En effet, la RSSB a acquis, le 27 août 2026, les parts restantes d’Inyange Industries Ltd et de Ruliba Clays Ltd, portant sa participation à 100 % dans les deux entreprises, contre respectivement 40 % et 50 % auparavant.
Le 1er septembre, l'institution a également finalisé l’acquisition de la totalité du capital de BK General Insurance Ltd (BKGI) pour 31,7 milliards de francs rwandais. BKGI sera intégrée à SONARWA General Insurance et SONARWA Life Assurance, déjà détenues par la RSSB.
Dans un entretien exclusif avec IGIHE, le directeur général de la RSSB, Regis Rugemanshuro, explique que ces opérations marquent une nouvelle étape pour l’institution en tant qu’investisseur.
« La RSSB entre dans une nouvelle phase en tant qu’investisseur, tout comme ces entreprises qui entament une nouvelle étape », a-t-il déclaré.
Les actifs sous gestion de la RSSB ont atteint 3 900 milliards de francs à fin juin 2026, après avoir doublé en cinq ans. Ses investissements ont généré un rendement de 15,06 %, soit environ 401 milliards de francs, en 2024-2025, puis 12,8 %, soit environ 438 milliards de francs, en 2025-2026.
Selon Rugemanshuro, cette croissance offre davantage de capacités d’investissement, mais impose aussi une gestion prudente de l’épargne des membres.
Dans le cadre de sa nouvelle stratégie quinquennale, la RSSB entend améliorer la performance des entreprises qu’elle détient déjà et rechercher des investissements offrant des rendements durables et ajustés aux risques.
Pourquoi un contrôle total sur les actifs ?
La RSSB disposait déjà d’une bonne connaissance du fonctionnement et des activités d’Inyange et de Ruliba, ayant auparavant contribué au financement de leurs capacités de production.
Concernant l'entreprise Inyange, le chiffre d’affaires est passé de 28 milliards de francs en 2021 à 68,9 milliards en 2025, tandis que le bénéfice après impôt a atteint 1,35 milliard.
Son usine, capable de traiter jusqu’à 650 000 litres de lait frais par jour pour produire notamment du lait en poudre, du beurre, du ghee et du lait UHT, devrait désormais voir son utilisation accrue, avec le développement de nouveaux produits, l’amélioration de la distribution et l’augmentation des exportations.
Ruliba Clays a, pour sa part, plus que doublé sa capacité annuelle après la construction d’une deuxième usine, passant d’environ 62 000 à plus de 126 000 tonnes.
Rugemanshuro estime que le moment choisi pour ces acquisitions est favorable, car les deux entreprises passent désormais d’une phase d’investissements importants dans les capacités de production à une phase de valorisation commerciale de ces investissements.
La propriété à 100 % permettra à la RSSB de prendre des décisions plus rapidement, d’aligner les investissements sur sa stratégie et de renforcer la responsabilité en matière de résultats.
Toutefois, cette propriété totale n’est pas nécessairement définitive. Une fois les entreprises renforcées, la RSSB pourrait accueillir des investisseurs stratégiques ou institutionnels, voire envisager une introduction en bourse.
« La pleine propriété n’est pas un trophée. C’est une plateforme de création de valeur », a indiqué le responsable.

Vers une compagnie d’assurance plus importante
Parallèlement, l’acquisition de BKGI répond à une autre ambition, l’entreprise ayant vu son bénéfice après impôt passer de 2,7 milliards de francs en 2021 à 4,7 milliards en 2025. La RSSB affirme l’avoir évaluée à environ 32 milliards de francs, à l’issue d’une évaluation indépendante et d’un examen approfondi de la transaction.
« L’ambition va bien au-delà d’un simple regroupement d’entreprises visant à réduire les coûts. Nous voulons bâtir un champion rwandais de l’assurance, disposant de la taille, des capitaux, de l’expertise et des technologies nécessaires pour franchir un nouveau cap », a assuré Rugemanshuro.
Le nouveau groupe devrait pouvoir intervenir davantage dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, de l’aviation, de l’industrie et de la construction, tout en développant de nouveaux produits et en améliorant le service aux clients.
À terme, la RSSB souhaite développer cette activité à l’échelle régionale, éventuellement avec l’appui d’un partenaire stratégique.
Quelles retombées pour les membres ?
Pour le patron de la RSSB, la question centrale reste la même : les investissements doivent protéger et faire fructifier l’épargne des membres.
« Un fonds de pension ne protège pas l’épargne en la conservant dans un coffre-fort. Il la protège en l’investissant de manière prudente afin de la faire fructifier et garantir sa disponibilité au moment du versement des prestations », explique-t-il.
La diversification dans plusieurs secteurs permet, entre autres, de réduire la dépendance à une seule industrie ou source de revenus.
Rugemanshuro souligne toutefois qu’il ne faut pas comparer directement les rendements d’une entreprise industrielle, d’un assureur et d’une obligation d’État : leurs niveaux de risque et leurs flux financiers sont différents. Chaque investissement doit être jugé selon le rendement obtenu par rapport au risque encouru.
Au cours des 12 à 24 prochains mois, les membres devraient notamment observer une meilleure utilisation des capacités et une offre élargie chez Inyange, une hausse de la production et des marchés de Ruliba, ainsi qu’une consolidation rigoureuse des activités d’assurance.
Des ambitions au-delà du Rwanda
La RSSB veut également développer les entreprises sur les marchés régionaux.
Pour Inyange, les priorités consistent à augmenter la production, à renforcer la chaîne d’approvisionnement agricole et à accroître les exportations. Une plus grande utilisation de l’usine de lait en poudre pourrait créer une demande supplémentaire de lait de qualité et offrir aux agriculteurs des débouchés plus prévisibles.
Pour Ruliba, la nouvelle capacité doit répondre aux besoins du secteur de la construction au Rwanda et permettre d’augmenter les exportations.
Concernant l’assurance, l’expansion régionale passerait notamment par les clients professionnels, les partenariats et éventuellement une implantation directe sur certains marchés.
« L’expansion régionale doit améliorer les rendements, diversifier les revenus et renforcer les entreprises », affirme Rugemanshuro.
Une RSSB plus active comme investisseur
Ces acquisitions traduisent la volonté de faire de la RSSB un investisseur institutionnel plus actif et plus sophistiqué, tout en préservant son mandat de protection sociale.
L’institution interviendra davantage dans les entreprises lorsque son action pourra réellement améliorer leurs performances, sans rechercher le contrôle lorsque celui-ci n’apporte pas de valeur.
La RSSB prévoit également d’augmenter progressivement ses investissements hors du Rwanda afin de réduire les risques de concentration et de renforcer la solidité de son portefeuille.
« Nous privilégierons une gestion active dans les secteurs où elle est susceptible d’améliorer significativement les résultats, sans rechercher systématiquement le contrôle lorsque celui-ci entraîne une complexité supplémentaire sans création de valeur », a indiqué le DG.
Pour Rugemanshuro, le succès des acquisitions ne se mesurera pas au nombre d’entreprises détenues, mais à leur capacité à devenir plus rentables, compétitives et précieuses, tout en générant des rendements durables pour les membres.
Dans les cinq ans, le responsable affirme souhaiter voir Inyange renforcer la chaîne de valeur agricole et se développer dans la région, Ruliba soutenir l’industrialisation et le secteur de la construction, et le groupe d’assurance devenir plus solide, innovant et capable de couvrir des risques plus importants.




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