Ancien membre de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) de la police française, il a expliqué avoir mené des enquêtes au Rwanda entre 2009 et 2014, effectuant 24 voyages dans le pays. Ces missions, a-t-il précisé, consistaient notamment à recueillir des témoignages et à visiter des sites où des Tutsi ont été tués lors du génocide contre les tutsi de 1994.
Selon ses déclarations, chaque déplacement durait entre deux et trois semaines, au cours desquelles son équipe interrogeait quotidiennement entre quatre et six témoins, tout en documentant les lieux des crimes par des prises de vues.
David Kermoal a indiqué que les premières équipes d’enquêteurs étaient composées de trois membres avant d’être élargies, en collaboration avec des magistrats instructeurs français.
Il a également souligné le fait que l’assistance fournie par la cellule rwandaise chargée de la recherche des fugitifs du génocide contre les Tutsi (GFTU) se limitait à faciliter l’identification et la localisation des témoins, sans ingérence dans le travail des enquêteurs.
« Nous étions en tenue civile, et les membres de la GFTU n’ont jamais exercé la moindre pression sur nous, bien qu’ils portaient des uniformes », a-t-il entre autres déclaré devant la cour.
L’enquêteur a en outre précisé que les auditions de témoins se déroulaient en toute confidentialité, en présence uniquement d’un interprète, sans la présence d’autres tiers, ce qui, selon lui, garantit l’indépendance des investigations.
Ces déclarations interviennent dans le cadre du procès en appel de Dr Eugène Rwamucyo, condamné en première instance pour des crimes commis durant le génocide contre les Tutsi en 1994 au Rwanda.
Elles viennent contredire les arguments avancés par certains de ses soutiens, notamment le politologue congolais Patrick Mbeko, qui a mis en cause la neutralité de la justice française et suggéré une influence des autorités rwandaises dans les enquêtes, des accusations fermement rejetées par David Kermoal.
Ce dernier a insisté sur le fait que l’OCLCH mène ses enquêtes de manière indépendante, conformément aux procédures judiciaires françaises, sans pression politique extérieure.
Qui est Eugène Rwamucyo ?
Pendant le génocide contre les Tutsi en 1994, Eugène Rwamucyo était enseignant-chercheur à l’Université nationale du Rwanda à Butare.
Des témoignages rapportent que celui-ci avait activement relayé la propagande anti-Tutsi du régime extrémiste de l’époque, participé à des réunions de coordination des tueries, supervisé l’enfouissement de corps dans des fosses communes, dissimulé des preuves du génocide qui était commis contre les Tutsi alors, et fait achever des blessés encore vivants.
Après la chute du régime génocidaire, il a fui le Rwanda et s’est installé plus tard en France, où il a exercé comme médecin dans des hôpitaux du nord du pays.
C’est en mai 2010 qu’il a été arrêté par la police française en banlieue parisienne, à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par le Rwanda, où il avait été condamné par contumace à la prison à perpétuité.




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