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Joëlle Kapompole, députée wallonne,belgo-rwando-congolaise, s’exprime sur le genocide des Tutsi, la gouvernance du Rwanda...

Redigé par Propos recueillis par Aimable Karirima
Le 14 juin 2019 à 05:37

La Deputee wallonne, Joëlle Kapompole, participe a une ceremonie de la memoire du genocide des Tutsi du Rwanda de 1994. Elle accorde une interview au journaliste de IGIHE-Belgique. Ci apres le contenu de cet entretien.

IGIHE : On vous connaît comme femme politique et nous avons été agréable surpris de vous entendre à l’hôtel de ville de Mons lors de la 25eme commémoration du Génocide perpétrés contre les Tutsi au Rwanda dire que vous avez des origines Rwandaises, expliquez- nous cela ? Dites-nous qui vous êtes et vos liens avec le Rwanda ?

Joëlle Kapompole (JK) : J’ai en effet expliqué que j’avais des origines rwandaises parce que mon Papa était rwandais. Il s’appelle Bisengimana. Je porte le nom de ma mère Kapompole mais je n’oublie pas évidement qui est mon père. Ça me semblait important de le dire lors de cette commémoration du Génocide des Tutsi parce que je trouve vraiment important dans la vie de ne jamais oublier d’où l’on vient.

Plus largement je m’appelle Joëlle Kapompole, j’ai 47ans, je suis députée Wallonne et conseillère communale ici à la ville de Mons et je suis arrivé ici en Belgique à l’âge de deux ans. Lorsque j’ai atterri ici, j’ai atterri au cœur du Borinage dans une commune qui s’appelle Quaregnon. J’ai vécu dans une cité d’habitation sociale toute mon enfance, toute mon adolescence avant après de faire l’Université et d’évoluer dans la société Belge pour enfin représenter toute une population, la population de Mons Borinage au parlement de Wallonie.

IGIHE : Vous êtes aussi la candidate qui a réalisé le meilleur score électoral à la Région parmi le plus élus, les plus appréciés ?
JK :
En effet j’ai fait le meilleur score pour tous les candidats de Mons Borinage pour le parlement Wallon, mais ce qui est intéressant ce que je suis aussi parmi les 10 personnalités politiques les plébiscités au niveau de la Wallonie. Donc en fait c’est via un calcul et ce qu’on appelle le taux de pénétrations et lorsqu’on voit les personnes qui sont avec moi au coude- à- coude ce sont soit des ministres soit des Bourgmestres avec donc une assise locale très forte et ça je pense que c’est un signal fort, un signal positif d’avoir l’ensemble de la population ; en tous cas une grande partie de la population qui ont accepter d’adhérer à un projet collectif et solidaire que j’ai porté avec l’ensemble de mon équipe, mon équipe socialiste, avec mes colistiers pour vraiment faire en sorte que cette région de Mons-Borinage retrouve la place qu’elle mérite.

En fait, le Mons-Borinage est le troisième port urbain de Wallonie et ça veut dire que nous devons obtenir des moyens à la hauteur de nos besoins pour qu’on puisse développer des projets qui font que l’ensemble de notre population soit vraiment tirée vers le haut.

IGIHE : Par rapport du Rwanda vous sentez- vous Rwandaise et d’une certaine manière ?

JK : Oui je me sens vraiment Rwandaise-Belge-Congolaise. C’est important pour moi de pouvoir assumer mes différentes origines et aussi mon parcours et ma trajectoire de vie ici en Belgique.

Je pense vraiment que lorsqu’on a la chance comme moi d’avoir différentes origines, on les met finalement aux services d’un projet de vie qui peut être très positif dans un Pays. Ceci dit je n’oublie jamais que beaucoup de personnes d’origines étrangères ou qui se sentent différentes vivent des discriminations au quotidien. Que ce soit pour accéder à un logement, pour accéder à un emploi et je ne voudrais pas être l’arbre qui cache la forêt finalement. Donc c’est important pour moi de développer des projets qui visent à lutter contre ces discriminations et surtout à offrir une opportunité à tous les jeunes, à toute la jeunesse quel que soit son origine d’ailleurs, quel que soit aussi son parcours de vie et sa trajectoire sociale.
Je viens d’une cité sociale et je peux dire que pour beaucoup des jeunes qui habitent dans les cités, ce n’est pas toujours facile de se projeter dans un futur radieux. Et ça veut dire que pour ces jeunes-là il faut leurs permettent d’avoir des opportunités pour qu’ils puissent vraiment créer leur emploi, trouver de l’emploi, avoir un parcours de vie positive.

IGIHE : Est-ce que le virus de la Politique vient de votre père qui a exercé des responsabilités au près du Maréchal Mobutu ou même de votre oncle Bwimba qui avait rejoint la rébellion Mureriste et qui fut un des pendus de la pentecôte de Kinshasa ?

JK : Alors d’où me vient le virus de la politique ? Mais oui certainement de mon père en effet. Je pense que son parcours a dû m’influencer même si je n’ai pas eu le bonheur de vivre à ses côtés. Mais c’est clair aussi que ce que j’ai ressentie en étant dans une cité d’habitation sociale ce qu’il y avait toute une série de progrès qui avait pu être fait dans certaines régions pour permettre à des enfants comme moi de pouvoir accéder finalement au plus haute fonction. Ça veut dire que les avancer au niveau social : que ce soit la sécurité sociale, l’accès à l’enseignement, la démocratisation d’ailleurs de l’enseignement. Tous ces progrès qu’on connaît en Belgique particulièrement m’ont permis d’accéder à des responsabilités et je pense quelque part j’avais envie de rendre à ce Pays tous ce qu’il m’a apporté. Et de faire preuve de gratitude en endossent des responsabilités politiques et en m’occupant finalement de la cité, en essayant d’aider les citoyens. La base vraiment de l’engagement politique c’est d’aider les autres, c’est donc vraiment ce que j’ai voulu faire.

IGIHE : Est-ce que vous avez été au Rwanda ? Ou envisagez- vous de vous y rendre ?

JK : Oui j’ai été au Rwanda il y a longtemps maintenant, plus de dix ans. En effet je veux y retourner et je veux même y retourner de manière très très régulière à partir de maintenant.

Ce qui m’a vraiment frappé lorsque j’ai été au Rwanda, c’est que déjà il y a dix ans c’était un Pays en plein reconstruction, en grand développement avec aussi la possibilité pour moi de participer à un colloque sur le rôle des femmes en temps de conflit et après les conflits et on voit que les femmes sont souvent des moteurs en terme de résilience pour toute une nation.
Je trouve vraiment important d’avoir eu l’occasion d’assister et de participer à ce colloque, à l’époque j’étais sénatrice, la première noire de Belgique et j’avais eu l’occasion de retrouver mon Pays d’origine dans ces conditions-là qui était vraiment magnifique. Je veux y retourner parce que je pense que mes projets d’avenir auront un lien avec le Rwanda, ça j’en suis convaincue.

IGIHE : La première Sénatrice ?

JK : Oui la première sénatrice noire, j’ai été également la première député wallonne noire. Maintenant évidement le temps passe et d’autres personnes peuvent me rejoindre.
Mais c’est vrai que ce qui est important pour moi plus ce que finalement d’être la première, c’est d’avoir réussi à durer dans le temps et à susciter l’adhésion d’un maximum de personnes autour de ma personnalité mais aussi autour d’un projet collectif et solidaire. Je pense vraiment qu’on doit être au service des citoyens, au service d’une société qui incluse tout le monde, qui soit vraiment une société qui ne laisse personne au bord du chemin et ça été vraiment l’engagement politique que j’ai depuis 20 ans que je fais de la politique maintenant.

IGIHE : En même temps la question de l’immigration est devenue polémique, pourtant en Belgique il y a eu des élus d’origines immigrées comme vous.Comment vous analysez cette contradiction ?

JK : C’est vrai que c’est paradoxal de voir que au-dessus du Pays, dans une région comme Mons-Borinage on arrive à élire et à plébisciter une femme noire, comme tête de liste et finalement aussi comme personnalité la plus choisie au niveau des votes et puis on voit au Nord du Pays que l’extrême droite prend de plus en plus de part.
Je pense qu’il faut vraiment retravailler le vivre ensemble. Moi je crois qu’ on doit vraiment faire en sorte qu’on ait un maximum de projets, de propositionsqui montrent que nous sommes très complémentaires et je pense qu’il faut aussi s’appuyer sur toutes les actions positives qui sont portées, qui sont posées par des personnes d’origines étrangères. Montrer tous ces parcours positifs qui amènent énormément à la société Belge, il y en a des gens qui créent leurs entreprises, qui sont des fonctionnaires, qui ont travaillédans des sociétés, qui sont enseignants et qui sont d’origines étrangères. Montrer que finalement toutes ces vagues successives d’immigrations qu’on a pu connaître, les Italiens, les Polonais, les Marocains, les personnes venant d’Afrique Sub-sahariennes se sont finalement à chaque fois des personnes qui enrichissent la société belge et je crois que plus on le montrera et plus on pourra créer des ponts entre des personnes.

Q.8. Alors Joëlle Kampopole entant que Politicienne et femme d’origine Rwandaise, j’aimerais bien qu’on parle de votre Pays d’origine, le Rwanda. Récemment à la tête du OIF a été élue comme Secrétaire Générale Madame Louise Mushikiwabo, avez-vous suivi cet événement ?

JK : Oui mais c’est important d’avoir une telle représentant de la francophonie, pour ma part je siège au parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles et donc c’est un lieu important pour toute la francophonie et le lien je dirais au niveau de tout le monde entier enfaite pas uniquement en Europe, vraiment le monde entier par rapport à la francophonie.
C’est vrai que Madame Louise Mushikiwabo est vraiment une représentante importante venant du Rwanda avec les fonctions qu’elle a exercées étant maintenant la haute représentante pour la francophonie à travers le monde. Pour avoir l’occasion de travailler au niveau du parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles sur les questions de francophonie, je peux dire que le rôle qu’elle aura à jouer dans les prochaines années sera essentiel pas uniquement pour la francophonie mais parce que aussi c’est une femme qui est à ce poste, à un poste de haute responsabilité et je peux dire qu’elle aura vraiment un rôle important à jouer notamment en matière de la diplomatie et on le sait la diplomatie, par les femmes fonctionne et fonctionne même très bien.
On a eu de beaux exemples et je pense que c’est aussi une personne qui a montré ses talents notamment dans son poste au Ministère des affaires étrangères du Rwanda.

IGIHE : J’aimerais bien aussi vous entendre parler du président Paul Kagame en tant que homme politique ?

JK : En tant que femme politique ici en Belgique, moi ce que je constate dans le travail qui est réalisé par le président Kagame, c’est vraiment un travail lié à la Diaspora et au développement de cette Diaspora et du rôle qu’elle joue dans le monde entier. Je pense que c’est vraiment essentiel de pouvoir en tant que personne d’origine Rwandaise où on se trouve dans le monde, avoir ce lien avec notre Pays d’origine et pouvoir se développer là où on se trouve. Ça pour moi ça m’a vraiment marqué dans les contacts que j’ai pu avoir notamment avec la Diaspora.

Concernant le Génocide des Tutsi, la première qui me vient à l’esprit c’est vraiment de me dire qu’on ne peut plus revivre une horreur pareille. Je pense vraiment qu’on doit et d’ailleurs je salue le travail de mémoire qui est fait, c’est un véritable devoir de mémoire qui est fait et de manière intergénérationnelle, pour les rescapés, pour les familles vraiment jeunes, moins jeunes tout le monde se réuni, tout le monde commémore, tout le monde témoigne et c’est très fort. C’est vraiment puissant parce que ça montre d’abord la capacité de résilience de tout un peuple, la capacité d’un peuple à se relever, à se remettre debout et à pouvoir finalement donner une leçon au reste du monde par rapport à la façon de se relever.

Je voudrais aussi dire que, il y a des leçons énormes à tirer et on le voit ce qui se passe en Belgique par rapport à l’extrême droite et à la façon dont les choses évoluent, moi me fais très peur parce que je ressens à un moment donner de similitudes entre ce qu’on a pu mettre dans l’esprit des gens à un moment donner et ce qu’on essaie de mettre dans l’esprit des gens ici en Belgique par rapport auxWallons aux personnes d’origines étrangères. Donc, je pense vraiment qu’on doit être plus ce que vigilant mais tirer les leçons du passé et surtout arrêter cette sorte de lavage de cerveau qu’on voit en Belgique par rapport à ça.

Je voudrais aussi dire que ce qui me marque à ce qui se fait maintenant, c’est qu’on sent que vraiment on n’oubliera pas. Pas question d’oublier, pardonner peut-être oui, mais pas question d’oublier. Chaque année lors des commémorations et on le voit en Belgique elles sont organisées dans différentes grandes villes, ici en Mons je trouve qu’elle gagne même en ferveur. On dirait que plus le temps passe et plus le souvenir est fort, puissant, important et le message est fort. Notamment parce qu’il est porté aussi de très jeune, je disais que ça se fait de façon intergénérationnel mais aussi par de très très jeune. Et donc, je crois vraiment que pour les personnes qui comme moi n’ont pas vécu, n’étaient pas vraiment au cœur de la souffrance de là-bas, qui ont souffert à distance, c’est essentiel de voir cette ferveur augmenter et de participer aux commémorations. Il y a vraiment un intérêt à les organiser, à les mener et aussi de se servir de ce qui a été vécu pour faire en sorte de prévenir cela, pour ma part c’est ce que j’ai envie de faire. Je ne vais pas pouvoir laisser en tant qu’être humain, avec mes origines, avec mon parcours justement je ne vais pas pouvoir laisser les choses à l’étant par rapport à la dérive que je constate.
Mons 3 juin 2019


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