Le 'Crown Prosecution Service' (CPS) a annoncé, lundi 21 septembre 2026, l’inculpation de Vincent Bajinya, 65 ans, connu aujourd’hui sous le nom de Vincent Brown, pour un chef d’accusation de participation au génocide et six chefs d’accusation de participation à des meurtres constitutifs de crimes contre l’humanité.
Les charges ont été retenues en vertu de l’article 52 de l’International Criminal Court Act 2001. Selon le CPS, elles concernent des faits qui auraient été commis par Bajinya en avril 1994, notamment sa participation présumée au génocide ainsi que son implication dans la direction et l’incitation à des actes de meurtre et de génocide commis par d’autres personnes.
« Le Crown Prosecution Service a pris sa décision après avoir examiné un dossier de preuves transmis par l’équipe chargée des crimes de guerre de la Metropolitan Police. Nous avons conclu que les critères juridiques permettant d’engager des poursuites pénales étaient remplis », a déclaré Frank Ferguson, chef de la division des crimes spéciaux et de la lutte contre le terrorisme du CPS.
Le parquet britannique précise que sa décision a été prise indépendamment de la police et du gouvernement, sur la base des éléments de preuve disponibles.
Né dans la cellule de Kigombe, ancienne commune de Karago, dans la préfecture de Gisenyi, Vincent Bajinya vit aujourd’hui à Islington, dans le nord de Londres. Il doit comparaître devant le Westminster Magistrates’ Court ce mardi 22 septembre.
Formé comme médecin, Bajinya a travaillé comme praticien à l’hôpital King Faisal de Kigali. Il a également occupé un poste à l’Office national de la population (ONAPO), où il était notamment impliqué dans des activités liées à la planification familiale et à la sensibilisation du public.
Il est également accusé d’avoir eu des liens avec l’Akazu, un réseau informel associé à l’ancien président Juvénal Habyarimana et à son épouse Agathe.
Les accusations portent notamment sur son implication présumée dans l’organisation de barrières routières à Kigali et dans le nord-ouest du Rwanda pendant le génocide contre les Tutsi.
Selon les témoignages recueillis dans le cadre de l’enquête, Bajinya aurait participé au recrutement et à la supervision des personnes chargées de tenir des barrières dans le secteur de Rugenge, à Kigali, ainsi qu’à proximité de l’école de Kibihekane, une zone où de nombreux Tutsi ont été tués au début du génocide.
Des témoins l’accusent également d’avoir été impliqué dans les meurtres de Dominique Leandre, à Rugenge, ainsi que de Charlotte Kamugaja et de son enfant.
Vincent Bajinya est arrivé au Royaume-Uni avec sa famille en 1999. Après avoir obtenu la nationalité britannique, il a changé son nom de Bajinya en Brown en 2004.
Il a été arrêté en décembre 2006, avec trois autres suspects du génocide, dans le cadre d’une procédure visant leur extradition vers le Rwanda.
En 2008, un juge du Westminster Magistrates’ Court avait autorisé leur extradition, mais cette décision avait été annulée en appel par la Divisional Court en 2009.
Une nouvelle procédure d’extradition a été engagée en 2013. Deux ans plus tard, un tribunal britannique a estimé que Bajinya et les autres suspects ne pouvaient pas être extradés vers le Rwanda, invoquant, selon eux, « le risque qu’ils ne bénéficient pas d’un procès équitable ». Cette décision a été confirmée par la High Court en 2017.
En 2018, les autorités rwandaises ont demandé au Royaume-Uni d’enquêter sur cinq suspects, une démarche à la suite de laquelle la Metropolitan Police a commencé à examiner les éléments disponibles en 2019.
En septembre 2020, quatre des cinq suspects, dont Bajinya, ont été interrogés par la police britannique au sujet d’allégations de génocide et de crimes contre l’humanité.
Le CPS a précisé que la procédure est désormais active et a appelé à la prudence concernant toute publication ou diffusion d’informations susceptible de porter préjudice au déroulement du procès.




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