Dans un entretien accordé à IGIHE, Rutagengwa Safari, spécialiste de la prévention, de la lutte contre les incendies et de la gestion des urgences, estime que la réduction des risques passe autant par la formation du public que par des bâtiments mieux équipés et régulièrement inspectés.
Responsable de SASA Group Rwanda, une entreprise active dans la formation à la sécurité incendie, il souligne qu’un équipement ne protège efficacement que si les occupants savent s’en servir et réagir au bon moment.
« Il est donc essentiel de proposer aux populations des formations pratiques afin qu’elles apprennent à prévenir les incendies, à utiliser les équipements de sécurité et à respecter un plan d’évacuation en cas d’urgence », a-t-il déclaré.
Identifier les risques sans présumer des causes
Selon Rutagengwa, les installations électriques présentent plusieurs risques lorsque des câbles inadaptés sont utilisés, que trop d’appareils sont branchés sur un même circuit ou que des équipements endommagés restent en service.
Dans les habitations, les cuisinières et les bougies laissées sans surveillance, la mauvaise manipulation du gaz et le stockage inadéquat de produits inflammables peuvent également provoquer des départs de feu.
Il met néanmoins en garde contre les conclusions précipitées après un sinistre. Ces exemples constituent des facteurs de risque généraux et ne permettent pas d’expliquer, à eux seuls, ce qui s’est passé au GOICO Plaza.
« L’essentiel est de ne pas supposer que tous les incendies ont la même origine. Chaque incident doit faire l’objet d’une enquête afin d’en déterminer la cause et de prendre les mesures appropriées pour éviter qu’il ne se reproduise », a-t-il insisté.
Concevoir des bâtiments capables de faire face au feu
La prévention doit, selon lui, être prise en compte dès la conception des immeubles. Il recommande de recourir à des professionnels qualifiés pour les installations électriques, de choisir des matériaux sûrs et de prévoir des sorties de secours accessibles.
Extincteurs, détecteurs de fumée et dispositifs de lutte contre le feu doivent ensuite être adaptés à l’usage du bâtiment et entretenus régulièrement.
« La sécurité d’un bâtiment ne doit pas être considérée comme un élément que l’on ajoute après la construction. Elle doit figurer parmi les principales priorités dès la phase de conception », a-t-il expliqué.
Rutagengwa attire aussi l’attention sur un aspect moins visible : l’approvisionnement en eau destiné aux secours.
Dans les grands bâtiments et les centres commerciaux, les réseaux domestiques peuvent ne pas fournir une pression ou un débit suffisants pour combattre un incendie. Des canalisations et des bornes d’incendie dédiées doivent donc être prévues, en tenant compte de la disponibilité de l’eau et des besoins d’intervention.
Former, inspecter et mieux assurer les biens
Pour l’expert, la formation ne doit pas se limiter à une formalité réglementaire. Les occupants doivent apprendre à reconnaître les premiers signes de danger, à utiliser les extincteurs lorsque les conditions le permettent, à évacuer et à alerter les secours.
Une mauvaise réaction, comme le fait de verser de l’eau sur certains feux d’origine électrique ou impliquant de l’huile, peut aggraver le danger.
Il préconise des exercices pratiques dans les ménages, les écoles, les hôtels, les marchés et les entreprises. Parallèlement, les autorités et les propriétaires devraient multiplier les contrôles dans les bâtiments neufs et existants, notamment sur les installations électriques, les voies d’évacuation et les équipements de sécurité.
Sur le plan financier, Rutagengwa rappelle que l’assurance incendie peut aider à limiter les pertes, mais qu’elle n’empêche pas un sinistre. Il invite les assureurs à expliquer plus clairement les garanties, les exclusions et les procédures d’indemnisation, afin que les particuliers et les commerçants puissent choisir une protection adaptée.
Enfin, il plaide pour la collecte systématique de données sur les incendies, leurs causes et les dommages occasionnés.
Ces informations pourraient orienter les inspections, les campagnes de sensibilisation et les investissements dans les moyens d’intervention, avec la participation des pouvoirs publics, du secteur privé et des assureurs.
« Nous devons comprendre que prévenir les incendies coûte moins cher et protège mieux les vies humaines que de devoir en gérer les conséquences. Lorsque nous parvenons à prévenir un incendie, nous protégeons des vies humaines, des emplois, des biens et l’économie du pays », a-t-il conclu.






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