Film documentaire « Bruxelles-Kigali » projeté en Europe

Redigé par Aimable Karirima Ngarambe
Le 15 novembre 2011 à 11:33

Le 12 Novembre dernier, après la projection du Film Bruxelles-Kigali, dans le cadre du Festival FILMER A TOUT PRIX, avec brio, la réalisatrice et femme de théâtre Marie France Collard continue son travail au long cours sur le génocide perpetre contre les Tutsis au Rwanda. Le correspondant d’IGIHE.com en Belgique, Aimable Karirima Ngarambe, a interviewé Marie France Collard.
Après plusieurs films liés à la pièce de théâtre Rwanda 94 du Groupov, Marie France Collard vient de réaliser cette fois un (...)

Le 12 Novembre dernier, après la projection du Film Bruxelles-Kigali, dans le cadre du Festival FILMER A TOUT PRIX, avec brio, la réalisatrice et femme de théâtre Marie France Collard continue son travail au long cours sur le génocide perpetre contre les Tutsis au Rwanda.
Le correspondant d’IGIHE.com en Belgique, Aimable Karirima Ngarambe, a interviewé Marie France Collard.

Aimable Karirima interviewant Marie France Collard

Après plusieurs films liés à la pièce de théâtre Rwanda 94 du Groupov, Marie France Collard vient de réaliser cette fois un poignant film de procès à la cour d’assises de Bruxelles, lors du jugement par contumace, en novembre 2009, d’Ephrem Nkezabera, banquier et dirigeant des milices extrémistes hutues. Pour les victimes, dire l’horreur absolue et être entendues est une étape fondamentale de leur reconstruction.

IGIHE.com : Comment vous avez eu l’idée de travailler sur les problématiques du génocide des Tutsis du Rwanda ? Avec quelle motivation ?

Marie-France C : L’idée que nous avons eue, Jacques Delcuvellerie et moi, à l’initiative du « Rwanda 94 », de prendre comme sujet d’une création théâtrale le génocide perpétré contre les Tutsis vient d’une double révolte, au moment des faits. Révolte devant le génocide lui-face, l’ampleur des massacres perpétrés dans l’indifférence, la passivité, voire la complicité de la communauté internationale et révolte face aux mensonges des media, à la manière dont l’information nous parvenait, contradictoire, minimisant les faits, les relatant avec des propos emprunts d’analyse raciste. Nous devinions aussi qu’il y avait là des enjeux géostratégiques prêts à sacrifier la vie de centaines de milliers de personnes.

Avec la pièce, nous avons voulu, en premier lieu, rendre voix et visage aux victimes, passées quasiment inaperçues, montrer que le génocide, c’était 1 million de fois une personne, avec son histoire particulière, sa vie, sa famille, rendre ainsi aux victimes l’humanité qui leur avait été déniée pendant le génocide. Ensuite, il nous fallait « balayer devant notre propre porte », interroger les responsabilités occidentales dans ce qui a été appelé, par après, le 3ème génocide du 20ème siècle. Enfin, les media méritaient aussi d’être sur le banc des accusés, à travers la partie fictionnelle, qui met en scène une journaliste de télévision, pendant la préparation, en 1995, à la date anniversaire du génocide, d’une émission traitant du génocide, émission qui n’aura jamais lieu... Petit à petit, l’objectif du spectacle s’est ainsi précisé comme une tentative de réparation symbolique envers les morts, à l’usage des vivants, ce qui impliquait que notre travail tente de répondre à la question du pourquoi : Pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi tous ces morts ? Non pas seulement un travail de deuil et de déploration, mais aussi d’interrogation sur les motifs de leur assassinat.

IGIHE.com : Après la pièce « Rwanda 94 » et le documentaire « A travers nous, l’humanité… » Vous avez rencontré des rescapés du génocide au Rwanda. Aujourd’hui votre film « Bruxelles-Kigali » est sorti et basé sur le tribunal et jugement sur les bourreaux, quel est le message que vous voulez donner au public ? Pensez-vous qu’il ya un soulagement envers les rescapés ?

Marie-France C : Une des questions qui se pose aujourd’hui de manière cruciale est d’abord celle de la justice et de l’impunité. Après une telle déchirure d’humanité, une société ne peut se reconstruire sans justice et d’une certaine manière, le génocide de 1994 a aussi pu avoir lieu parce-que les massacres qui l’ont précédé depuis 1959 sont restés impunis, donnant comme message à plusieurs générations que, au fond, il n’y a aucun risque à tuer des Tutsis. Après le génocide, comme vous savez, beaucoup de suspects ont fui le Rwanda et se retrouvent aujourd’hui dans différents pays. Le TPIR clôture ses travaux en 2014, 70 affaires y auront été traitées et, à l’heure actuelle, plus aucun dossier n’y est ouvert.

La Belgique a été pionnière en matière de compétence universelle. Le procès d’Ephrem Nkezabera, était le 4ème procès. Au total, 8 personnes y ont été jugées. C’est très peu. Et dans les 5 autres pays qui ont entrepris de juger des suspects, c’est encore moins, en France, on attend toujours...

Le crime de génocide, en droit, est imprescriptible. Aujourd’hui encore, on juge des responsables nazis. Que va-t-il se passer pour le génocide des Tutsi ? Une situation d’impunité de fait ?

De plus, aucune réparation n’a été, à ce jour, prévue pour les victimes, aucun fonds d’indemnisation n’a été mis en place, comme c’est le cas pour les rescapés juifs.

Il doit y avoir un soulagement pour les rescapés de savoir qu’un dirigeant des interahamwe a été jugé, même s’il meurt « judiciairement » innocent, suite à l’opposition qu’il a faite à son jugement et qu’il décède avant la tenue d’un second procès. Les débats ont eu lieu, et ils ont eu lieu en public. Certains rescapés s’expriment dans ce sens, d’autres, sans doute, pensent autrement...

IGIHE.com : Vous avez eu l’occasion d’approcher quelques rescapés qui vivent ici en Belgique et au Rwanda, comment vous trouvez leur vie quotidienne, 18 ans après le génocide surtout ceux qui cohabitent avec leurs bourreaux ?

Marie-France C : Pour toute personne ayant perdu des proches, vivre à côté des assassins, et particulièrement des assassins des membres de sa propre famille doit être extrêmement douloureux. En Belgique, où les rencontres sont moins fréquentes, les croiser dans un magasin, les transports en commun ou ailleurs, est également bouleversant, ravive le passé douloureux, alors que peut-être on a choisi l’exil pour chercher une tranquillité. Comment trouver alors « la paix du cœur » ? Comme le dit une rescapée dans le film. Cela l’est d’autant plus pour ceux et celles qui militent pour que justice soit rendue, qui se constituent partie civile, portent plainte et témoignent publiquement, au risque de représailles diverses.

Il me semble que, pour les rescapés, plus le temps passe, plus la douleur s’aiguise... face, sans doute aussi aux déceptions rencontrées, au peu de choses concrètes mises en place pour eux, au manque de reconnaissance et à leur marginalisation, sans parler de toutes les blessures physiques qui nécessitent encore aujourd’hui des soins coûteux que peu d’entre eux peuvent s’offrir, surtout au Rwanda ... Je me dis parfois qu’ils rencontrent la même indifférence que celle qui a marqué le déroulement du génocide, et cette indifférence me révolte autant que nos révoltes premières.

IGIHE.com : Vous comptez d’aller montrer ce documentaire aussi au Rwanda ? Si oui, ça sera où ? Quand ? Et quelles sont les personnes seriez-vous en contact ?

Marie-France C : Nous n’avons, à l’heure actuelle, pas de contact pour le présenter au Rwanda, c’était, jusqu’à aujourd’hui, un peu tôt pour penser à cela.

Le film, dans sa version française, vient à peine d’être terminé. Nous préparons l’édition DVD, avec sous-titrage anglais. A partir de là, le film peut vivre seul et voyager... Et nous pouvons répondre aux invitations...

Sa Biographie :

http://groupov.be/index.php/index/s...

Photo : L’affiche du film Bruxelles-Kigali


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