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L’armée, arbitre de la crise politique au Venezuela ?

Redigé par IGIHE
Le 24 janvier 2019 à 06:49

Journée historique hier, mercredi 23 janvier, au Venezuela où des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à l’appel du président du Parlement, Juan Guaido, pour manifester contre le régime de Nicolas Maduro. Juan Guaido s’est autoproclamé « président par intérim » et a aussitôt été reconnu par une partie importante des voisins latino-américains et par les Etats-Unis. Un coup de tonnerre qui annonce de nouvelles secousses dans la crise politique vénézuélienne. Les regards se portent désormais sur l’armée, qui apparaît comme un potentiel arbitre.

L’effervescence de la manifestation réussie de l’opposition, mercredi 23 janvier, est retombée. L’autoproclamation de Juan Guaido comme président par intérim et la réaction de Nicolas Maduro quelques heures plus tard ont été suivies par des heurts entre manifestants et forces de l’ordre, rapporte Benjamin Delille, notre correspondant à Caracas. C’était le cas dans la capitale mais des scènes de violences ont été répertoriées partout au Venezuela et se sont poursuivies jusque tard dans la soirée.

Nicolas Maduro a appelé, de son côté, à resserrer les rangs contre ce qu’il qualifie de « coup d’Etat ». Le tribunal suprême de justice, proche du pouvoir chaviste, a ordonné au bureau du procureur général d’ouvrir une enquête criminelle contre l’ensemble des élus d’opposition de l’Assemblée nationale pour usurpation de la fonction présidentielle. Selon plusieurs médias vénézuéliens, un mandat d’arrêt aurait été émis à l’encontre de Juan Guaido. Une information pas encore confirmée par les autorités. Ensuite, le régime tente de mobiliser ses sympathisants : Diosdado Cabello, numéro deux du Parti socialiste, a appelé la population à une veillée pour défendre le palais présidentiel. Cet appel n’a apparemment pas été suivi. Les alentours de Miraflores étaient déserts cette nuit.

Les militaires s’affirment comme les arbitres de la crise politique

Désormais, le pays a deux présidents qui ne se reconnaissent pas. Le Venezuela s’engage sur une voie qui suscite autant d’espoirs que d’inquiétudes. L’espoir pour l’opposition de voir Nicolas Maduro partir, et l’inquiétude que ce départ passe par des affrontements violents avec les forces de l’ordre lors des manifestations qui s’annoncent. Espoir en face pour les chavistes d’arriver à s’en sortir grâce au soutien apparemment indéfectible de l’armée, avec l’inquiétude aussi que celle-ci ne finisse par lâcher le président Maduro.

Si le pouvoir de Nicolas Maduro s’est affaibli dans le cadre d’une crise économique terrible sans précédent, avec des taux d’inflation complètement extravagants, qui atteindraient les 10 millions cette année,« l’armée elle s’est extrêmement renforcée sous Nicolas Maduro », nous explique Thomas Posado, docteur en sciences politiques à l’Université Paris VIII. « La plupart des entreprises nationalisées sont sous contrôle de militaires, un tiers du gouvernement de Nicolas Maduro est composé de militaires, principalement les postes économiques, l’entreprise pétrolière publique PDVSA est elle-même dirigée par un militaire... Donc, les militaires sont aujourd’hui extrêmement puissants et ils s’affirment comme les arbitres de la crise politique ».

Un problème de légitimité démocratique

Si Nicolas Maduro peut s’appuyer sur l’armée comme« principal soutien », en face « Juan Guaido en appelle aux militaires, leur promet l’amnistie pour qu’ils se rangent derrière lui ». Hier, mercredi 23 janvier, durant la journée de mobilisation, quelques unités de la Garde nationale et de la police ont rejoint les manifestants dans différentes villes de province. Mais ces actions sont restées minoritaires. Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, a renouvelé le soutien de l’armée à Nicolas Maduro.

Cela pose un problème de légitimité démocratique, pointe Thomas Posado. « Si on est dans un régime démocratique, ce ne sont pas les militaires qui doivent choisir le dirigeant, mais ce serait plutôt à la population, dans un scrutin qui serait transparent, démocratique. Ce qui n’a pas eu lieu depuis 2015 au Venezuela ».

Après la fête populaire qu’a été la manifestation du mercredi 23 janvier, il est fort possible que les Vénézuéliens se réveillent ce jeudi matin avec la gueule de bois. Notamment lorsqu’ils verront le nombre d’arrestations, le nombre de blessés et surtout le nombre de morts dans les affrontements de la veille. Selon les ONG de défense des droits de l’homme, les manifestations de ces deux derniers jours ont fait 13 morts au Venezuela.

Avec rfi.fr


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