violées, puis torturées et assassinées.

Le tour des femmes et des vieillards
Le génocide bat son plein depuis une année et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Il ne reste plus de jeunes Tutsi dans le pays. La plupart d’entre eux ont été exterminés. Quelques-uns seulement ont pu fuir à l’étranger. Le pouvoir cherche maintenant à s’en prendre aux vieillards et aux femmes, qui sont accusés de cacher chez eux des jeunes et des armes. Le prétexte est fallacieux, mais il tiendra, puisqu’il ne sera pas contredit.

Les exécutions ont déjà commencé, loin des caméras et des regards du monde et dans un silence de cimetière. Cette catégorie de gens, tous vulnérables, n’auront pas de force pour fuir, même pas pour crier. Tout se passera et se terminera sans un quelconque bruit, sans un seul témoin. A ce jour, plus de 250 000 victimes Tutsi ont été tués, dans des conditions effroyables.
Et que fait la communauté internationale devant cette scène de désolation qu’elle connaît parfaitement bien pour en avoir été régulièrement informée, particulièrement l’ONU, l’UA, l’EAC, l’UE, les USA et les premiers impliqués que sont la France et la Belgique, depuis plus de deux ans, par les premiers citoyens burundais qui avaient vu venir le déluge ?

Pour répondre à cette question, il convient d’établir une distinction au sein de la nébuleuse communauté internationale entre les pays qui participent directement au génocide par imbonerakure / interahamwe interposés, et ceux qui font des Tutsi d’Afrique Centrale une monnaie d’échange, contre d’autres intérêts dans la région ou ailleurs.

La France contre une intervention efficace et finance la guerre
La France finance la guerre et oppose une obstruction diplomatique à toute initiative visant à arrêter le génocide et à neutraliser les auteurs, notamment l’intervention d’une force de paix de l’ONU ou de l’UA, dont pourtant tous les experts avaient montré en temps voulu la nécessité et l’urgence.

Maintenant que le génocide est entièrement consommé, la France s’emploie à cacher la réalité et l’étendue du drame en prenant les devants pour proposer - en tout et pour tout - une unité de 100 personnes qui d’après elle, la France, sont suffisantes pour arrêter les tueries du régime et de ses milices - car c’est des tueries qu’il s’agit ! - sur tout le territoire du Burundi.

100 policiers internationaux, et de préférence désarmés. En clair, ils devraient eux-mêmes être mis sous la protection du pouvoir génocidaire de Bujumbura, celui-là même qu’ils sont censé avoir pour mission de neutraliser !!! A moins que la France n’y voit un groupe d’appui venu aider le régime à accélérer et à terminer le génocide en cours. Cela n’est pas impossible non plus !

C’est également pour des contrats de pillage et de prédation des richesses du Burundi que la Russie (minerais et vente d’armes) et la Chine (pétrole et vente de machettes de 3ème génération utilisées dans le génocide de 2015) ont pris position en faveur de la perpétration d’un génocide flagrant.

Reste les autres grandes puissances comme l’Europe catholique, les USA, le Royaume Uni, le Canada. Commençons par les pays catholiques d’Europe qui, en dépit des apparences de diversité, sont en harmonie parfaite sur le fond et sur la forme de l’extermination des Tutsi du Burundi, et dans le collimateur ceux du Rwanda.

La France prend ouvertement la conduite des opérations ; le Vatican poursuit, comme à son habitude et selon la traditionnelle méthode de la nébuleuse IDC, l’action d’endormissement et de distraction des victimes, et fait en même temps le mort devant les monstrueuses exactions commises quotidiennement par leurs protégés au pouvoir à Bujumbura.

Même lorsque les 3 religieuses italiennes ont été horriblement massacrées à Kamenge (Bujumbura) par les oligarques de Bujumbura, au seul motif qu’elles avaient été mises au courant par le hasard de leur profession, des entrainements des milices imbonerakure à l’Est du Congo, ni l’Italie ni le Vatican ni l’Union Européenne, dont elles étaient les ressortissantes, n’ont formulé la moindre plainte ni aucune indignation contre les auteurs pourtant bien connus d’eux.

Pour le moment, ce que cherche prioritairement l’Union Européenne, qui met en avant la Belgique pour cela, est que pour les mêmes raisons, les Tutsi ne reviennent pas au pouvoir au Burundi. C’est dans ce sens que la Belgique s’est précipitée, lorsqu’il était question d’envoyer des contingents de l’ONU, pour annoncer sa disponibilité à participer à la mission, en insistant sur l’intangibilité de l’Accord d’Arusha, autrement dit un système électoral excluant de fait les Tutsi de la compétition à l’exercice du pouvoir du sommet à la base des institutions.

Le Canada a également proposé rapidement ses services aux côtés des forces onusiennes envisagées pendant un moment il y a environ deux mois. Contrairement à ce que certains ont avancé, ce n’est pas que le gentil TRUDO éprouvait une compassion particulière à l’égard des jeunes Tutsi émasculés sans anesthésie et égorgés au couteau de boucherie au-dessus des fosses communes où ils sont finalement jetés et enfouis.

Non, la préoccupation du Premier Ministre Canadien est ailleurs. Il veut que les compagnies canadiennes qui exploitent dans l’illégalité et la clandestinité les gisements aurifères de Butihinda (nord-est du Burundi) ne soient pas supplantées par les Sud-Africains qui arrivent avec tant de boulimie, et surtout pas par les Russes dont l’intrusion sur le même terrain et dans la même zone bouscule les intérêts canadiens et occidentaux.

L’attitude on ne peut plus ambigüe des Américains face à la tuerie organisée des Tutsi du Burundi mérite également une explication. Le gouvernement américain a fait preuve d’une complaisance remarquée depuis que l’oligarchie au pouvoir à Bujumbura sème la terreur dans le pays. Les assassinats d’opposants ou supposés tels, les viols sélectifs restés impunis des enfants, des écolières et des femmes tutsies partout dans le pays, la confiscation des terres des familles Tutsi sans la moindre référence aux lois de la République, la corruption érigée en règle de gouvernement et dirigée subtilement contre les Tutsi et contre leur business, la destruction méthodique de l’activité à la fois culturelle et économique d’élevage du bétail chez les Tutsi, les tracasseries administratives diverses, etc. n’ont à aucun moment suscité l’indignation exprimée des autorités de Washington malgré la violation répétée de la loi burundaise en général et des droits élémentaires de l’homme en particulier.

Le paroxysme du génocide des Tutsi burundais de 2015-2016 n’a pas non plus été dénoncé. Les étudiants Tutsi pourchassés par les imbonerakure/interahamwe, qui étaient arrivés en détresse à l’ambassade des Etats-Unis à Bujumbura, n’y ont obtenu aucun secours et sont allés mourir assassinés dans leurs villages et quartiers d’origine. Le gouvernement américain n’a pas caché son soutien au régime de Bujumbura – et à la France surtout – lorsqu’il a accusé sans aucune preuve sérieuse le Rwanda d’avoir entraîné des jeunes opposants et Tutsi.

Ce qui s’est avéré, comme il se devait, totalement faux lorsqu’un jeune rwandais, un repris de justice a été utilisé dans un montage semblable et aussi grotesque pour accuser les dirigeants de Kigali d’espionnage et de préparation d’attaques contre le Burundi.

Un mutisme impérial devant la terrifiante barbarie des sanguinaires imbonerakure contre les Tutsi caractérise le régime américain. Après des mois d’exécution sommaire des jeunes Tutsi, de tortures horribles et de décapitation, d’émasculation, d’empalement des femmes, d’empoisonnement forcé des détenus Tutsi, d’entassement des corps dans des charniers, d’incendies volontaires des habitations des Tutsi et de leurs effets, de charcutage des corps pour de copieux repas dans les restaurants « spécialisés » de la capitale et probablement dans les auberges du reste du pays, la préoccupation des américains est resté « la stabilité du pouvoir de Bujumbura ! » qu’il fallait protéger contre le Rwanda !!!

Et que dire du récent vrai-faux désaccord affiché au sein du Conseil de Sécurité entre les USA et la France sur les effectifs de la force de protection des civils envisagée pour le Burundi ?

Outre que cette force ne sera pas constituée pour raison d’inutilité, le génocide ayant été entièrement consommé et les Tutsi ayant été décimés, l’apparent désaccord entre les deux puissances n’est selon moi qu’un jeu subtil destiné à rouler les Tutsi dans la farine, en leur faisant croire que les Américains sont avec eux, à partir d’un débat stérile et d’un simple point de vue « finalement non retenu ».

Sinon comment une position aussi absurde de l’envoi de 20 ou 100 policiers, armés ou pas, peut-elle neutraliser et même triompher sur celle de la constitution d’un effectif suffisant et correctement équipé pour faire face de manière efficace à la tragédie burundaise aux multiples ramifications ? Il y a sans doute, derrière cette affaire, une solidarité entre puissances occidentales de l’OTAN, et un respect réglé des zones de domination.

Le Royaume Uni est en plein dans cette manœuvre. C’est en effet le pays membre du Conseil de Sécurité qui a le plus alerté sur la gravité de la situation au Burundi et sur la nécessité de prendre des mesures énergiques pour arrêter le carnage. Mais ses propositions n’ont jamais été suivies d’effet.

Le Royaume Uni est-il sincère ou a-t-il été désigné pour jouer en cas de besoin les pompiers et sauver aux côtés de la Belgique les intérêts de l’Union et de l’Occident que la France pourrait mettre en péril en cherchant par nécessité compréhensible à servir les siens propres ? Attendons voir, mais au regard de la complexité des choses, l’avenir pourrait ne pas nous le dire.


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