Intervenant lors de la 72e session du Conseil ce lundi 29 juin, le Rapporteur spécial a rappelé que son mandat, créé en octobre 2021 et renouvelé par la suite, n’était pas « un mandat d’accusation », mais un mécanisme de « suivi, de dialogue et d’appui » destiné à accompagner le Burundi dans le respect de ses engagements internationaux.

« Je reste pleinement disponible pour engager un dialogue constructif avec le gouvernement burundais sous toute forme qu’il jugera appropriée », a-t-il déclaré, tout en regrettant l’absence de coopération des autorités burundaises avec les mécanismes internationaux.

Une crise des droits humains qui perdure depuis 2015

Selon Fortuné Gaëtan Zongo, le Burundi traverse « une crise profonde des droits humains depuis avril 2015 », période marquée par une grave crise politique née de la controverse autour du troisième mandat de l’ancien président Pierre Nkurunziza.

Le pays est désormais engagé dans un nouveau cycle électoral entamé avec les élections de 2025 et qui doit culminer avec la présidentielle de 2027. Le Rapporteur spécial estime que les conditions actuelles font peser un risque élevé de nouvelles tensions.

Les élections législatives de 2025, remportées par le parti au pouvoir avec 96,5 % des suffrages, se seraient déroulées, selon son rapport, dans un climat marqué par « l’intimidation et les arrestations arbitraires ».

Il a également exprimé des inquiétudes concernant la montée en puissance des Imbonerakure, accusés par plusieurs organisations de défense des droits humains d’être impliqués dans des actes de violence et des opérations de contrôle politique. Des formations qualifiées de paramilitaires auraient été signalées dans plusieurs provinces, faisant craindre une aggravation des tensions avant 2027.

Le Rapporteur spécial a également insisté sur le poids de la crise économique dans la fragilisation sociale du pays, indiquant que l’inflation, après avoir atteint 45,5 % en avril 2025, restait élevée à 20,8 % en mai 2026, un niveau supérieur au seuil régional de la Communauté d’Afrique de l’Est.

Les pénuries persistantes de carburant perturbent les services essentiels, tandis que plus de 70 % de la population vivrait sous le seuil de pauvreté, selon les données citées devant le Conseil.

Pour Fortuné Gaëtan Zongo, ces difficultés économiques contribuent à accroître les tensions sociales et la vulnérabilité des populations.

Sur le plan des droits civils et politiques, le Rapporteur spécial a dénoncé les restrictions pesant sur la liberté d’expression.

Il a notamment critiqué l’utilisation de dispositions pénales jugées trop larges, notamment celles relatives à « l’atteinte à l’intégrité du territoire national » et à la diffusion de « fausses informations », qui seraient utilisées contre des journalistes, blogueurs et défenseurs des droits humains.

La liberté d’association demeure également limitée, avec des organisations de la société civile faisant face à des poursuites liées notamment à leurs partenariats internationaux.

L’indépendance judiciaire reste, selon lui, « profondément compromise », privant les victimes de violations de recours judiciaires effectifs.

Le Rapporteur spécial a également alerté sur la situation des femmes au Burundi.

Plus de 105 féminicides auraient été enregistrés en 2025 dans un contexte marqué par une « impunité persistante », a-t-il indiqué.

Concernant les violations graves des droits humains, il a fait état d’informations faisant état de plus de 400 personnes tuées et de plus de 200 victimes de disparitions forcées depuis 2020.

Il a précisé qu’environ une centaine de disparitions forcées auraient été enregistrées durant les seules années 2024 et 2025.

Ces chiffres, selon lui, sont renforcés par un communiqué conjoint publié le 1er septembre 2025 par sept procédures spéciales des Nations unies faisant état de 605 exécutions extrajudiciaires, 892 détentions arbitraires, 62 actes de torture et 200 cas de violences sexuelles.

« Il s’agit d’un faisceau cohérent et concordant d’informations », a-t-il déclaré, estimant que les différentes sources indépendantes décrivent une réalité similaire.

Il a déploré l’absence d’enquêtes sérieuses, l’absence d’établissement des responsabilités et l’absence de justice pour les victimes.

Fortuné Gaëtan Zongo a vivement critiqué le refus persistant des autorités burundaises d’autoriser l’accès aux rapporteurs spéciaux des Nations unies.

En effet, depuis sa nomination en avril 2022, le Rapporteur spécial a noté qu’aucune demande de visite dans le pays n’avait reçu de réponse favorable, évoquant également la fermeture du Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme au Burundi et estimant que cette situation traduisait une « non-coopération systémique ».

Selon lui, son mandat constitue aujourd’hui « le seul mécanisme indépendant » permettant de surveiller la situation des droits humains au Burundi.

« Ce sont eux, Burundais et Burundaises, que ce Conseil ne peut abandonner », a conclu Fortuné Gaëtan Zongo, évoquant les citoyens ordinaires confrontés à la pauvreté, au manque de services essentiels et à l’attente de justice.

Le Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a alerté le Conseil des droits de l’homme sur la persistance des violations, les restrictions des libertés et les risques liés aux prochaines échéances électorales