Selon le témoignage d’un ancien cadre du mouvement, Jean Damascène Niyonzima, ce faux espoir a notamment été entretenu à travers des discours religieux et des « prophéties » présentées aux combattants comme des messages divins.

Ancien pasteur et responsable du renseignement interne des FDLR, Niyonzima affirme que la religion était utilisée au sein du mouvement comme un instrument de mobilisation et de propagande.

Les responsables auraient notamment recours à des groupes de prière et à des personnes présentées comme des prophètes pour maintenir le moral des combattants et renforcer leur conviction qu’une victoire contre le Rwanda était inévitable.

Des victoires annoncées "au nom de Dieu"

Selon son témoignage, lorsque les combattants réunis dans l’est de la RDC manquaient de moyens militaires, les dirigeants du mouvement auraient cherché d’autres moyens pour maintenir leur détermination.

Niyonzima raconte ainsi que des responsables des FDLR ont fait appel à une prophétesse connue sous le nom de Nyiraruvugo Taciana, originaire de Masisi, qui aurait été présentée comme une personne « capable de transmettre des messages divins ».

Selon lui, les responsables lui auraient demandé d’annoncer aux combattants que Dieu leur avait donné le Rwanda et qu’ils allaient remporter la victoire. Ils auraient également été convaincus que le matériel militaire qui leur faisait défaut serait disponible une fois arrivés au Rwanda.

Mais cette promesse ne s’est jamais réalisée. Les combattants ont été vaincus et sont retournés dans l’est de la RDC.

Face à cette contradiction entre les prédictions et la réalité, de nouvelles explications auraient alors été données aux combattants.

Niyonzima explique que d’autres « prophètes » ont été mobilisés pour leur faire croire que la défaite ne signifiait pas que Dieu s’était trompé. Elle aurait plutôt été présentée comme la conséquence des fautes commises par certains combattants.

Selon ce récit, les dirigeants leur auraient notamment reproché l’alcool, les relations sexuelles, les vols et les meurtres de civils. La défaite aurait ainsi été attribuée aux « péchés » des combattants plutôt qu’à l’échec de la prophétie.

Cette mécanique permettait, selon Niyonzima, de préserver la croyance dans une victoire future et d’éviter que les combattants ne remettent en question l’idéologie du mouvement.

La religion comme outil de propagande

Dans un témoignage publié en avril 2026, Niyonzima avait déjà expliqué que les enseignements religieux étaient détournés par les FDLR afin de diffuser leur idéologie et de maintenir les combattants sous contrôle. Selon lui, certaines églises présentes dans les zones contrôlées par le mouvement étaient utilisées comme instruments de propagande.

Un récit publié par la "Rwanda Demobilisation and Reintegration Commission" décrit également un système dans lequel certains messages présentés comme des « révélations » auraient été préparés par la hiérarchie du mouvement avant d’être transmis aux combattants par des membres de groupes de prière.

Niyonzima estime que cette manipulation a contribué à maintenir certains combattants dans les forêts pendant de longues années. L’idée selon laquelle ils allaient revenir au Rwanda en vainqueurs aurait rendu difficile toute décision de quitter le mouvement.

Après avoir vécu plusieurs années au sein des FDLR, Niyonzima a finalement quitté le mouvement et est rentré au Rwanda en 2023 avec sa famille. Il affirme aujourd’hui que les promesses qui lui avaient été faites étaient fondées sur des mensonges et appelle les autres combattants encore présents dans les forêts à abandonner cette idéologie et à rentrer au pays.

Les FDLR entretiennent chez leurs combattants l’espoir de reprendre le pouvoir au Rwanda à travers des discours religieux et de fausses « prophéties », selon Jean Damascène Niyonzima, ancien cadre du mouvement