L'avocate générale française Aude Duret a souligné le fait que, sans la détermination des fondateurs du CPCR, Alain Gauthier et son épouse Dafroza Gauthier, qui se sont personnellement rendus au Rwanda pour recueillir des preuves et des témoignages sur les lieux mêmes des crimes, de nombreux responsables auraient échappé aux poursuites.
Créé en 2001, le CPCR a déposé plainte contre plusieurs personnalités accusées d'avoir participé au Génocide contre les Tutsi, dont Sosthène Munyemana, Laurent Bucyibaruta, Pascal Simbikangwa, Octavien Ngenzi, Tito Barahira, Claude Muhayimana, Philippe Hategekimana, Fabien Neretse et Eugène Rwamucyo. La plupart ont depuis été condamnés.
Dans un entretien accordé à IGIHE, Alain Gauthier s'est félicité de la décision de la Cour d'assises de confirmer la peine de 27 ans de réclusion criminelle prononcée contre le Dr Rwamucyo le 30 octobre 2024. Il a dédié cette décision aux parties civiles représentées par le CPCR, notamment plus de 500 victimes de Ndora, ainsi qu'à celles de Kigali, Butare et Gishamvu.
Selon Gauthier, la défense de Rwamucyo a tenté, tout au long du procès, de politiser l'affaire en présentant l'accusé comme une victime du rapprochement diplomatique entre le Rwanda et la France et en affirmant que le CPCR agissait pour le compte du gouvernement rwandais.
« C'était pourtant Rwamucyo qui était jugé. Il devait répondre de son rôle dans l'inhumation de corps dans des dizaines de fosses communes à Butare et dans ses environs », a-t-il déclaré, rappelant également le discours prononcé par l'accusé le 14 mai 1994, lors de la visite du Premier ministre de l'époque, Jean Kambanda, qu'il considère comme accablant.
Dans la nuit du 17 au 18 juillet, la Cour a acquitté Rwamucyo des chefs de génocide et de crimes contre l'humanité en tant qu'auteur principal, mais l'a reconnu coupable de complicité dans ces deux crimes. Alain Gauthier a souligné qu'en droit français, cette distinction ne réduit en rien la gravité de sa responsabilité.
« Ces crimes peuvent conduire à la réclusion criminelle à perpétuité. Une vérité judiciaire a été rendue. L'essentiel est fait et nous acceptons cette décision.», a-t-il affirmé, tout en rejettant les arguments de la défense selon lesquels les enterrements de victimes auraient été motivés par des raisons sanitaires, affirmant que les témoignages ont démontré qu'aucune épidémie ne sévissait alors à Butare.
Gauthier a aussi dénoncé les critiques répétées contre les juridictions Gacaca, estimant que les avocats de la défense méconnaissaient leur rôle essentiel dans la quête de justice après le génocide. « Les sept avocats de Rwamucyo n'ont rien compris, ou n'ont pas voulu comprendre, au rôle irremplaçable des Gacaca », a-t-il lancé.
Alain Gauthier a enfin évoqué les défis auxquels fait face la justice française, notamment le vieillissement des témoins, qui complique les enquêtes sur les suspects encore poursuivis, parmi lesquels Charles Twagira, Alphonse Karemera, Agathe Kanziga et Laurent Serubuga. Bien que la justice française ait ordonné en mai 2026 la réouverture de l'enquête visant Agathe Kanziga, il reste sceptique quant à l'aboutissement de cette procédure, initiée par une plainte du CPCR en 2007.
« Pour les futurs dossiers. Il est clair qu'il sera de plus en plus difficile de recueillir des témoignages », a expliqué Alain Gauthier.
Malgré ces difficultés, il a assuré que le CPCR poursuivra son combat contre l'impunité, appelant les Rwandais à s'inspirer de cet engagement afin de continuer à bâtir une société fondée sur la justice, la réconciliation et le respect de la mémoire des victimes.




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