Elle s’exprimait ce vendredi 11 septembre 2026, lors d’un échange avec la presse, deux jours après la décision de la plus haute juridiction française de mettre fin à cette longue procédure judiciaire.

« Ce que je peux en dire, c’est que c’est une décision dont la justice rwandaise n’est pas satisfaite », a déclaré Domitilla Mukantaganzwa, rappelant que la France avait pourtant jugé plusieurs personnes impliquées dans le Génocide contre les Tutsi au Rwanda.

En effet, l’affaire remonte à 2005, lorsque six rescapés du génocide contre les Tutsi et des organisations de défense des droits humains ont porté plainte contre des militaires français ayant participé à l’Opération Turquoise.

Ils leur reprochaient notamment de ne pas être intervenus suffisamment rapidement pour protéger les Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du Rwanda, où plusieurs centaines de personnes ont été tuées entre le 27 et le 30 juin 1994.

Après plusieurs années de procédure, la justice française avait décidé de mettre fin aux investigations, cette décision ayant été confirmée à différents niveaux de la procédure, jusqu’au rejet du recours par la Cour de cassation le 9 septembre 2026.

Dans sa décision, la Cour de cassation a notamment estimé que les militaires français ne pouvaient être tenus d’agir sans instructions précises de leur chaîne de commandement. Elle n’a pas non plus trouvé d’éléments permettant d’établir que les officiers français « avaient voulu faciliter les crimes commis contre les civils tutsi ».

La juridiction française a également considéré que le délai avant l’intervention des militaires à Bisesero s’expliquait par la nécessité de clarifier une situation jugée confuse. Elle a relevé que les soldats disposaient d’informations limitées sur l’ampleur des massacres et sur la nature du génocide contre les Tutsi.

Pour la présidente de la Cour suprême du Rwanda, cette décision ne clôt toutefois pas les discussions sur cette affaire.

« Nous ne pouvons pas dire que nous en sommes satisfaits, mais en même temps, en matière de souveraineté nationale, les questions judiciaires ont leurs propres voies par lesquelles elles doivent suivre leur cours », a-t-elle indiqué.

L’affaire de Bisesero demeure l’un des dossiers les plus sensibles concernant le rôle de la France au Rwanda en 1994. Bien que la décision de la Cour de cassation ait mis fin à la procédure visant les militaires français, les interrogations sur le comportement des forces françaises durant l’Opération Turquoise continuent d’alimenter les débats sur la responsabilité et le rôle de la France pendant le génocide contre les Tutsi.

Mukantaganzwa a déploré le rejet des poursuites contre les soldats français accusés de ne pas avoir protégé les Tutsi à Bisesero en 1994