Assis dans son salon, un livre entre les mains, Aziz paraît serein. Il lit 'The New Song', un ouvrage dont il est l’auteur. À ses côtés, son épouse s’occupe de leur nouvelle vie au Rwanda. Aziz, lui, apprend le kinyarwanda, investit dans l’immobilier et soutient l’éducation d’enfants.
Né dans le Bronx le 27 juin 1938, Aziz grandit dans la pauvreté et développe très tôt le goût de la lecture grâce aux encyclopédies rapportées par son beau-père. À 17 ans, déjà père, il rejoint la marine américaine, avec l’objectif de « sortir du ghetto ».
Au début des années 1960, il adhère à la Nation of Islam et fréquente une mosquée de New York où Malcolm X est imam. « J’étais autour de lui, mais je ne le connaissais pas », précise-t-il.
Le 21 février 1965, Malcolm X est assassiné à l’Audubon Ballroom, à Manhattan. Aziz est arrêté avec Talmadge Hayer et Khalil Islam. Il affirme avoir été battu par la police et disposer d’un alibi ignoré par les enquêteurs.
Au procès, Hayer reconnaît sa participation à l’assassinat et affirme qu’Aziz et Islam n’y ont pas pris part. Malgré ce témoignage, Aziz, alors connu sous le nom de Norman 3X Butler, est condamné en 1966 à la prison à vie. Il a 27 ans.
« La parole des Noirs ne compte pas », affirme-t-il aujourd’hui, ajoutant que le FBI savait, selon lui, qu’il était innocent et disposait d’agents présents dans la salle.
Pendant ses 20 années de détention, Aziz se consacre à la lecture, à l’autoformation et à la défense des prisonniers. Il devient le premier président d’un comité chargé de leurs plaintes.
Mais son absence détruit sa vie familiale. Ses quatre fils grandissent sans lui et son épouse meurt par la suite. Libéré sous condition en 1985, il retrouve des enfants désormais adultes.
« Cela a détruit ma famille. J’étais un étranger pour eux », dit-il, tout en reprochant également à la Nation of Islam de ne pas avoir pris soin de sa famille.

Une condamnation annulée après 55 ans
L’affaire ressurgit en 2020 avec le documentaire Netflix Who Killed Malcolm X?. Le parquet de Manhattan rouvre le dossier et examine des milliers de pages provenant notamment du FBI et de la police de New York. Des éléments jamais transmis à la défense sont alors identifiés.
En novembre 2021, un juge annule les condamnations d’Aziz et de Khalil Islam. Islam, mort en 2009, ne connaîtra jamais son innocence officiellement reconnue.
Aziz obtient ensuite plusieurs millions de dollars d’indemnisation de l’État et de la ville de New York. Mais il ne considère pas cette compensation comme une véritable justice.
« Je ne pense pas en termes de justice. Je pense simplement à la liberté de faire maintenant ce que je veux », explique-t-il.
Après des années passées aux États-Unis, Aziz cherche un pays où recommencer sa vie. Il étudie plusieurs destinations en Amérique du Sud, en Amérique centrale, dans les Caraïbes et en Afrique avant de s’intéresser au Rwanda.
Il dit avoir été particulièrement attiré par le leadership du Président Paul Kagame.
Son épouse, elle, ne connaît d’abord du Rwanda que le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Elle se renseigne avec sa famille sur le Rwanda actuel. Leur conclusion est rassurante : « C’est un bon endroit où aller. »
Le couple s’installe à Kigali en 2023, avec l’ambition de construire plutôt que simplement de prendre sa retraite.

7,5 millions de dollars investis
Aziz et son épouse ont investi environ 7,5 millions de dollars dans l’immobilier au Rwanda, notamment dans des logements, des bâtiments commerciaux et des propriétés au bord du lac.
Leurs projets comprennent Seed Apartments, un complexe de 18 logements à Kimihurura géré par Misteph Real Estate, ainsi qu’une propriété appelée White House, près du Kigali Convention Centre.
Aziz affirme que leurs investissements ont déjà bénéficié à des centaines de personnes et souhaite poursuivre cette dynamique.
Le couple s’engage également dans l’éducation. Convaincus que « l’éducation est un moyen de sortir de la pauvreté », ils prennent en charge les frais scolaires d’enfants d’un village voisin : 30 élèves la première année, 100 la suivante, puis davantage.
Avec trois jeunes partenaires rwandais, ils ont aussi lancé une entreprise produisant des puzzles éducatifs et des jeux de cartes destinés à apprendre aux enfants l’histoire et la culture africaines. Les bénéfices sont en partie réinvestis dans la communauté.
« Les enfants apprennent mieux lorsqu’ils jouent », explique Aziz.
Le couple soutient par ailleurs des initiatives environnementales comme "Kwita Izina", la cérémonie annuelle de baptême des gorilles.

« Je ne partirai pas »
La famille apprend désormais le kinyarwanda, avec des cours trois fois par semaine. Aziz reconnaît la complexité de la langue et souhaite davantage d’immersion.
Son épouse dit apprécier la tranquillité, la convivialité et le sentiment de sécurité qu’elle associe à la vie à Kigali. Le couple cite également le promoteur immobilier rwandais Stephen Milindi parmi les personnes qui les ont aidés à s’installer.
Ils ont demandé la nationalité rwandaise et espèrent devenir citoyens du pays qu’ils considèrent désormais comme leur maison.
Après 20 ans de prison, une famille brisée et plus d’un demi-siècle à attendre l’annulation de sa condamnation, Muhammad Aziz semble avoir trouvé au Rwanda un nouveau départ.
« Je suis ici. Je ne partirai pas », affirme-t-il.




















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