Le chef de l'État s'exprimait lors d’un symposium consacré à l’histoire du génocide perpétré contre les Tutsi et à la lutte qui a permis d’y mettre fin, auquel participaient également la Première Dame Jeannette Kagame, les membres du Unity Club et d’autres hauts responsables.
Les discussions ont porté sur les événements ayant conduit au génocide contre les Tutsi en 1994, sur les responsabilités de ceux qui l'ont planifié et exécuté, ainsi que sur la Guerre de Libération qui a mis fin aux massacres, rétabli les institutions de l'État et ouvert la voie à la reconstruction du Rwanda et au renforcement de l'unité nationale.
Le Président Kagame a souligné le fait que l'histoire du Rwanda continue d'être interprétée de manière différente selon les intérêts, les responsabilités ou les liens que chacun entretient avec les événements du passé. S'il a reconnu que le débat historique est légitime, il a dénoncé les tentatives de déformer les faits ou d'en proposer une lecture sélective.
Selon lui, ces débats sont souvent compliqués par le déni, la honte ou le refus de certaines personnes d'assumer leur responsabilité.
« Il existe également un sentiment de honte chez certaines personnes, qui éprouvent un profond malaise face au rôle qu'elles ont joué ou aux liens qu'elles entretiennent avec ces événements, et qui préfèrent ne pas y revenir. Cette attitude est compréhensible. Toutefois, l'essentiel est de dépasser ce sentiment afin d'établir une vérité commune, solide et incontestable, sur laquelle nous pourrons fonder nos actions futures», a-t-il déclaré.
Le chef de l'État a en outre rappelé le fait que certaines vérités historiques sont établies par des preuves irréfutables et par les aveux mêmes de personnes ayant reconnu leur implication.
« Il existe des vérités qui ne sauraient être remises en cause ni faire l’objet de réinterprétations, dès lors qu’elles sont établies par des preuves incontestables. Par ailleurs, certaines personnes reconnaissent elles-mêmes les faits en déclarant : « Voilà ce qui s’est passé. Ce qui a été dit à mon sujet est conforme à la vérité.»
Pour Kagame, lorsqu'une personne reconnaît les faits, le débat ne devrait plus porter sur leur existence, mais sur les leçons à en tirer afin d'empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent.
Il a toutefois relevé que certains persistent à contester les faits historiques, par solidarité familiale, idéologique ou politique, mais aussi par crainte que la reconnaissance de certains crimes ne finisse par révéler leur propre responsabilité.
« Certaines personnes s’efforcent d’empêcher l’établissement de la vérité, craignant qu’elle ne mette également en lumière leurs propres responsabilités ou leurs liens avec les faits. Ces liens ne sont pas nécessairement d’ordre familial ; ils peuvent également être de nature idéologique ou reposer sur des convictions partagées. », a-t-il expliqué.
Notant le fait que cette volonté de protéger les auteurs vise souvent à empêcher que les responsabilités ne s'étendent à ceux qui partageaient les mêmes convictions, le Président Kagame a également dénoncé les formes les plus extrêmes du négationnisme, qui vont jusqu'à nier les crimes ou à laisser entendre que les victimes auraient mérité leur sort.
« S'agissant des personnes qui ont perdu la vie, certains discours reviennent à soutenir qu'elles auraient, en quelque sorte, mérité leur sort. Telles sont les réalités auxquelles nous, Rwandais, avons été confrontés, et auxquelles nous devons apporter des réponses appropriées. », a-t-il affirmé.
Le chef de l'État a rappelé que le Rwanda a toujours laissé une place au débat, à la recherche et à la quête de la vérité historique, tout en avertissant que cette ouverture ne saurait servir à manipuler les faits ou à induire l'opinion publique en erreur.
« Au fil des années, cet espace a été accordé. Mais il ne doit pas être détourné. Comme partout, les êtres humains ont leurs faiblesses », a-t-il indiqué.
Insistant sur la nécessité d'assumer le passé, le Président Kagame a affirmé que le Rwanda ne peut ni ignorer ni contourner son histoire, aussi douloureuse soit-elle.
« Nous avons connu une histoire très douloureuse, mais nous ne pouvons pas faire comme si elle n'avait jamais existé. Nous devons l'assumer, en tirer les leçons et construire l'avenir sur cette base », a-t-il déclaré, ajoutant que les tragédies du passé ne doivent pas déterminer l'avenir du pays.
Selon le Chef de l’Etat, le Rwanda dispose aujourd'hui d'une vision claire des valeurs qui le guident et de la direction qu'il entend suivre. Il a appelé les Rwandais à défendre ces principes, quels que soient les sacrifices à consentir.
« C'est pour cela que nous devons vivre, et, s'il le faut, c'est aussi pour cela que nous devons être prêts à mourir », a-t-il affirmé.
Par ailleurs, le Président de la République a estimé que le dialogue et les explications trouvent leurs limites lorsque la remise en cause de la vérité menace de replonger le Rwanda dans les tragédies de son histoire.
« Dès lors que certaines attitudes sont susceptibles de ramener notre peuple vers cette page sombre de son histoire, il convient d’établir une ligne rouge claire. Quiconque la franchira devra en assumer les conséquences. Nous n’en avons nullement peur. », a noté le Président Kagame.







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