Lors de la conférence « NouvelObs Conference » organisée à Paris ce 9 septembre 2026, Trévidic a notamment remis en cause la thèse selon laquelle les missiles ayant abattu l’avion de Habyarimana le 6 avril 1994 avaient été tirés depuis la colline de Masaka. Selon lui, les investigations scientifiques menées après l’enquête de Bruguière ont démontré que cette hypothèse ne pouvait pas être retenue.
Jean-Louis Bruguière, premier juge français chargé de l’enquête, avait privilégié « la piste d’un attentat attribué au Front patriotique rwandais (FPR) ». Dans son ordonnance de 2006, il avait notamment soutenu que les missiles avaient été tirés depuis la colline de Masaka et avait délivré des mandats d’arrêt contre neuf proches du président Paul Kagame, alors commandant de l’Armée patriotique rwandaise (APR) durant la guerre de libération du Rwanda.
Marc Trévidic et Nathalie Poux, qui lui ont succédé, ont adopté une démarche différente. En 2010, ils se sont rendus au Rwanda avec plusieurs experts afin d’analyser notamment la configuration du terrain, la trajectoire de l’appareil, les débris de l’avion et les différents sites susceptibles d’avoir servi de positions de tir.
Leurs expertises balistiques ont retenu comme hypothèse la plus probable un tir effectué depuis la zone de Kanombe, à proximité de l’aéroport de Kigali et du principal camp militaire de l’armée gouvernementale de l’époque. Les experts avaient étudié plusieurs dizaines de systèmes d’armes et retenu avec une forte probabilité l’utilisation de missiles sol-air de type SA-16.
L’analyse de la trajectoire et des dommages causés à l’appareil avait notamment conduit les experts à écarter les positions de Masaka comme scénario le plus probable.
En effet, Bruguière ne s’est jamais rendu au Rwanda et a mené son enquête d’une manière classique, sans jamais faire expertiser les débris de l’appareil.
Selon plusieurs sources, l’instruction aurait été conduite de façon inquisitoriale et secrète, uniquement à charge contre le Front patriotique rwandais (FPR), sous l’influence notable de Paul Barril, ancien gendarme et mercenaire proche de la famille Habyarimana, qui semblait avoir ses entrées auprès du cabinet du juge d’instruction.
Plusieurs témoins clés se sont en outre rétractés, accusant Bruguière d’avoir déformé leurs propos, tandis que la fiabilité de certains témoins indirects, liés aux FDLR ou détenus par le TPIR, a également été mise en cause.
Fabien Singaye, l’« interprète » utilisé par le juge Bruguière lors des interrogatoires de témoins rwandais à charge, constitue également l’un des éléments les plus troublants révélés sur cette enquête.
Il était l’un des responsables du réseau d’espionnage rwandais en Europe sous Habyarimana, puis deuxième secrétaire à l’ambassade du Rwanda en Suisse, où il renseignait le colonel Élie Sagatwa, secrétaire particulier d’Habyarimana, sur l’opposition tutsie en exil.
Gendre de Félicien Kabuga, principal financier du génocide perpétré contre les Tutsi, il l’avait accueilli en Suisse à l’été 1994 avec son passeport diplomatique, alors que celui-ci était en fuite, ce qui avait conduit à leur expulsion du pays.
Singaye avait été introduit dans le dossier par Paul Barril, avec qui il entretenait des relations d’affaires de longue date.
Tous ces éléments ont ainsi contribué à remettre en cause les conclusions du rapport Bruguière, conduisant à l’ouverture d’une nouvelle enquête sur le terrain, qui a conclu à la responsabilité d’extrémistes du régime Habyarimana opposés au processus de partage du pouvoir auquel ce dernier s’était engagé sous pression.





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