Urgent

Le Colonel Michel Rukunda a.k.a Makanika : Quels seraient les mobiles de sa défection des Forces Armées de la RDC ?

Redigé par Alain Rumenge
Le 20 janvier 2020 à 03:15

A la Une des informations ayant circulée la semaine dernière dans les médias congolais et autres de la région, il était fait état de la défection des Forces Armées de la République Démocratique du Congo [FARDC] d’un colonel du nom de Rukunda Michel alias Makanika.

Ces spéculations à la fois hâtives et tendancieuses sur les raisons de cette énième désertion de ce colonel constituent l’objet des plusieurs polémiques. En tant qu’originaire de la province du Sud-Kivu, plus exactement dans les Hauts plateaux d’Itombwe, en ma qualité d’intellectuel analyste et apolitique ayant suivi de près depuis plus de 20 ans, les causes et cheminements des différentes guerres qui se sont succédées dans la RDC et la géopolitique de la région des Grands Lacs africains, nous pouvons tenter de comprendre la désertion de ce colonel et ce qui l’a motivé.

Qui est Michel Rukunda ?
Michel Rukunda est un Munyamulenge né en 1974 dans les Hauts Plateaux d’Itombwe, dans une famille des éleveurs-cultivateurs habitant le territoire de Fizi à Minembwe où il a fait ses études primaires et secondaires. Vers 1994-95 il se fait enrôler au sein de l’Armée Patriotique Rwandaise [APR] durant les préparatifs de la guerre de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Zaïre [AFDL]. Sa singularité en matière de dextérité manuelle lui aurait valu le surnom de« Makanika », qui signifie mécanicien en français.

Le Colonel Rukunda Michel Makanika
En 1999, lors de Congo II, la deuxième guerre de la République Démocratique du Congo, il entre en dissidence pour rejoindre les Forces Républicaines Fédéralistes [FRF] qui s’opposaient au Rassemblement Congolais pour la Démocratie [RCD] de Wamba –Dia – Wamba et d’AzariasRuberwa pour guerroyer dans son fief natal suite à l’insatisfaction due aux discriminations que sa communauté continuait à subir. En 2003, suite à une brouille avec son commandant Masunzu Pacifique pour avoir retourné les armes contre ses compagnons, il se mutina de nouveau et refusa l’intégration négociée dans l’armée régulière de plusieurs rébellions et milices après les accords de Sun-City. Il sera rejoint par ses frères d’armes dit « groupe de 47 » sous le commandement du colonel Bisogo Venant. Ils vont codiriger et renforcer le mouvement de résistance et d’auto-défense dit « Gumino ».

En 2011 suite à de nouvelles négociations, le groupe Gumino est intégré dans les FARDC, jusqu’à sa nouvelle et récente défection. Une petite faction de moins de 50 soldats de ce mouvement de Gumino est restée dans les maquis des Hauts plateaux sous le commandement de Nyamusaraba Shyaka autoproclamé colonel.

Que seraient-ils donc les mobiles de sa nouvelle défection ?
Depuis l’indépendance de la RDC en 1960 en passant par l’époque du Mobutisme jusqu’à ce jour, les militaires de métier subissent un régime peu envié. Ils sont payés en monnaie de singe. Il est connu qu’ils reçoivent leurs soldes avec de grands retards suite à la corruption généralisée qui gangrène le pays depuis des lustres. Sous la direction du nouveau président de la République, Félix Tschisekedi Tshilombo, des signes positifs commencent à se faire timidement sentir. Mais les citoyens congolais ont toujours dans leur conscience collective le fait que dans un proche passé, un commandant d’unité se mutinait avec ses soldats pour réclamer l’élévation de leurs grades.

Du jour au lendemain, ils se constituaient contrebandiers de minerais la nuit et pour rentrer dans les casernes au petit matin. Le rançonnement des civils était leur quotidienneté. Ceci en toute impunité. Déjà à l’époque de Mobutu, ils avent un dicton disant en lingala que « Sivile bilangaya soda » c’est – à – dire « les civils sont les champs de récolte des soldats ». Ceci a fini pour être une sorte d’institutionnalisation du rançonnement des civils, transformation du principe étatique qui veut que les militaires soient payés en levant eux-mêmes des taxes sur de paisibles civils.

Bien que le Colonel Makanika soit seul capable d’expliciter sa décision, nous nous faisons une hypothèse somme toute banale, mais beaucoup plausible -nous le croyons-, que les soubassements de ses multiples défections ne sont pas à chercher ailleurs que dans les discriminations et meurtrissures inhérentes que sa communauté ne cesse de subir depuis longtemps. Il est de notoriété publique que les Banyamulenge ont été meurtris depuis plusieurs décennies comme tous les Tutsis de la région des Grands Lacs africains. Ils ont, à chaque fois, survécu aux assauts des tribus voisines grâce à leur bravoure en organisant leur autodéfense.

En effet, les mobiles de ses multiples défections avancées par ces médias comme nous l’avons susmentionné, sont assez contradictoires, évidemment spéculatives, invraisemblables voire même imaginaires. Des mauvaises langues accusent ce colonel dissident d’être au service du Rwanda. D’autres vont jusqu’à l’incriminer de s’être mutiné pour soutenir les troupes du P5 qui seraient à Bijabo sous le commandement du Colonel Nyamusaraba.

Quelles sont les motivations d’une dissidence
De prime à bord, sans avoir la prétention de répondre à tous les soupçons de ses détracteurs ou de ceux dont sa défection a questionné ou chagriné, disons que Makanika ne peut pas avoir déserté les Forces Armées de la de République Démocratique du Congo (FARDC) pour s’allier au Rwanda Defense Force (RDF) afin de faire coalition pour balkaniser la RDC pour la simple raison, d’abord, que les deux armées sont aujourd’hui dans une période de lune de miel, dirais-je. Un bon mariage ayant enfanté des gros bébés jumeaux d’intérêts à la fois sécuritaires et économiques pour les populations des deux pays. Personne d’entre-deux n’a besoin de torpiller cette union sacrée.

Au contraire, l’aventurier qui oserait le faire peut s’attirer des frappes foudroyantes de Kigali et Kinshasa. De plus, si bien même, – je dis bien si et seulement si – le Rwanda aurait la balkanisation dans son agenda, Rukunda n’est pas un gros poisson dans la communauté des Banyamulenge sur qui il miserait pour ce faire. Il y a beaucoup des généraux dans la communauté des Banyamulenge comme dans d’autres ethnies de la RDC, qui par ailleurs, ont longtemps travaillés avec l’APR/Armée Patriotique Rwandaise devenue FRD à l’époque de l’AFDL que du RCD capables de drainer derrière eux beaucoup de monde plus qu’un colonel fantassin.

Secundo, son alliance supposée au P5 n’est qu’une autre mystification de mauvais aloi. Car, au début de l’année passée 2019, plus précisément en mars, Makanika s’était rendu dans les hauts plateaux de Mulenge en missions officielles des FARDC pour aller persuader ses frères restés dans le mouvement Gumino qui se sont retirés dans la forêt de Bijabo. Makanika avait réussi à convaincre l’un de leur commandement à l’occurrence Semahurungure Mugaza André qui s’était reconvertit « Twirwaneho  », mort malheureusement de suite des blessures de guerre. Leur commandant Nyamusaraba avait refusé cette offre des bons offices, pour la simple raison dit-on, qu’il était de mèche avec les milices étrangères. Mais celles-ci se seraient volatilisées dans la nature depuis Mai 2019 !

Ainsi donc, posons la question de savoir comment se fait-il que celui dont l’État-major de FARDC avait fait confiance pour les inciter à quitter la forêt de Bijombo, de rentrer dans les rangs et de laisser tomber leur alliance contre nature, puisse s’allier avec eux afin de devenir milicien et laisser choir son grade de Colonel ?

Proteger sa tribu Banyamulenge
Rukunda est assurément seul responsable de ses ukases. Toutefois, ceux qui le connaissent très bien, lui pretent les intentions d’être un type à tempérament calme, mais dont le caractère « révolté » se manifeste à la moindre ségrégation ethnique. Sa révolte n’aurait qu’un seul et unique fondement, et que ses nombreuses défections ne sont dues qu’au seul mobile, encore simple soldat, il osait dire non à ses supérieurs pour le même et seul motif.

En effet, faisant une analyse plus ou moins profonde de ses désertions de l’armée, depuis l’époque de l’AFDL jusqu’à son dernier mystérieux départ des FARDC « il est sûr et certain que le Colonel chérisse l’enclos familial que sont les Hauts Plateaux de Minembwe » et ses parents, frères et sœurs qui ne sont pas protégés comme il faut par les forces de sécurité officielles congolaises. Il semble qu’en cas de tranquillité et de paix, sans que ses parents soient invectivés et que personnes ne dérange leurs troupeaux paissant ou ruminant l’herbe naturelle de son Mulenge natal, le colonel n’égratignerait personne et n’écraserait même pas une fourmi noire passante. Ceci est évident car, laisser les villas climatisées de Kinshasa et les milliers de dollars de contrebandiers du Coltan et de la cassitérite de Walikale, pour aller humer la bouse des vaches et boire son lait frais ne peut qu’être l’apanage d’un enfant du sérail. A chacun son Honolulu.

De plus, comment voulez-vous que les rebelles Mai-Mai soutenus par les milices étrangères et d’une façon ou d’une autre par les FARDC puissent razzier plus de 125.000 têtes de bovins du cheptel et qu’ils brûlent plus 200 villages des Banyamulenge et que ces derniers se retrouvent dans les forêts pendant cette saison pluvieuse, laissés à la merci des fauves et des reptiles sangsues et qu’un militaire de son rang puisse rester loyal à une telle armée ?

Ainsi, les autorités politiques de la RDC ont l’obligation morale et civique de refondre l’armée pour la rendre républicaine. Ils doivent user de toutes les prérogatives que leur confère la constitution de la nation pour instaurer un état de droit dans tous les coins du pays, autrement le pays continuera à s’enliser dans un désordre indescriptible où tout évènement si minime soit-il pourrait se constituer en syndrome de Sarajevo.

par Rumenge Nt.Alain MaîtreÈs Sciences Enseignant d’Université
Militants de Lutte pour le droit de l’Homme en Afrique centrale et de l’Est (LDH/ACE)


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité