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“L’Afrique ressemble à un âne conduit par la Chine”, PLO Lumumba.

Redigé par IGIHE
Le 24 mai 2019 à 12:35

Lumumba est célèbre pour ses conférences pleines de prophéties sur le pourquoi et le comment d’une Afrique qui ne décolle pas économiquement. Il ne mâche pas les mots quand il s’agit de l’origine de la pauvreté endémique du continent dénommé berceau de l’Humanité et réputé pour les richesses dont il regorge, des conflits et des guerres incessantes. Lumumba est Directeur de L’Ecole de Droit au Kenya. Il a dirigé la Commission contre la corruption dans ce pays. Il a bien voulu accorder un long entretien à IGIHE lors de la clôture de la réunion sur la sécurité à l’Académie militaire de Nyakinama sise dans le District de Musanze.

IGIHE : Comment peut on expliquer le retard de l’Afrique dans plusieurs domaines ?
Lumumba :
C’est à cause de plusieurs facteurs, mais c’est d’abord à cause de la gouvernance. Dans plusieurs pays africains, des hommes et des femmes ont eu la chance de prendre les rennes des pays, mais ils n’ont pas utilisé leurs chances au service des peuples. Je crois que le Nigérien Chinua Achebe, dans son livre “The Trouble with Nigeria”, a dit que le problème de l’Afrique réside dans sa gouvernance. Un autre avait dit que la pauvreté de l’Afrique est due à l’incompétence de ses dirigeants.
La pauvreté est un choix. Les dirigeants africains ont choisi d’appauvrir leurs habitants. Mais ces habitants qui les élisent ont aussi leur part de responsabilité. Nous élisons un tel rien que pour des liens ethniques ou parce nous avons été corrompus

IGIHE:Qu’est ce qui fait que l’Afrique accuse du retard dans plusieurs domaines ? Lumumba : C’est avant tout la gouvernance.Dans plusieurs pays africains des hommes et des femmes ont eu la chance de diriger mais ils n’ont pas utilizer leurs chances au service des populations. Je crois que le Nigerien Chinua Achebe, dans son livre’the Trouble with Nigeria” a dit que le probleme de l’Afrique est la gouvernance.Un autre avait dit que la pauvrete de l’Afrique est due a l’incapacite de ses dirigeants. La pauvrete est un choix. Les dirigeants ont choisi d’appauvrir les populations mais celles ci ont aussi une part de responsabilite.Nous choisissons nos dirigeants parce que nous sommes de la meme ethnie ou parce nous avons ete corrompus.

IGIHE : Que faut-il faire ?
Lumumba :
Nous devons nous réveiller. Le Printemps arabe est instructif. L’histoire a montré que la démocratie émane des peuples.Quand les peuples savent ce qu’ils veulent et ce qu’ils attendent de leurs dirigeants, ceux-ci à leur tour deviennent conscients qu’ils sont là au service de ceux-là.

IGIHE : Il y a des liens très étroits entre l’Afrique et la Chine aujourd’hui. Certains n’hésitent pas de l’appeler néocolonialisme. Qu’en pensez-vous ?
Lumumba :
Je ne vois aucune faute du côté chinois. Ils ont su ce qu’ils veulent. Ils ont su que l’Afrique est riche de ressources naturelles. Ils sont venus faire ce qui va dans l’intérêt des Chinois. Il est temps que nous aussi nous sachions ce que nous voulons. La relation entre l’Afrique et la Chine ressemble à celle entre l’âne et son conducteur. Le conducteur c’est la Chine l’âne c’est l’Afrique. Si cette relation perdure, l’Afrique continuera à subir des pertes.

Mais ça me fait plaisir de voir que l’Afrique s’est fixée la Vision 2063, qu’elle a opté pour un marché commun. Si nous continuons dans cette voie, nous saurons que les solutions se trouvent en nous-mêmes. Nous devons dévélopper l’industrie. L’Afrique ne va pas continuer à envoyer des bananes mûres, des minerais à l’état brut, sans valeur ajoutée. Si nous accusons un retard dans la révolution industrielle, nous ne devons pas non plus rester en arrière dans la quatrième révolution de la technologie.

IGIHE : Nous assistons depuis longtemps aux nauffrages des jeunes africains dans la Mer vers l’Europe. C’est dû à quoi à votre avis ?
Lumumba :
La raison qui pousse notre jeunesse à mettre en péril sa vie par la traversée vers l’Europe, c’est parce qu’ils ne trouvent pas de chances dans leurs pays. Ils n’y voient aucun espoir. Ils regardent autour d’eux et se demandent en vain ce qu’ils vont devenir. Quand ils entendent parler de l’Europe, ils se disent que leur vie va changer tout de suite, une fois arrivés là-bas.Le jour où nous offrirons des chances en Afrique, que nous établirons un système qui ne donne pas du travail mais qui les aide à innover, aucun jeune ne voudra plus se rendre en Europe.

IGIHE : Vous parlez des échanges sur un marché commun et de la recherche des opportunités pour la jeunesse. Mais si nous regardons l’Afrique de l’Est, nous constatons que ces opportunités sont handicapées par des conflits interétatiques. Quand cela cessera-t-il ?
Lumumba :
Je suis convaincu que les conflits ne peuvent être éradiqués définitivement mais que plutôt le problème est de trouver un cadre dans lequel résoudre pacifiquement ces conflits. Je constate par contre que même le cadre que nous avons instauré nous-mêmes n’est pas bien exploité. Au lieu d’une concertation globale, on choisit des confrontations individuelles, ce qui est plutôt regrettable. Il est facile dans ce cas que ces conflits atteignent un niveau dangereux si nous ne les résolvons pas à temps. Je trouve que nos institutions devraient vite s’y impliquer, car comme je le disais, ces frontières qui nous séparent sont des créations coloniales, c’est pourquoi les citoyens ordinaires n’y prêtent guère attention. Si tu prends pour prétexte ces frontières héritées de la colonisation et que tu interdis la libre circulation des habitants, c’est toi qui sera à l’origine de graves conflits. Les pays doivent donc continuer à dialoguer car le jour où nous aurons abandonné le dialogue, nous nous retrouverons en guerre.

IGIHE : Comment trouvez-vous, en particulier, l’issue du problème entre le Rwanda et l’Ouganda ?
Lumumba :
Les informations à ma disposition ne sont pas suffisantes pour proposer une solution, mais je reste convaincu que tout différend entre ces deux pays peut être résolu à travers le dialogue entre les deux pays,ou au niveau de la EAC.

IGIHE : L’Enseignement de la jeunesse africaine vous semble conforme à la vision de l’Afrique ?
Lumumba :
Nous devrions revoir ce que nous enseignons dès le primaire jusqu’à l’Université. L’enseignement colonial que nous avons avait été concu pour servir les intérêts du colonisateur. Après ce constat nous devrions changer notre enseignement et l’ajuster à la vision que s’est fixée le continent. Certains pays y sont parvenus. La Corée du Sud, le Japon et la Chine ont adapté l’enseignement occidental à leurs cultures. Il est temps pour nous aussi.

IGIHE : Des manifestations ont destitué les dirigeants en Algérie et au Soudan. Quelle leçon en tirer ?
Lumumba :
La leçon à en tirer est que si fort que tu sois, quand le peuple sent déjà l’amertume, quand il a vu que c’est toi la source de ses problèmes de dévéloppement, tu es inévitablement destitué. Quelle que soit ta force, tu ne peux vaincre celle du peuple. Demandes à Omar Bashir, à Bouteflika, à Mugabe, à Ben Ali ou à Hosni Mubarak. Ils en savent quelque chose. Quand le peuple a décidé de déplacer les montagnes, rien ne l’arrête, les montagnes se déplacent.


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