Une partie des membres affirme que la disparition de Rutabana serait liée à des différends qu’il entretenait avec Kayumba Nyamwasa. Selon ces sources, tous ceux qui ont évoqué cette piste auraient ensuite été exclus du mouvement et contraints à l’exil. De l’autre côté, certains responsables soutiennent que Rutabana avait des problèmes personnels sans lien direct avec le RNC.

Serge Ndayizeye, qui travaille pour une chaîne YouTube affiliée au RNC, a récemment déclaré que la disparition de Ben Rutabana serait due à des problèmes strictement personnels, et qu’il aurait pu avoir des différends avec certains responsables du mouvement.

Ces propos ont été vivement contestés par Jean Paul Turayishimye, ancien porte-parole du RNC, qui affirme que des problèmes personnels ne peuvent pas expliquer une disparition forcée. Selon lui, les difficultés de Rutabana étaient d’ordre politique et liées à des désaccords avec la ligne du RNC, ce qui aurait conduit à sa disparition.

Ben Rutabana, ancien commissaire du RNC chargé du renforcement des capacités, a disparu alors qu’il effectuait un voyage entamé le 5 septembre 2019 en direction de l’Ouganda.

Le 2 octobre 2019, une lettre circulant en ligne, adressée au coordinateur du RNC Jérôme Nayigiziki, a été attribuée à plusieurs personnes, dont Tabitha Mugenzi, William Mugenzi, Jason Muhayimana, Simeon Ndwaniye, Vidah Ndwaniye, Louis Rugambage, Diane Rutabana, Emérance Sikubwabo et Max Sikubwabo.

Dans ce document, il est indiqué que Rutabana aurait quitté Bruxelles le 4 septembre 2019 à 21h45 à bord d’un vol Emirates Airlines à destination d’Entebbe, avec escale à Dubaï, avant d’arriver en Ouganda le 5 septembre à 13h50.

Il aurait ensuite maintenu des contacts téléphoniques avec son épouse Diane Rutabana entre le 5 et le 8 septembre 2019, avant que sa ligne ne cesse de fonctionner. Il devait regagner la Belgique le 19 septembre 2019, également via Emirates Airlines, mais n’a jamais été retrouvé.

Jean Paul Turayishimye affirme que, lors de son voyage en Ouganda, Rutabana se trouvait dans une situation difficile, au point de craindre davantage certains membres du RNC que d’autres acteurs.

Selon son témoignage, un individu aurait contacté Kayumba Nyamwasa depuis l’Ouganda pour l’informer que le voyage de Ben rencontrait des complications. Kayumba aurait alors tenté de prévenir Rutabana par téléphone.

Rutabana aurait ensuite confirmé à Turayishimye qu’il comptait poursuivre son voyage malgré les inquiétudes exprimées.

À son arrivée à Entebbe, il aurait attendu plusieurs heures sans que sa localisation ne soit connue. Il aurait également évoqué un problème lié à son certificat de vaccination contre la fièvre jaune, avant d’être libéré après paiement d’un pot-de-vin de 20 euros.

Après ces événements, selon ses proches, Rutabana serait rentré en Belgique en toute sécurité. Ce n’est que lors d’un nouveau voyage en Ouganda qu’il aurait ensuite disparu, certains estimant sans équivoque que Kayumba Nyamwasa serait impliqué.

Parmi les personnes mises en cause figure également Frank Ntwari, beau-frère de Kayumba Nyamwasa, basé en Ouganda.

Au sein du RNC, les tensions internes s’aggravent autour de la disparition de Ben Rutabana et du rôle de certains membres de ce mouvement qualifié de groupe terroriste

Ce dernier affirme qu’avant la disparition de Rutabana, une réunion s’était tenue à Boston, à laquelle il avait participé, et que l’un des principaux sujets abordés portait sur l’organisation d’un “coup d’État” contre Rutabana, dans un contexte de rupture de confiance entre lui et Kayumba Nyamwasa.

Benoît Umuhoza, ancien responsable de la filiale de France au sein du RNC, affirme qu’en tant que responsable régional, il participait aux réunions du bureau politique du RNC et qu’il était au courant de ces discussions. Il précise que Rutabana était une personne qu’il connaissait avant son adhésion au RNC et qu’il résidait en France tout en se rendant fréquemment en Belgique.

Turayishimye, ancien porte-parole du RNC, explique qu’après la disparition de Rutabana, une réunion interne avait été organisée et qu’il avait été décidé de créer un groupe de sept personnes chargé de rédiger un document expliquant la position du RNC. Toutefois, les membres de ce groupe n’auraient pas réussi à s’accorder.

Selon lui, certaines propositions allaient jusqu’à présenter Rutabana comme un individu dont le mouvement ne connaissait pas réellement les activités. Il affirme avoir refusé de participer à ce comité.

Umuhoza ajoute qu’après la disparition de Rutabana, le mouvement s’est fracturé, certains membres demandant son exclusion.

« Il a finalement été décidé que Ben serait exclu… ce qui a créé un climat de mécontentement », a-t-il affirmé.

Il précise également que plusieurs anciens membres du RNC auraient disparu dans des circonstances similaires après des désaccords internes.

Turayishimye ajoute que ses problèmes au sein du RNC ont commencé lorsqu’il a été chargé de la gestion financière du mouvement, notamment la validation des dépenses liées aux dirigeants et aux déplacements.

Selon lui, cette gestion stricte des fonds aurait provoqué des tensions internes importantes.

Il indique également qu’il voyageait fréquemment en Ouganda sans autorisation formelle, en raison de ses contacts avec des personnalités influentes et de son rôle dans la gestion des finances.

Serge Ndayizeye rejette les accusations visant Kayumba Nyamwasa, affirmant qu’elles sont infondées. Turayishimye, de son côté, considère que ces propos ne reposent sur aucun élément solide.

Ndayizeye affirme également avoir été menacé par certains membres du RNC lui demandant de changer de position en faveur de Kayumba. Il soutient que Rutabana était bien accueilli partout où il se rendait, mais qu’aucune explication claire n’a été fournie sur sa disparition.

Umuhoza souligne pour sa part que des tensions et une méfiance croissante régnaient au sein du RNC depuis un certain temps, au point qu’il aurait été mal perçu lors d’une réunion en Afrique du Sud simplement pour avoir posé des questions sur le cas Rutabana.

« J’étais le seul à ne pas être d’accord… je demandais pourquoi nous nous précipitions pour conclure sur le sort d’un membre disparu… mais on me demandait de me taire. Kayumba était présent », déclare-t-il.

Des Divisions ethniques évoquées

Des éléments à caractère ethnique seraient également apparus dans les tensions internes du mouvement terroriste. Des enregistrements audio auraient circulé, suggérant que Rutabana aurait nourri une hostilité envers les Hutu.

Certains affirment avoir discuté avec lui et qu’il aurait confirmé ces propos. Ces audios auraient été enregistrés en Ouganda dans le but de minimiser l’impact de sa disparition.

Umuhoza indique que, lors de la préparation des élections en France, des divisions internes ont commencé à émerger, certains proposant une répartition des postes selon les appartenances Hutu et Tutsi.

« Je me souviens d’une période de forte tension liée à la disparition de Ben… des propos comparant des personnes à des serpents ont été tenus à mon encontre… il y a eu comme un coup d’État interne dans la province de France… et j’ai été exclu », déclare-t-il.

Selon lui, certains individus impliqués dans ces tensions incluaient des personnes dont les parents sont emprisonnés pour des crimes de génocide dans différents établissements pénitentiaires.

Il conclut en déclarant : « Les acteurs étaient entièrement pris dans des dynamiques d’appartenance ethnique. »

Par ailleurs, les anciens membres exclus et les membres actuels du RNC continuent de s’accuser mutuellement. Certains estiment que la situation est devenue chaotique et irrationnelle, marquée par une méfiance généralisée et des accusations réciproques, alimentant une profonde fracture interne au sein du mouvement terroriste.

Jean Paul Turayishimye met en cause Kayumba Nyamwasa dans la disparition de Rutabana